À l’ombre du cerisier en fleur

Le chef du Blossom, Van Amtel, sert principalement des makis, quelques nigiris et sashimis et deux ou trois loufoqueries pour l’endroit: osso buco, bourgots à l’ail et autre filet mignon de bœuf.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le chef du Blossom, Van Amtel, sert principalement des makis, quelques nigiris et sashimis et deux ou trois loufoqueries pour l’endroit: osso buco, bourgots à l’ail et autre filet mignon de bœuf.

Parfois, après une visite, j’attends quelques jours avant d’écrire. Généralement, c’est une indication que ce n’était pas mauvais, mais que rien non plus ne m’a paru renversant.

Mes notes de table sont rangées dans la pochette « À faire » et je laisse reposer le tout, attendant que l’inspiration vienne. Si elle ne vient pas, je retourne grignoter quelque chose, seul. Et là, en principe, elle vient. À ce Blossom, elle est effectivement arrivée.

Le Blossom (« fleur », dans la langue de Shakespeare) est ce joli restaurant japonais installé au coin de la rue Amherst et du boulevard De Maisonneuve. L’endroit aurait pu s’appeler Le Cherry Blossom (« fleur de cerisier », dans la langue de Shakespeare) puisque, en plein milieu du restaurant, trône un immense cerisier en fleur. C’est très mignon, très rose, très instagrammable sans doute aussi.

Une semaine après ma visite, en compagnie de ma promise et de Mme et M. de la Béarnaise, c’était surtout ce dont je me souvenais. Vous me direz que c’est un peu juste pour une critique de restaurant. Je vous dirai que vous avez bien raison, d’où ma deuxième visite. Pour être tout à fait honnête, je me souvenais aussi de la qualité du service ; de jeunes gens hilarants et très allumés, donnant de bonnes informations et des conseils éclairés.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Ça en prend beaucoup pour faire frémir un(e) honorable Nippon(e), mais lorsqu’on a goûté la vraie cuisine japonaise dans toute sa subtilité, on comprend que ces petites choses-là puissent faire frémir.

Dans les assiettes, ces petites choses que l’on nous sert en guise de japoneries et qui font frémir les Japonais en visite hors du pays du Soleil levant. Ça en prend beaucoup pour faire frémir un(e) honorable Nippon(e), mais lorsqu’on a goûté la vraie cuisine japonaise dans toute sa subtilité, on comprend que ces petites choses-là puissent faire frémir.

Le chef du Blossom, Van Amtel, sert donc principalement des makis ; quelques nigiris et sashimis et deux ou trois loufoqueries pour la maison, osso buco, bourgots à l’ail et autre filet mignon de boeuf.

Trois petites choses pour débuter : une soupe miso dans sa version classique, pâte de miso, algues, tofu, servie dans une jolie bolinette, elle est de bon augure ; une demi-douzaine de takoyakis, boulettes de pâtes farcies de pieuvre et accompagnées d’une mayonnaise légèrement épicée et de fins copeaux d’algue nori et enfin quelques gyozas, cette succulente version japonaise des raviolis, au canard, oignon caramélisé et shiitaké.

On enchaîne avec quatre babioles divertissantes aux intitulés tout aussi rigolos : Bubba shrimp (crevette tempura, pétoncle, avocat, concombre, shiso, ikura, jalapeno, yuzu et sauce unagi), La vie en rose (mangue, concombre, avocat, carotte, sauce unagi et crème de betterave), O.G. (saumon, tempura, concombre, avocat, mayonnaise épicée et sauce unagi) et Arc-en-ciel (saumon épicé, thon, poisson blanc tempura, yuzu).

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le soir, l’ambiance est assez à la fête pour que l’on sache que l’on se trouve dans un endroit à la mode.

La cinquième, Kamikaze au saumon (saumon, concombre, avocat, masago rouge et tempura), manque malheureusement de la témérité de ces guerriers fanatiques et heureusement de leur témérité suicidaire. On n’est pas obligés.

Fin connaisseur, mon ami Georges fait venir un poulet karaage, ce poulet frit traditionnel japonais ; de délicieuses bouchées de poulet préalablement passées dans une marinade de sauce soya, de gingembre et de saké doux et enrobées d’un mélange de farine et de fécule de pomme de terre avant d’être jetées dans un bain d’huile.

Le plat le plus intéressant est sans aucun doute ce maki intitulé Dans l’oeil du dragon. Un mélange de crabe (en fait, il s’agissait de goberge), de saumon et de saumon fumé. Le tout est relevé d’échalote, d’un peu de mousse de saumon fumé et d’une pincée de tout petits oeufs de poisson.

Le rouleau, enrobé d’algue nori elle-même recouverte de chapelure (panko) grillée, est débité en belles bouchées et décoré de pousses de roquette. Ravissant et délicieux.

Le soir, l’ambiance est assez à la fête pour que l’on sache que l’on se trouve dans un endroit à la mode. Les midis sont plus calmes, même si le tempo de la basse est toujours là. Midi (Noémie) comme soir (Walter et Miguel), le service est impeccable, parfaitement dosé et proactif du début à la fin.

La maison ne pèche pas par excès pour les desserts ; il n’y en a qu’un seul, un fondant au matcha, que je vous laisserai découvrir.

Ouvert en soirée du mardi au dimanche et à midi le jeudi et le vendredi. Petit midi délicieux à 15 $ ; soirée plus alambiquée dans les assiettes et très animée pour une soixantaine de dollars par personne, 136,25 $ très exactement, boissons, taxes et pourboire inclus. En ce qui concerne les boissons, selon notre expert mondial, M. Jean Aubry : « Le choix de vins apparaîtra ici secondaire au regard de l’offre consacrée au saké. C’est de ce côté que se ferait mon choix tout en espérant que le sommelier saura vous raconter cette belle histoire du “riz astiqué jusqu’à plus soif !” »

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Le Blossom

★★★ 1/2

1101, boulevard De Maisonneuve Est Montréal, ☎ 514 379-369, $$$ 1/2