Se gâter en léger et soigné à Sainte-Thérèse

Les sushis sont travaillés avec le plus grand soin. Avec beaucoup d’originalité aussi, et l’on trouve dans L’Atelier des bouchées assez inédites.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les sushis sont travaillés avec le plus grand soin. Avec beaucoup d’originalité aussi, et l’on trouve dans L’Atelier des bouchées assez inédites.

Après les festins, bombances et autres libations de fin d’année, j’ai pensé que votre foie apprécierait qu’on lui propose du léger. Ces deux adresses, voisines au centre-ville de Sainte-Thérèse, devraient vous mettre en joie. On y cuisine en effet léger, soigné et délicat, ce qui, début janvier, est toujours une bénédiction.

Quand on n’est pas Térésien, on s’aventure rarement dans cette jolie municipalité. Aussi, lorsque l’on a des amis gourmands qui habitent la région, on retient leurs suggestions. Ces deux adresses m’ont été suggérées par de tels amis. Je les ai remerciés de votre part.

Une première visite incognito à la fin de l’été m’avait intrigué ; les assiettes étaient bonnes. Une seconde a permis de confirmer. Aux deux adresses, la table est bien tenue, le service chaleureux, réveillé et attentionné, et l’ensemble de la prestation mérite mention. Nous y voilà !

Plaisir des yeux et des papilles

Darasack Sosanavongsa, chef propriétaire de la maison, travaille ses sushis avec le plus grand soin. Avec beaucoup d’originalité aussi, et l’on trouve dans son atelier des bouchées assez inédites.

On sent que le chef a réussi à créer dans sa troupe cet esprit d’équipe qui fait les maisons où le client se sent bienvenu. Ainsi, Madeleine et Amélie se sont occupées de notre tablée avec beaucoup de délicatesse et un charmant grand escogriffe prénommé Marc-Antoine est sorti de la cuisine pour nous apporter quelques compléments d’information assez truculents.

Quatre ou cinq choix suffisent amplement à rassasier même un quatuor de fines baguettes affamées. Sur les conseils éclairés du personnel, on entame les festivités avec un « Saumon qui torche » (sic) : le tartare de saumon vient accompagné de patates douces panko, d’oignons déshydratés et d’un mélange très fin de sauce teriyaki et de sauce sésame. La chapelure japonaise (panko) et la feuille de soya sont utilisées avec délicatesse, ce qui ajoute à la qualité du plat.

La salade de bâtonnets de crabe et de crevettes tempura est rehaussée de mayonnaise japonaise et d’une succulente sauce à l’anguille. Le chef appelle ça « Crevette folle ». Moment de folie rue Turgeon…

Arrive un tartare de thon, crabe panko, asperges et sauce teriyaki subtilement truffé où tout est impeccablement agencé. Peut-être pas le plat le plus excitant visuellement, mais au vu de l’assiette, une fois finie et nettoyée méticuleusement par nos baguettes, un succès gustatif.

Vient souvent, dans un repas, un instant où l’on commence à comprendre que l’on est rassasiés et que l’on pourrait facilement s’arrêter. Malheureusement, quand les propositions sont irrésistibles, on résiste rarement. C’est le cas avec un plat baptisé « Salmo » par le chef ; bouchées d’un saumon saumuré 30 jours aux épices et miel, un peu de chou rouge, de concombre, de pommes Granny Smith et une touche de délicieuse mayonnaise épicée.

La carte propose toujours un maki du moment ; le soir de notre visite, un tartare de saumon, avocat, saumon fumé et mayonnaise maison où chaque élément se mariait parfaitement avec l’ensemble.

Le chef est aussi un peu poète à ses heures et est capable de dire des choses aussi jolies que : « Tous nos makis sont confectionnés avec des feuilles de soya de couleurs différentes. » Dans notre hiver un peu blafard, cette palette ajoute le plaisir des yeux à celui des papilles.

L'Atelier sushi
★★★
Au 6, rue Turgeon, Sainte-Thérèse, 450 951-9295. Ouvert à midi du mardi au vendredi et en soirée, du mardi au dimanche. Une vingtaine de bouchées et quelques bolinettes supplémentaires ont coûté 68 $ avant boissons, taxes et pourboire. Les midis sont tout aussi raisonnables. $$ 1/2​

De l’intelligence et beaucoup de coeur

Photo: Deux Le Deux avance une petite quinzaine de propositions au menu du midi avec seulement quelques changements pour le menu du soir.

