Un très bon Petit Italien

Ce Petit Italien avait connu des heures de gloire il y a une vingtaine d’années. Il revient aujourd’hui avec une équipe du tonnerre et des plats tout à fait satisfaisants.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Ce Petit Italien avait connu des heures de gloire il y a une vingtaine d’années. Il revient aujourd’hui avec une équipe du tonnerre et des plats tout à fait satisfaisants.

Tout le monde avait l’air heureux de se retrouver là, la salle bourdonnait et les rires ricochaient allègrement, des signes qui ne trompent pas au moment de passer à table, même dans l’arrondissement cossu d’Outremont. Ce Petit Italien — notez les majuscules — avait connu des heures de gloire il y a une vingtaine d’années, puis des hauts et des bas, avec surtout des bas assez ordinaires. Il revient aujourd’hui avec une équipe du tonnerre et des plats tout à fait satisfaisants.

Le défi dans ce cas-ci était de proposer des plats très marqués « italiens » en y ajoutant une touche vivifiante et surtout, surtout, de conserver ce que les clients avaient tant aimé dans la version initiale de la cuisine de cette petite maison.

Côté décor, rien n’a changé depuis 1999 et c’est tant mieux. Le travail effectué alors par Bruno Braën, puis par Zébulon Perron, deux stars locales de la décoration et de l’aménagement intérieur, est toujours aussi invitant.

Côté service, la même amabilité et le même professionnalisme : des gens éveillés, attentifs et de toute évidence intéressés par le bien-être de la clientèle.

Côté cuisine, de petits ajustements très judicieux ont été apportés aux classiques de la maison, primi, secondi et tutti quanti. Certains des nouveaux copropriétaires ont déjà impressionné à leur autre adresse avenue Van Horne (Provisions 1268, critique dans Le Devoir le 20 mai 2016). Ils apportent ici dans presque chaque assiette une touche de fraîcheur qui, sans en dénaturer le côté italien, y ajoute une touche originale.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le plat de rigatoni à la saucisse de la boucherie Provisions et au rapini prend l’allure d’un voyage gustatif vers Geppino, à Naples, qui se targue de 
préparer les meilleures pâtes maison de toute l’Italie.

Le menu est présenté en quatre sections : À partager, Entrées, Pâtes et Plats du moment. Suit une carte de quatre ou cinq desserts.

Une belle assiette d’asperges tronçonnées artistiquement, quelques copeaux de fromage de chèvre et de petits croûtons. Une salade César avec « crumble » de parmesan qui ressemble à une salade César comme on s’attend à la trouver ; peut-être pas à 13 $, mais de nos jours… Une délicieuse assiette de carpaccio de boeuf, pecorino romano en pluie, radis finement mandolinés, pousses de verdure et mayonnaise aux cèpes. Pour conclure les festivités en entrées, des boulettes de viande maison, peut-être un peu fermes sous la fourchette, mais pleines de saveurs.

Chez les Italiens, petits ou grands, un plat de pâtes accompagné de chair à saucisse et de brocoli rave est un test imparable. Le chef ici a choisi des rigatoni, utilise de la saucisse maison de la boucherie Provisions et parle de rapini, ce qui est quand même plus excitant que l’appellation susmentionnée. Une assiette savoureuse, précise, équilibrée ; cuisson, agencement et présentation. On se serait cru chez Geppino, Via Paolo Emilio Imbriani à Naples, Geppino s’enorgueillissant de préparer les meilleures pâtes maison de toute l’Italie.

Un impeccable risotto décoré de fromage taleggio est parsemé de pointes d’asperges et, puisque la saison commence, de tendres têtes de violon.

Le « poisson du moment » était un thon semi crudo, présenté simplement sur une sauce au vin rouge forte en tomate grillée et décoré de poivron et d’oignon confit en purée.

Pour le dessert, un millefeuille de crêpes très fines, décoré de crème pâtissière, de bouchées de poire pochée et d’une boule de glace à la vanille et un tiramisu remarquablement aérien, enrichi de mascarpone, parfaitement fort en café et accompagnéd’une boule de glace au café.

La quasi-totalité des assiettées est « fait maison ». On remerciera les chefs, sous-chefs, cuisiniers et autres marmitons de se décarcasser ainsi. On les remerciera aussi d’avoir su conserver cette simplicité de tout ce que les clients aimaient autrefois ici. En observant bien les tablées environnantes, on constate qu’ils aiment beaucoup aujourd’hui. Vous aimerez sans doute aussi.

À quatre, avant taxes et service, le repas aurait pu ne coûter que 41,25 $ par personne. Bien sûr, on résiste difficilement au charme d’Arianna Occhipinti et à une de ses jolies bouteilles siciliennes. Ce SP68, par exemple, mélange harmonieux de nero d’avola et de frappato, étant irrésistible, on ajoute quelques dollars. Quand on aime, on ne compte pas. Surtout quand on aime autant et que le vin s’accorde si bien à la cuisine.


Ouvert midi et soir du lundi au vendredi et en soirée les fins de semaine. Entrées de 7 $ à 19 $, pâtes de 15 $ à 28 $ ou en demi-portions de 10 $ à 12 $, et plats du jour au prix courant ; ce serait une bonne idée de préciser le prix de ces derniers, raisonnable par ailleurs, au moment de la commande. Desserts de 3 $ à 12 $. De la carte des vins nouvellement sculptée par Christian Bisson, l’expert mondial M. Aubry dit : « Il y a ici de quoi boire tous azimuts et à prix étudiés, sans compter ce petit faible pour la production italienne qui démontre une diversité de cépages à jumeler habilement avec cette belle table locale. »

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Le Petit Italien

★★★ 1/2

1265, avenue Bernard, ☎ 514 278-0888, $$$ 1/2