Tout un envol à bord d’Hélicoptère

D’immenses vitrines de chaque côté de la porte laissent la lumière naturelle envahir le local.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir D’immenses vitrines de chaque côté de la porte laissent la lumière naturelle envahir le local.

Le concept a germé dans la tête de David Ollu lorsqu’il travaillait au Bouillon Bilk, au cœur du Quartier des spectacles, mais son Hélicoptère (qui fait ici référence à la samare et non à l’engin volant !) s’est transporté bien à l’est pour se déposer dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Le restaurant est la deuxième étape du projet du chef propriétaire : il s’annexe au café Hélico, où la pâtisserie maison est reine.

C’est toujours très excitant de visiter un établissement qui en est à ses balbutiements. Certains diront qu’il faut laisser du temps à l’équipe pour peaufiner la formule, faire les ajustements nécessaires. Je persiste à croire que lorsqu’on ouvre enfin ses portes, c’est qu’on est fin prêts.

Youri, un des piliers de l’équipe, accueille très chaleureusement les convives et répond avidement aux questions des plus curieux. Le restaurant se remplit rapidement. Le quartier semblait l’attendre et il le lui rend bien.

Mur de brique, plancher de bois de grange et banquette vert émeraude présentent une élégance rustique fort chaleureuse. D’immenses vitrines de chaque côté de la porte laissent la lumière naturelle envahir le local. Nos hôtes semblent en parfait contrôle, un ballet digne d’une adresse bien établie.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La ligne directrice n’est autre que de mettre en valeur les produits saisonniers, locaux, et l’on y parvient sans s’éparpiller malgré les influences diverses.

Rapidement, on vient nous réciter la carte des cocktails. Des quatre énumérés, nous en commanderons trois. Du choix des ingrédients jusqu’à l’exécution et à la présentation, rien n’a été laissé au hasard. Mis à part le jus d’agrume, la chartreuse et la tequila Tromba (élaborée par un Torontois), tous les ingrédients de nos boissons proviennent du Québec. Mention spéciale à ce Ciel pamplemousse avec vodka, chartreuse jaune, kombucha et jus d’agrume, un véritable tour de force qui a fait l’unanimité de notre tablée !

La carte des vins, quant à elle, est habilement structurée, originale et accessible tout à la fois. La proposition de vins au verre impressionne par sa diversité, même si nous optons pour une bouteille.

Le bonheur est dans la caille

Pour accompagner l’apéro, nous nous laissons tenter par les shishitos, petits piments doux originaires du Japon, frits à la perfection dans une pâte légère et bien craquante, accompagnés d’une sauce ranch. Notre serveuse nous recommande chaudement le challah maison, ce pain traditionnel juif semblable à une brioche mais sans beurre, servi ici avec un fromage frais. Le tout disparaît à une vitesse qui trahit la qualité des plats. Nous voilà bien en confiance pour la suite.

N’eût été l’insistance de mon accompagnatrice, je serais fort probablement passée à côté de cet audacieux plat de calmars. Têtes et rondelles sont cuites sous vide dans du babeurre pour être ensuite légèrement grillées, et elles sont accompagnées de concombre frais et en marinade, avec salsa verde, menthe et chili. C’est une réelle explosion de saveurs en bouche, adoucie par des textures onctueuses.

Vient ensuite l’omble chevalier cuit à l’unilatéral, servi avec des betteraves cuites en marinade et leurs feuilles tombées, dans un vinaigre à l’érable. Les pistaches sont déclinées de trois façons : crues, torréfiées et en pesto. Le poisson, tout en finesse, s’harmonise parfaitement à notre petit rosé.

À ma grande satisfaction, la caille arrive décortiquée, prête à être dévorée. Quelques poireaux et oignons fondants ainsi qu’une sauce harissa accompagnent sa chair juteuse et sa peau croustillante. Le bonheur !

Seul petit bémol : le plat de pleurotes, noisettes, thym et nduja. J’avais déjà goûté à cette saucisse de porc très épicée par le passé et sa tendance à dominer les autres saveurs, malgré la présence ici de lime et de crème fraîche, peut agacer. Heureusement, les cavatelli aux pois verts, chanterelles et citron viendront soulager mon palais. Bien que le plat ne se prête pas tout à fait à la saison, son exécution était irréprochable.

La pavlova, accompagnée de fraises et d’un crumble de croissant (belle idée que de récupérer les viennoiseries invendues du café Hélico, qui apportent au dessert le croquant nécessaire), viendra couronner cette première visite plus que convaincante.

La cuisine nous fait voyager sans avoir un port d’attache précis. La ligne directrice n’est autre que de mettre en valeur les produits saisonniers, locaux, et l’on y parvient sans s’éparpiller malgré les influences diverses. L’établissement regorge d’employés passionnés et talentueux, et cet amour du travail bien fait résonne dans chaque gorgée, chaque bouchée.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Hélicoptère

★★★★

4255, rue Ontario Est, ☎ 514 543 4255, ouvert du mercredi au samedi soir de 17 h 30 à 23 h, et pour le brunch le dimanche de 10 h à 15 h.