Cette seconde adresse térésienne est tout aussi intéressante. Ici non plus, pas de grandes envolées gastronomiques, mais une cuisine soignée dans laquelle on sent beaucoup de cœur et suffisamment d’intelligence pour que l’on ait le goût d’y revenir après une première visite.

Vous ne m’en voudrez pas, malgré la température de ce début d’hiver, de vous mentionner la première visite faite par un beau midi du mois de juillet alors que l’asphalte grésillait sous la canicule. La terrasse du Deux était remplie de clients au sourire épanoui. Une petite brise y rafraîchissait l’atmosphère, et les conversations allaient bon train. Il m’avait semblé remarquer que les plateaux de pintes de bière moussues affluaient un peu partout, et les petits plateaux de salades, charcuteries et autres babioles savoureuses se succédaient ici et là. Je m’étais promis de revenir voir si ça valait la peine de vous en parler. Chose faite au sortir de l’automne, et je vous en parle avec plaisir.

Une petite quinzaine de propositions au menu du midi et seulement quelques changements pour le menu du soir. Des plats soignés et très bien exécutés, simples et délicieux. Par exemple, ce houmous maison aux fèves cannellini, sauce tahini, pointe d’ail, gouttes de citron, cumin et sumac, joliment décoré de pousses de petits pois ou les tacos du moment véganes. Deux belles tortillas garnies de chanterelles, de pommes de terre et d’ananas mariné au guajillo. Le tout sauté et parfaitement servi avec une petite salade de fenouil. La maison tient à préciser « de maïs », précision superflue, les tortillas étant toujours faites à base de farine de maïs.

Quelques suggestions véganes également, comme ce délicieux « Chou-fleur et palak » ; avec ses épinards, pommes de terre et crème, un plat multiethnique, palak désignant un plat végétarien du Pendjab auquel Ilich Leon, le chef d’origine mexicaine, apporte une touche d’Amérique centrale, avec de l’épazote, le thé du Mexique aux vertus digestives. La mention « steak (!) de chou-fleur mariné » permet d’ajouter un sourire à la lecture de l’intitulé.

Toujours dans les options végétariennes, quelques asperges fumées accompagnées de feta, de pistaches et de micropousses de chou-rave ou ces raviolis maison farcis de shiitakés, de pleurotes, et d’un mélange de bleu bénédictin et de feta.

Le plat du jour ce midi-là — Jarret de porcelet de la ferme Gaspor évocateur du cochinita pibil mexicain — avait été décrit avec un tel enthousiasme et un œil si gourmand par Mélissa que j’ai succombé. Le porcelet, très tendre, avait été cuit enroulé dans des feuilles de bananier marinées à la sauce pibil (achiote, jus d’orange, cumin, ail, cannelle, clou de girofle, origan). En fond d’assiette, une délicieuse polenta crémeuse à peine soulignée de parmesan et de mozzarella et des carottes marinées (jus d’orange, vinaigre, romarin).

Les assiettes étaient vraiment excellentes et le service charmant et précis. Le pourboire a reflété notre appréciation. Quand le travail en cuisine et en salle est aussi bien fait, il faut toujours que le client manifeste son appréciation. Je vous souhaite d’avoir à manifester la vôtre aussi lorsque vous passerez au Deux.

Deux
★★★
Délicieuse cave à manger au 2, rue Turgeon, Sainte-Thérèse, 450-979-2522. Ouvert midi et soir du mardi au vendredi, en soirée le samedi et pour le brunch le dimanche. Le repas de midi aura coûté 44 $ pour deux ascètes avant taxes et pourboire. De la courte carte des vins, l’expert mondial M. Aubry dit : « Cette carte essentiellement concoctée sur une base d’importations privées est un modèle du genre. Présentation impeccable de lisibilité et de cohérence, prix corrects, mais surtout, il apparaît ici que l’on aime le vin. Le dîneur a tout pour boire heureux. » $$ 1/2​