Vive Madame Boxermans!

Jade Fortin-Côté et Éric Berlin, copropriétaires, Grégoire Routy, chef et copropriétaire, Morgane Muszynski, gérante et sommelière.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jade Fortin-Côté et Éric Berlin, copropriétaires, Grégoire Routy, chef et copropriétaire, Morgane Muszynski, gérante et sommelière.

Quatre étoiles, c’est pour une très bonne adresse ; chez Boxermans, elles sont amplement méritées. Il n’y en a pas tant que ça en ville et, pourtant, ça tient à peu de choses. Un décor chaleureux, un chef talentueux et, au service, du personnel qui donne envie de rester plus longtemps ou de revenir au plus vite. Si, en plus de tout cela, la maison peut compter sur une sommelière allumée, on frôle le 4,5.

Ce petit Boxermans a tout ceci à offrir. Malgré une situation géographique un peu atypique pour un restaurant — l’avenue Van Horne, entre Hutchison et Durocher, n’est pas l’endroit le plus festif d’Outremont, sauf peut-être pour Hanoukka et Pourim à la synagogue voisine —, on sent, dès le seuil franchi, une atmosphère invitante et enveloppante.

Le décor planté là par une étoile montante de la chose, Kyle Adams Goforth, possède en effet ces deux qualités essentielles : attirer et retenir. Rien de compliqué, rien de trop affecté, un juste dosage de confort et d’élégance.

On voit bien ici et là quelques clients moins jeunes étudier le menu à la lumière de leur téléphone, mais il faut accepter que, de nos jours, cela ajoute au charme de cet éclairage langoureux.

Le chef ensuite, Grégoire Routy. Jade Fortin et Éric Berlin, propriétaires de la maison, ont eu le bon goût de penser que les gens voudraient venir chez eux pour manger, bien de préférence, très bien si c’était possible. Grégoire Routy, qui est capable de très belles choses en cuisine, a eu de son côté le bon goût de leur proposer une association.

Une carte sculptée à la perfection

À son retour d’Europe où il a goûté pendant quelques années aux délices de multi-étoilés britanniques et de bonnes maisons copenhaguoises, il a passé quelque temps dans un joli, et très bon restaurant montréalais où il a appris la patience, l’humilité et le pouvoir de la hiérarchie. Aujourd’hui, chez Boxermans, c’est lui le chef… avec toutes les joies et les quelques migraines que cela comporte.

Il propose une carte minimaliste et sculptée à la perfection. Une quinzaine de choix, de petits plats soignés, dont certains attestent la créativité et le talent du jeune homme. En entrées par exemple, prenez cette courge musquée ; même affublée du qualificatif de « musquée », une courge, ça tombe souvent dans le soporifique. Ici, le petit plat est plutôt sautillant : dans une belle purée de doubeurre, butternut pour les intimes, de délicieux morceaux sucrés-salés de courge de Provence, une sauce XO (échalotes, crevette déshydratée, touche de piment) et, en bruine discrète, un peu de raifort et de zeste de citron passé à la microrâpe. Le tout donne une petite assiette excitante, ce qui, chez les cucurbitacées, même provençales, constitue un exploit.

Rosette de Lyon, speck italien ou gros concombres marinés, autant de petites choses divertissantes qui permettent de patienter dans la bonne humeur. La burrata également, accompagnée de très longues et fines lamelles de radis blanc ainsi que de quelques pincées d’herbes fraîches, en l’occurrence aneth et persil.

Boxermans, comme de plus en plus de maisons, propose du pain en échange de quelques dollars. Une bonne idée, car le pain est délicieux, accompagné de beurre très subtilement fumé à l’érable et, comme il est facturé, les clients ne retournent plus de choses à moitié grignotées qui finiront à la poubelle.

Je ne saurais trop vous recommander le dernier plat au menu : « Aile de raie poêlée, céleri, pommes de terre, câpres ». Cuisson impeccable du poisson, soutien judicieux du céleri, touche stimulante des câpres, présence amusante des pommes de terre. Si, lorsque vous irez manger chez lui, le chef a décidé de conserver le plat de bourgots, pomme de terre, radis noir et sauce au miso, n’hésitez pas. Si ce très bon plat n’est plus là, manifestez.

Il y a deux desserts, mais ce n’est pas l’apogée du menu. Comme j’ai beaucoup aimé mes deux passages ici et tous les plats goûtés, je préfère ne pas bougonner.

Le service chez Boxermans est attentionné, proactif et délicat, trois qualités qui attestent l’intelligence du personnel en salle, et l’ensemble d’un établissement.

En parlant d’intelligence, et pour finir sur une note guillerette, la sommelière de Boxermans, Morgane Muszynski, en fait preuve dans sa carte et dans son approche avec tous ses clients, qu’ils soient fins connaisseurs ou profanes buveurs occasionnels.

Un atout indispensable pour toute maison qui aspire aux grands honneurs. Je ne parle pas ici seulement d’une critique élogieuse dans Le Devoir, mais surtout de hordes de clients qui se transmettent l’adresse comme l’une des très bonnes en ville.


Ouvert en soirée, du lundi au samedi, et à midi le jeudi et le vendredi. Une courte carte de 16 choix, dont 2 desserts, pour un prix moyen de 10,56 $ avec un pic à 19 $, et 3 $ pour le pain délicieux dont je vous ai parlé plus haut. De la superbe carte des vins amoureusement tricotée par Morgane, mon émérite collègue Jean Aubry dit : « On égrène cette carte comme un chapelet en espérant au final être exaucé. Résultat ? On ne se fait pas prier pour monter au ciel, à prix doux. Une carte originale, ciblée avec gourmandise et un grain de passion. » Doux bouchon, que j’aime ça quand Jean est d’accord avec moi ! Vous allez aimer ça vous aussi, je le sais.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Boxermans

★★★★

1041, avenue Van Horne, ☎ 514 495-4000, $$$ 1/2