Le Junior, les Philippines à petit prix

Le Junior présente un décor à la fois simple et chaleureux aux accents colorés.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Le Junior présente un décor à la fois simple et chaleureux aux accents colorés.

J’aime bien jouer à la touriste dans ma propre ville, et le quartier Griffintown est un des endroits qu’il me reste à explorer. Beaucoup de restaurants s’y sont établis au cours des dernières années, dont Le Junior, qui m’interpellait par son style de cuisine fort original.

Malgré la chaleur accablante et le long week-end qui s’étire, nous sommes accueillis tout sourire par la charmante serveuse qui officie seule ce soir-là. Un décor à la fois simple et chaleureux aux accents colorés semble vouloir témoigner de plusieurs soirées endiablées, bien que la nôtre s’annonce plutôt tranquille. Il fait si chaud que la terrasse demeurera fermée et on nous confie que la cuisine carbure aux Mr Freeze !

L’éternelle adolescente en moi est tout de suite charmée par l’ambiance musicale hip-hop des années 1990 qui nous bercera tout au long de notre expérience gastronomique.

Les propriétaires, les frères Flores, sont tous deux DJ, il est clair que la musique ici ne sera jamais un simple accessoire, bien au contraire, des tourne-disques trônent au milieu du local.

Comme David Pendon, de l’agence Œnopole, était aussi à l’origine du projet, je m’attendais à trouver une coquette carte des vins et quelques références de bières de microbrasserie. Il ne fait maintenant plus partie de l’équipe.

Une cuisine familiale d’Asie du Sud-Est aux accents espagnols, chinois et nippons ne requiert peut-être pas de toute façon ce genre d’agrément, ce qui ne gêne pas ici. Mes amis et moi nous rabattons rapidement sur une bière blonde philippine et quelques cocktails. Exotiques, désaltérantes et justes, nos boissons nous comblent et nous voilà parés pour la soirée.

Entre de bonnes mains

Lorsque nos yeux se posent sur le menu, très rapidement, on vient à notre rescousse avec explications et recommandations à l’appui. J’adore ce genre de prise en charge, particulièrement en contrées moins connues. Quelques plats manqueront ce soir à l’appel, résultat d’un week-end fort achalandé. On nous recommande d’opter pour une formule de partage, nous sommes en parfait accord avec la stratégie.

Défilera d’abord devant nous la hilaw manga ensalada, une salade de mangue verte, de jicama (plante dont on consomme le tubercule, notamment au Mexique, en Amérique centrale et en Asie du Sud-Est) et de tomates, accompagnée d’une vinaigrette à la pâte de crevettes. Je ne connaissais de cette dernière que ses attraits pour parfumer un bouillon en raison de son goût très prononcé, peut-être un peu trop pour cette salade, tout de même très rafraîchissante et dont mes amis ne feront qu’une bouchée.

Photo: Catherine Legault Le Devoir Les propriétaires, les frères Flores, sont tous deux DJ; il est clair que la musique ici ne sera jamais qu’un simple accessoire, bien au contraire.

Pour accompagner ce plat, les deux carnivores à table, moi y compris, opteront pour quelques buto buto, petites côtes levées à l’ail et au miel, sans surprise mais succulentes, à tel point que même notre (très flexible) amie végétarienne n’aura d’autre choix que de se laisser tenter à son tour.

Bien que le restaurant se remplisse alors de jeunes familles et de quelques touristes, le service demeure attentionné, couverts et assiettes de partage sont renouvelés à chaque plat.

On vient bientôt poser sur notre table le lumpiang sariwa, une crêpe mince farcie de légumes et de tofu sautés dans une sauce à l’ail douce avec arachides. C’est en quelque sorte un stir fry enroulé dans une fine pâte.

Le tout s’avère un délice, les légumes sont parfaitement croquants sous la dent. Seule ombre au portrait, on ne saura qu’après s’être inquiétés de son absence que le tofu ne faisait plus partie de la recette.

Coup de cœur

Mon coup de cœur va à l’adobo manok, des pilons et hauts de cuisse de poulet mijotés avec ail, soya, gingembre, vinaigre et lait de coco, présentés très simplement dans leur sauce et évidemment accompagnés de riz collant. J’aurais eu envie de terminer cette sauce riche, onctueuse et savoureuse à souhait à la cuillère.

Bien que ce style de cuisine affiche déjà quelques accents sucrés, il nous reste encore de l’appétit pour le dessert. Comme nous avons été jusque-là très judicieusement guidés, nous obéissons rapidement lorsqu’on nous souligne qu’un dessert ne sera pas suffisant pour la tablée. Nous commandons sur-le-champ les deux seuls disponibles ce jour-là.

Peu de temps après leur arrivée à table, le gâteau au manioc et lait de coco ainsi que le flan au caramel ne sont plus qu’un doux souvenir.

Ils ne font pas dans la délicatesse, mais les saveurs sont franches et réconfortantes. Comme une version exotique des gâteaux de ma grand-mère tout droit sortis de son livre de recettes Five Roses.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Le Junior

★★★ 1/2

1964 rue Notre-Dame Ouest, Montréal, ☎ 514 944-8636, $$