Osteria da Elda: chez Julieta et Fabrizio

Même si l’on maîtrise plus ou moins la langue de Sophia et de Marcello, on comprend facilement cette affichette: «Per un pugno di dollari».
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Même si l’on maîtrise plus ou moins la langue de Sophia et de Marcello, on comprend facilement cette affichette: «Per un pugno di dollari».

Si, un soir, vous cherchez un endroit où, pour une somme modeste, vous pourriez passer quelques heures en vous croyant dans un tout aussi modeste établissement de Milan, de Naples ou de Rome, allez à l’Osteria da Elda, cette nouvelle taverne qui n’a de taverne que le nom, en italien osteria.

Bien sûr, les soirs de sortie de la clientèle traditionnellement festive le brouhaha a tendance à s’épanouir dès le milieu de la soirée, mais le reste du temps il règne chez Madame Elda une de ces ambiances feutrées qui incitent à la dégustation.

Le décor est exactement comme on les aime, quand on aime le jazz, le cinéma italien, Sophia Loren et le regard envoûtant de Claudia Cardinale en bord de baignoire. Un comptoir rétro et aux murs, seulement des choses agréables : du vin italien et des disques de jazz. Quelques affiches de films également, et divers autres petits détails de décoration qui rendent l’endroit éminemment sympathique. Ainsi, même si l’on maîtrise plus ou moins la langue de Sophia et de Marcello, on comprend facilement cette affichette : « Per un pugno di dollari ». Ça rassure pour plus tard, au moment des adieux, lorsque viendra cette inéluctable addition, l’aggiunta qui sonne plus poétique en italien.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Salade de saumon fumé brossé au soya à l’érable sauce au safran et noix de coco 

Cette Osteria da Elda a deux chefs, en fait une chef, Julieta Morros, qui ce soir-là a brillé à chaque plat, et un autre chef, Fabrizio Caprioli, dont on connaît le talent pour savourer sa cuisine à son Barcola, avenue du Parc. Comme Frabrizio ne possède pas le don d’ubiquité, mais qu’il voulait vraiment ouvrir cette osteria, il a confié les fourneaux à Julieta, initiative dont vous le remercierez sans doute vous aussi après avoir mangé ici.

L’Osteria da Elda propose une carte courte, mais amplement suffisante pour festoyer : une dizaine d’entrées, trois pâtes, trois plats principaux. En fin de repas, Samuel, un jeune homme empressé et très appliqué, proposera deux ou trois petites choses dont je vous parle plus tard. Le menu dit : « Nos assiettes se partagent en toute convivialité. » Je confirme.

La soirée commence par une plantureuse salade César composée de laitue romaine, de pommes vertes passées à la mandoline, de quelques croûtons et d’une très vivifiante vinaigrette aux anchois. Sur le tout, semblant littéralement flotter, un délicieux nuage de mousse de parmesan.

Suivent, déposés sur un lit de crème d’épinards, de beaux morceaux de betteraves, quelques noisettes grillées relevées de citron et une grosse quenelle de chèvre ; un plat aux couleurs du drapeau italien qui tend à prouver que rien n’est laissé au hasard ici.

Le cotechino est une sorte de saucisse italienne. Ici, la chef en sert deux belles tranches cuites à basse température dans un bouillon à la vanille, puis grillées et déposées sur une onctueuse purée de céleri-rave et de gros pleurotes érigés également grillés.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Joue de veau braisée

De superbes Tagliatelle alla chitarra partageaient l’assiette suivante avec des crevettes très goûteuses et un fond de pois chiches décortiqués, un peu de basilic et quelques tomates cerises revenues dans un bouillon aux crevettes. Un autre plat parfait.

La tablée baignait dans la félicité la plus complète. Nous avions perdu Mario dès l’arrivée de son « Trio napolitain » (aubergines frites et sauce tomate au basilic, courgettes marinées à la menthe et vinaigre blanc, poivrons rouges et jaunes au four avec câpres et olives noires, focaccia maison grillée) et seule Olga, une esthète du gnocchi dont elle maîtrise maintes subtilités dans sa panoplie de recettes, hésitait à s’extasier.

Son bonheur et le nôtre sont revenus lorsque le jeune mentionné plus haut est arrivé avec, dans une main, une très jolie Torta caprese, dessert typique de la région de Naples, sans farine de blé et fait avec de la farine d’amandes et du chocolat noir, et dans l’autre, une assiette de cannolis maison, farcis de fromage ricotta au lait de bufflonne. Ces cannolis avaient été trempés dans une poudre de chocolat et de pistaches et étaient servis avec une dionysiaque confiture de figues et basilic.

Quelques minutes plus tard, il dépose un nocciolino ; dans un petit verre, un mélange de pâte de noisette, de crème fraîche et de sucre auquel on ajoute un café espresso. J’ai bien essayé d’en apprendre davantage, mais le chef n’a pas voulu en dire plus long sur les secrets de sa propre confection. Le bonheur d’un passage à cette adresse tient aussi au fait que la carte des vins montée par M. Jimmy comporte de nombreuses petites trouvailles à prix raisonnables et que M. Bruno, que vous avez sans doute côtoyé au Laïka, qu’il a dirigé pendant des années, supervise le service avec élégance.

Ouvert le midi du jeudi au samedi et en soirée du jeudi au lundi. Un repas très plantureux pour deux a coûté 94 $.

Osteria da Elda

★★★★

5206, boulevard Saint-Laurent, Montréal ☎ 438 387-6050