Nama, peut-être un jour…

À la fin du repas, on ressort dépités de cette salle déraisonnablement bondée pour les capacités réelles de la cuisine. 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir À la fin du repas, on ressort dépités de cette salle déraisonnablement bondée pour les capacités réelles de la cuisine. 

Sans doute aurais-je dû attendre avant de m’aventurer chez Nama. Sans doute appâté par quelques commentaires élogieux lus et entendus ici et là, leurré par de superbes photos sur le site de ce restaurant et aveuglé par mon amour de la cuisine du sous-continent indien, je croyais ce nouveau restaurant sri-lankais tout à fait approprié pour une soirée à indice humidex torride.

Erreur ! Deux heures et demie de questionnements amènent rarement une critique positive. Attendre une heure avant d’avoir des nouvelles du personnel débordé non plus. Devoir attendre 20 minutes supplémentaires pour recevoir la première pitance à grignoter, pas davantage. Recevoir des plats différents de ceux commandés et se faire dire un samedi soir en début de soirée « Nous n’avons plus de bière » (?!), encore moins.

Affamés, on finit toujours par commander.

En dehors de son amabilité, le personnel semblait si complètement dépassé que nous en avons éprouvé de la gêne toute la soirée. Les plats sont arrivés dans le désordre et sans la moindre explication, un peu « garrochés » sur la table. L’embarras progressait de plat en plat.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Un mets fabriqué à partir de farine de riz rouge et servi avec du «sothee» et du «sambol».

Deux services de deux galettes, l’un avec du thon frit infusé avec des oignons et des pommes de terre, l’autre avec une friture de fleur de banane et de plantain vert infusé avec de l’oignon.

Toutes quatre, enrobées de chapelure et servies avec une version sri lankaise du ketchup, étaient censées nous mettre en appétit.

Dans les petites aubergines farcies, la pâte d’amande écrasait l’ensemble du plat, mettant hors circuit oignons, piments et noix de coco. L’assiette était jolie.

Regrettable hyperbole

Le menu parlait de « gambas ». Regrettable hyperbole. En effet, soit les crevettes servies dans ce petit wok avaient beaucoup souffert en voyage et perdu du volume, soit le fournisseur s’est payé la tête du patron de chez Nama, car il s’agissait de crevettes de taille plutôt maigrelette. Cuites dans une sauce aux tomates très relevée, elles auraient pu être intéressantes ; elles n’ont été que déception.

Étouffés par l’omniprésence de la « poudre de curry maison », les plats de poulet, porc et chèvre se ressemblaient tant que les trois assiettes étaient autant de déconvenues.

Le « Kottu Roti » commandé était au poulet et coûtait 22 $ ; celui servi nonchalamment était à l’agneau et sera plus tard facturé 30 $. C’eût été anecdotique si le plat n’avait été si insupportablement relevé que, même pour les amateurs de plats épicés, la chose était désagréable.

Huit plats plus tard, on ressort dépités de cette salle déraisonnablement bondée pour les capacités réelles de la cuisine. Sans doute que moins de tables aurait permis de servir convenablement. Sans doute quelques (lire plusieurs) ajustements permettront un jour de rendre cette adresse intéressante.

Namarupa (composé de nama « nom, esprit » et rupa « forme, corporéité ») désigne dans le bouddhisme l’illusion d’exister comme individu, illusion qui se situe au quatrième rang dans la chaîne des causes de la souffrance.

À l’heure actuelle, ce Nama-là donne l’illusion d’être un restaurant et est la principale cause de ma souffrance d’avoir dû vous en parler.


Ouvert en soirée du mardi au vendredi, ainsi que le midi et le soir les fins de semaine. À cinq, le repas aura coûté 267,43 $ service compris. J’ai prié mes amis de m’excuser de leur avoir fait dépenser autant d’argent pour tant de gaucheries. Au moins 
vous êtes prévenus.​

Actualités gastronomiques

La Martinique à table

Jusqu’au 23 septembre, Martinique gourmande, le rendez-vous annuel de la gastronomie martiniquaise au Québec, attise les papilles dans une quarantaine de restaurants de Montréal et de Québec qui mettront en vedette les saveurs colorées de cette région à travers différentes créations ajoutées à leurs menus habituels. Cette 11e édition du festival Martinique gourmande prend de l’expansion et offre une occasion de goûter non seulement la savoureuse cuisine de l’île, où se mélangent des influences caribéennes, françaises, indiennes et africaines, mais également son rhum agricole exceptionnel, aux arômes de canne à sucre prononcés.

Une sorte de légende vivante

Dans le paysage gastronomique québécois, Rollande Desbois est une sorte de légende vivante. Professeure de cuisine, chroniqueuse gastronomique et influenceuse éclairée, elle joue depuis toujours un rôle fondamental dans le développement de la gastronomie de la province. Anne Fortin, autre gourou de la cuisine et propriétaire de l’excellente petite Librairie gourmande au marché Jean-Talon, a joint ses talents à ceux d’Emilie Villeneuve, auteure intelligente et éditrice allumée, pour concocter un ouvrage sur madame Desbois, ouvrage que l’on dévorera et qui permettra, entre autres, de constater que l’on peut se cultiver tout en se délectant.
Rollande Desbois
La gastronomie en héritage
Anne Fortin et Emilie Villeneuve, préface de Josée di Stasio, Normand Laprise et Christine Lamarche, Éditions de l’Homme, Montréal, 152 pages

Nama

★★

3439, rue Saint-Denis Montréal ☎ 514 461-0130, $$$