Jellyfish: très savoureuse méduse

Au Jellyfish, le décor est très soigné, chic, sans ostentation. En soirée, il contribue à faire régner une belle ambiance.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Au Jellyfish, le décor est très soigné, chic, sans ostentation. En soirée, il contribue à faire régner une belle ambiance.

Les temps changent. Cette méduse échouée dans le Vieux-Montréal, par exemple, a de quoi surprendre. Le mot « méduse » évoque pour les uns de terribles irritations cutanées, pour les autres d’émouvants souvenirs du film L’année des méduses et, plus particulièrement, de Bernard Giraudeau et Valérie Kaprisky ; différentes piqûres. La méduse qui nous intéresse est un beau restaurant baptisé Jellyfish, moins urticant et délicieux.

Parfois, j’écris tout de suite. Parfois, je laisse mijoter. Cette critique-ci a mijoté longtemps. La soirée en compagnie de Georges et Ron, délaissés eux aussi par des épouses chantantes, avait pourtant été parfaite. Le 1er février, Natacha était au service. Elle est un exemple de précision et d’élégance retenue, toutes qualités appréciées par la clientèle.

Le décor, puisqu’il faut en parler lorsqu’il joue comme ici un rôle important, est très soigné, chic, sans ostentation. En soirée, il contribue à faire régner une belle ambiance, propice aux repas réussis.

Carte équilibrée et intelligemment construite ; on sent que quelqu’un en cuisine prend son travail à coeur ; le chef Mathieu Masson-Duceppe en l’occurrence. L’exécution est elle aussi très soignée, signe que sa brigade est réveillée.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Une entrée digne de mention: Tomates Heirloom, soulignée d’une soyeuse émulsion miso-gingembre et d’un peu de panko épicé.

Trois entrées, dont deux dignes de mention : Tomates Heirloom, soulignée d’une soyeuse émulsion miso-gingembre et d’un peu de panko épicé ; et Gravlax de saumon, un beau pavé de poisson accompagné de betteraves, d’un surprenant kimchi d’oignons verts, d’une délicate salsa de pomme verte au yuzu et de quelques touches de gel de courge. Je ne vous bassinerai pas trop avec la troisième, une proposition de pieuvre en tempura. Malgré les efforts de la cuisine pour rendre la chose intéressante à grand renfort de confiture de bacon, d’aïoli et de houmous citronné, celle-ci ne passera pas à l’histoire. Un seul petit bémol pour un repas par ailleurs savoureux. J’essaie de ne vous parler que de choses intéressantes.

Par contre, cette morue d’Islande, où la cuisson au charbon de bois avait laissé quelques notes, était superbe. Grillée et habillée d’un impeccable beurre blanc au miso, elle était accompagnée de caviar de mulet et couronnée de petit pois très frais. En cette saison, des petits pois très frais, soit parfaitement congelés et décongelés, sont un baume.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Grillée et habillée d’un impeccable beurre blanc au miso, la morue d’Islande est accompagnée de caviar de mulet et de petit pois très frais.

Le menu annonçait laconiquement « Poulet ». En fait, il s’agit d’un gros demi-poulet grillé, une assiette hallucinante par la quantité et impressionnante par la qualité. Volaille bien choisie et cuisson très réussie, la présence de beurre au miso donnant à la peau une texture juste croustillante et la farce au fromage blanc venant ajouter à la tendreté de la viande. Le féroce coup de fourchette de Monsieur Béarnaise, qui avait commandé la chose, était lui aussi saisissant.

Monsieur Trompette s’est concentré afin de ne rien laisser paraître de son enthousiasme pourtant évident dès la première bouchée de son onglet de bœuf. Il faut dire qu’en bon Italien qu’il est, il fait preuve d’un emballement systématique dès que le mot « parmesan » apparaît dans un menu, et celui-ci se trouvait parmi les accompagnements assez emballants de cette assiette. La cuisson de la viande était exactement telle qu’elle avait été demandée et, apport du chimichurri asiatique, la viande fleurait le gingembre, le combava et la citronnelle. Ici encore, la cuisson au charbon de bois ajoutait une note agréable.

Natacha nous avait parlé de « La pièce, Choix du chef », un tomahawk de 45 à 52 oz (!) Nous nous sommes gardé une petite gêne.

Les desserts étaient raisonnables, mais je ne peux vous en parler car ils étaient offerts.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le demi-poulet grillé, une assiette hallucinante par la quantité et impressionnante par la qualité.

Revenu quelques jours plus tard pour un lunch rapide afin de valider, je validais et confirme aujourd’hui que le midi est à l’image du soir à cette adresse, cuisine et service.

La sommelière Gabrielle Boland accomplit du très bon travail et semble être à l’écoute, non seulement des tendances, mais également de sa clientèle. Comme elle écoute aussi les porte-monnaie sensibles, on lui octroie une excellente appréciation.

Ouvert à midi du mercredi au vendredi et en soirée, du lundi au samedi. Menu du midi pour une vingtaine de dollars, mais si vous péchez, ce sera plutôt une trentaine ou plus ; en soirée, vous pécherez, donc apportez votre tirelire. Service de voiturier disponible en soirée les jeudis, vendredis et samedis.

Jellyfish

★★★★

626, rue Marguerite-d’Youville, Montréal ☎ 514 303-0908