Dans les p’tits pots, les bons onguents

Le Clairon a ouvert ses portes le 27 septembre. Les chefs s’appellent Maxime Descôteaux et Kamille Farrell. Leur travail et leur talent méritent d’être soulignés.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le Clairon a ouvert ses portes le 27 septembre. Les chefs s’appellent Maxime Descôteaux et Kamille Farrell. Leur travail et leur talent méritent d’être soulignés.

Parfois, assez rarement, dans mes missions de reconnaissance, je tombe des nues. Par exemple, quand je vais dans un petit restaurant, ouvert depuis peu et que tout y est délicieux, équilibré, intelligent, servi avec adresse et que, par-dessus le marché, l’addition est raisonnable, je tombe des nues. J’espère que vous tomberez vous aussi sous le charme de ce joli petit Clairon.

Ma fille m’entraîne de temps à autre dans d’étranges aventures. Elle appelle ça sortir de ma zone de confort. À mon âge… « Je vais au Clairon, tu veux venir ? » Le Clairon ? Vraiment ? Ouvert depuis quelques semaines à peine ; sur le Plateau en plus, j’osais à peine imaginer la fanfare. Or, rien de tout cela. Que du bon, que du soigné, que du méticuleux sans la moindre ostentation.

Ce Clairon a ouvert ses portes le 27 septembre et figure dans la liste des établissements où je suis revenu, par plaisir, quelques soirs après ma première visite. Un peu pour travailler aussi tant la surprise du premier soir avait été complète. Comme disent nos voisins du sud : Trust, but verify.

Lors de la première visite, nous étions trois, Mademoiselle Minion s’étant jointe à nous. Après huit plats, j’étais baba. Malgré mes a priori et la tuque plantée sur la tête du chef.

À la seconde visite, je suis venu seul, avec mes notes de table. Mes deux commensales du premier jour sont très bien élevées et n’ont pas prêté trop d’attention à mon air absent ; je ne suis pas un très bon compagnon de table quand je travaille et, ce premier soir-là, dès le deuxième plat, je savais qu’il fallait que je travaille. J’aime tant vous parler de belles choses.

Une carte relativement courte, à peine une dizaine de propositions auxquelles s’ajoutent trois desserts maison. En fait, tout est préparé maison, d’où ma surprise, chaque plat, que la maison suggère de partager, étant impeccable. Bémol de ma part toutefois sur le partage, vous ne voudrez pas partager, les portions sont relativement modestes et parfaites pour une personne. À moins que vous aimiez éperdument l’autre personne.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Tous les plats offerts sur la carte sont faits maison.

Si j’écrivais pour un magazine et que je disposais d’une demi-douzaine de pages, je vous en tartinerais sur tous les éléments du menu. Et ce serait une joyeuse tartinade. Ici, je vous détaillerai plutôt le festival du deuxième soir.

Premier service : une purée de courge musquée avec en son centre une cuillerée de coulis d’ail noir et de poivron rôti. Servie dans un bol, elle était couronnée d’un petit pain nan maison, fini sur le gril et d’un très délicat mesclun « … venu de Frelighsburg et de Hochelaga-Maisonneuve (!) », a précisé la jeune femme au service. Une touche de vinaigrette ajoutait à l’équilibre. Voyant mon embarras avec la fourchette, la jeune femme m’apporte une cuillère « pour tout bien tenir si vous voulez ». Je voulais vraiment. Je l’ai remerciée de sa sollicitude.

Pour la suite des festivités, le menu disait : « Bourgots – Os à moelle, pâtes fraîches, sauce vodka. » La bolinette servie contenait effectivement des pâtes fraîches — délicieuses, quoiqu’en quantité insuffisante —, mais plutôt des oursins « venus de Rimouski » (dixit Miss précisions géographiques) et un croustillant de chapelure maison, relevé d’huile épicée. Le tout était si savoureux que je me gardais bien de rouspéter.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Troisième service : le cube de flanc de porc très tendre à coeur vient sur un lit de purée de pois légère, un peu de riz blanc et de petits tronçons de haricots fermentés. Le porc vient du Rang 4 à Saint-Ambroise-de-Kildare (dixit qui vous savez). Le porc venait aussi du four et, dixit moi, aurait mérité d’un peu moins bronzer lors de son passage antérieur à la poêle, sa partie supérieure étant dangereusement grillée et exagérément craquante. À se demander si les chefs ont des dentistes dans leur parenté…

En dessert, une tarte au citron sur crème anglaise au saké et miettes de crumble au romarin. Les dessertspréparés au Clairon sont des créations de Mme Claire, la maman d’ÉtienneDufort, copropriétaire et maître d’hôtel. J’ai prié ce dernier de la remercier chaleureusement.

Les chefs s’appellent Maxime Descôteaux et Kamille Farrell. Leur travail et leur talent méritent d’être soulignés. J’espère que vous louangerez à votre tour après avoir dégusté leurs créations.

P.-S. Finalement, la tuque, c’est quand même plus seyant qu’un filet.


Ouvert en soirée, du mardi au samedi, de 17 h à 23 h. Une dizaine de choix de petits plats vraiment délicieux, à partager (ou pas). La maison suggère deux formules : trois choix : 45 $ ou cinq choix : 70 $, mais d’autres options sont offertes et c’est vous qui déciderez ce qui vous convient.

Mon enthousiasme pour la maison semble partagé par mon éminent collègue Jean Aubry, qui commente ainsi : « Une courte carte intelligente et sensible qui offre tout de même sept vins du Québec, hé bien, moi je dis que ces gens doivent être bons. Je ne connais pas ces gens, mais je vais tout de même passer leur dire ! »

Clairon

★★★ 1/2

432, rue Rachel Est, ☎ 514 840-5706, $$$

Légendes

★★★ 1/2

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix