Antidote Foodlab: table épatante à Sherbrooke

Lorsqu’il est aussi original, il faut parler du décor, puisque Antidote est installé dans une ancienne manufacture, un atelier de couture dont subsistent de ravissantes machines à coudre. Beaucoup de bois partout, de gros murs en pierre.
Photo: Antidote Lorsqu’il est aussi original, il faut parler du décor, puisque Antidote est installé dans une ancienne manufacture, un atelier de couture dont subsistent de ravissantes machines à coudre. Beaucoup de bois partout, de gros murs en pierre.

Il y a une ribambelle de restaurants à Sherbrooke, d’excellents, des plus ordinaires et quelques bouis-bouis aussi, malheureusement. Parmi les excellents, il y en a trois dont je tiens à vous parler. L’an dernier, c’était le très recommandable Baumann Smokehouse (Le Devoir, 8 septembre 2017). Aujourd’hui, le tout aussi recommandable Antidote Foodlab. Le troisième viendra à mon prochain passage en Estrie.

Cet Antidote donc. La plus belle surprise de l’année à ce jour. Il faut dire que les propriétaires ne pèchent pas par excès de vantardise ; en effet, pas le moindre panneau, pas la plus petite enseigne, rien pour signaler qu’il y a ici l’une des meilleures tables de la province. Dans son infinie bonté, le ROC lui a même octroyé une place parmi son classement Canada’s 100 Best Restaurant. By George ! C’est vous dire… J’y ai soupé deux fois, la seconde surtout parce que le chef était absent la veille. Même qualité les deux soirs.

«Steak de concombre». Juste à le lire, ça décoiffe grave, comme on dit à Sherbrooke et ailleurs.

Lorsqu’il est aussi original, il faut parler du décor, puisque Antidote est installé dans une ancienne manufacture, un atelier de couture dont subsistent de ravissantes machines à coudre. Beaucoup de bois partout, de gros murs en pierre et un fond musical à vous réconcilier avec cette chose.

Lorsqu’il est aussi chaleureux et intelligent, il faut parler du service. Violette, à son poste les deux soirs, est une personne dont le travail impeccable embellit encore le passage à cette table.

Photo: Antidote Le chef Luc Vaillancourt

Enfin, il faut parler de ces superbes assiettes que le chef Luc Vaillancourt et sa brigade peaufinent. Un menu de onze propositions, six entrées et cinq plats principaux — plus une petite carte de quatre desserts. Sucrées ou salées, ces compositions tiennent en parfait équilibre entre finesse et robustesse, recherchées sans emberlificotage.

Ce céleri-rave, par exemple, était parfait comme entrée. De belles tranches sorties de la mandoline, fumées et accompagnées de crevettes nordiques venues de Rivière-au-Renard, gel de baies d’argousier venues, elles, de North Hatley ; pour compléter, une délicieuse sauce et un crumble sentant la noix de cajou torréfiée.

La carte d’Antidote contient également certains intitulés intrigants. Par exemple, ce « Steak de concombre ». Juste à le lire, ça décoiffe grave, comme on dit à Sherbrooke et ailleurs. Le savourer est tout aussi plaisant ; concombres marinés à la lime puis grillés, gel de cornichon sucré, sauce babeurre et, flottant au-dessus, de discrets effluves d’esturgeon fumé.

Photo: Antidote «Oups! J’ai échappé le Ferrero». Un des deux desserts faits maison qui passent le test haut la main.

Violette annonce en souriant : « Poulet de Cornouailles cuit sous vide puis rôti, paprika, cayenne, oignon et, en accompagnements, un roulé de prosciutto et patate douce, crème sure, légumes poêlés, mousse de pomme de terre et purée d’épinards. » Nous commandons en souriant. Le volatile arrive, présenté en crapaudine. Une fois le plat terminé, la tablée sourit toujours.

Le plat de raviolis est composé de pâtes fraîches maison à la courge Butternut, riches en fromage cottage et parmesan (un peu trop…), quelques pleurotes (un peu pas assez…), le tout enjolivé de graines de citrouille torréfiées et d’une très judicieuse gastrique de courge.

Deux desserts faits maison — « Oups ! J’ai échappé le Ferrero » et « Gâteau aux carottes » — passent le test haut la main. Le premier, une demi-coquille de chocolat noir fabriquée maison, remplie de mousse de chocolat au babeurre, une bruine de noisettes torréfiées et concassées, et un beurre de noisette fleurant le miel, mériterait un prix.

Le second, recette classique enrichie d’un concassé d’arachides et de caramel, de poudre de beurre d’arachides, d’une onctueuse mousse de carotte et d’une quenelle de glace de fromage à la crème parfumée à la vanille en mériterait un aussi conséquent. La maison a la délicatesse de proposer une version sans arachides.

Ouvert en soirée du mardi au samedi. Entrées de 9 $ à 15 $, plats principaux de 22 $ à 34 $ et desserts à 7 $ et 8 $. De la très belle carte des vins, mon éminent collègue et néanmoins ami Jean Aubry dit : « Voilà une carte dynamique, bien de son époque qui vise juste et semble avoir un malin plaisir à chatouiller l’amateur de passage devenu alors le client le plus indécis de l’heure tant le choix abonde, à prix plus que sympas. »

Aussi à Sherbrooke

Si vous décidiez de manger exotique à Sherbrooke, je vous suggère d’essayer Persépolis, un joli restaurant iranien planté rue King qui sert humblement les plats traditionnels de cette cuisine persane si soignée et si riche. Décor divertissant, service d’une exquise amabilité et addition très raisonnable.

Si vous deviez vous réveiller tôt, la boulangerie Les vraies richesses ouvre ses portes dès 6 h 30. Courez-y pour les meilleurs croissants, chocolatines et autres viennoiseries de toute la région ainsi que pour des pains qui vous donneront envie d’y tartiner du bonheur.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Antidote Foodlab

★★★ 1/2

35, rue Belvédère Nord, local 10, Sherbrooke ☎ 819 791-9117, $$$ 1/2