Cuisine indienne inoffensive

Même si des cuisines arrivent des effluves intéressants, l’agneau korma, le poulet Kadhai et les crevettes masala se révèlent plutôt modérés.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Même si des cuisines arrivent des effluves intéressants, l’agneau korma, le poulet Kadhai et les crevettes masala se révèlent plutôt modérés.

Au retour des vacances, je cherchais quelque chose de léger, un de ces endroits chics et de bon goût où l’on peut se restaurer sans se poser trop de questions et sans que l’aventure coûte une fortune ; une sorte d’endroit inoffensif. India Rosa a parfaitement comblé mes attentes. Vous aurez donc droit à une critique inoffensive.

J’avais lu et entendu des commentaires dithyrambiques au sujet de cette nouvelle adresse, ce qui m’intrigue toujours. Cet indien, courageusement installé sur le Plateau, m’était sympathique entre autres choses pour son courage d’avoir ouvert à l’angle de Brébeuf et de Mont-Royal. Le quartier n’est pas célèbre pour son ouverture aux cuisines. Par contre, la cuisine indienne figure depuis toujours en haut de mon palmarès, par sa richesse de couleurs, de senteurs, de saveurs.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Chez India Rosa, nouvelle adresse de l’avenue du Mont-Royal, l’ambiance est plutôt festive. La salle bourdonne et la terrasse vibre, en partie grâce aux soins des barmans qualifiés.

Un samedi soir bondé, réservation est donc prise de peine et de misère — « nous faisons trois services : 17 h, 19 h et 21 h ». Ce sera donc 19 h puisque 19 h 30 représente une épreuve insurmontable pour la maison.

La salle bourdonne et la terrasse vibre. De la cuisine arrivent des effluves prometteurs. Des haut-parleurs sort un borborygme musical qui n’ajoute rien à la visite. Louis-Claude, au service, est impeccable, ce qui rattrape bien des choses.

India Rosa propose une carte claire, déclinée en cinq sections : une soupe dal classique ; quatre salades ; une quinzaine de bouchées à partager ; une vingtaine de plats à partager ; quelques nans. Une dernière section détaille les boissons non alcoolisées, dont un lassi, cette boisson à base de yogourt, parfumée ici à la mangue, mais que la cuisine a eu la gentillesse de me servir salée, tel que demandé. Sur les menus, trois pictogrammes signalent « végétarien », « végétalien » ou « épicé ».

En bouchées apéritives, quelques bahjis, beignets d’oignons frits, et deux assiettes de samosas, beignets de farine de pois chiches frits, proposés en versions végétarienne ou au boeuf, le premier farci de pommes de terre et de pois verts, le second de boeuf haché. Le tout est accompagné de sauce, au tamarin m’a-t-il semblé. Même si la maison insiste à chaque plat sur les « épices indiennes » et les « fines herbes indiennes », rien ici pour donner envie de prendre un billet pour Amritsar ou Bénarès.

En plats principaux, agneau, poulet et crevettes pour voir si le décollage peut s’effectuer différemment. Les assiettes décollent un tout petit peu, mais sans monter très haut, gastronomiquement parlant.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Un artiste du shaker concocte de somptueux cocktails.

L’agneau korma est d’une tranquillité surprenante. Habituellement, la douzaine d’épices de la sauce korma (curcuma, gingembre, clou de girofle, piment doux et piment fort, coriandre, cumin, pour ne nommer que ceux-là) évoquent des bêlements enthousiastes. Dans ce cas-ci, ça ne bêle pas fort et le mot « tendres » précédant « morceaux d’agneau » relève du voeu pieux.

Poulet Kadhai et crevettes masala sont eux aussi d’une étonnante modération. Rien de décoiffant, alors qu’il suffirait de peu de chose pour que ces préparations trouvent l’élan qu’elles ont traditionnellement.

Je ne vous dirai aucun mal des desserts pris ce soir-là, gulab jamun et glace à la pistache. Je ne peux malheureusement pas vous en dire du bien non plus.

Avec son habituel laconisme toulousain, mon frère, friand de cuisine indienne comme moi, a dit : « Ce serait bien que le riz servi dans ces jolis ramequins soit chaud. Le basmati froid, ça fait brouillon. »

Autour de nous, l’ambiance est plutôt festive, les clients semblant heureux de déguster les superbes cocktails préparés par un artiste du shaker. Si je n’étais venu ici pour travailler et vous faire part de ce qu’il se passe dans les assiettes, peut-être me serais-je moi aussi amusé.


Ouvert du dimanche au mercredi de 11 h à minuit et du jeudi au samedi de 11 h à 2 h. Petits plats de 6 $ à 18 $; assiettes plus conséquentes de 13 $ à 21 $.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

India Rosa

★★ 1/2

1241, avenue du Mont-Royal Est, ☎ 514 543-1880, $$