Cuisine du marché au Clocher Penché

Ce qui était à l’origine un café est maintenant un restaurant qui a atteint sa pleine maturité. Certains éléments sont devenus des classiques.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Ce qui était à l’origine un café est maintenant un restaurant qui a atteint sa pleine maturité. Certains éléments sont devenus des classiques.

Désireux d’oublier la grisaille d’un printemps qui tarde à s’installer pour de bon, mon compagnon et moi optons pour un lieu réputé pour sa cuisine chaleureuse, Le Clocher Penché, sur la rue Saint-Joseph.

Un peu interloqués par le volume sonore qui nous assaille dès l’entrée — la salle à manger est pleine et l’acoustique amplifie le bruit des conversations —, nous nous attablons. La suite des choses confirmera que cette ambiance certes joyeuse ne se prête guère à la conversation… ou convient précisément aux confidences, qui seront assurément bien couvertes par la clameur !

À l’ombre du clocher

Étonnant petit resto : à deux pas se dresse l’église Notre-Dame-de-Jacques-Cartier, dont le clocher légèrement oblique a inspiré le nom. Construite en 1875 et consolidée en 1940, cette curiosité architecturale veille avec bienveillance sur ce coin du quartier Saint-Roch. L’édifice lui-même est une ancienne banque, comme le laissent deviner le comptoir et, surtout, l’accès aux toilettes… situées dans une ancienne portion voûtée gardée par une porte blindée.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir L’édifice est une ancienne banque, comme le laissent deviner l’accès aux toilettes… situées dans une ancienne portion voûtée gardée par une porte blindée.

Ce qui était à l’origine un café est maintenant un restaurant qui a atteint sa pleine maturité. Certains éléments sont devenus des classiques du Clocher Penché, par exemple le fromage en faisselle, les plats en cocotte prévus pour deux personnes ou encore le recours assumé aux meilleurs produits locaux. Nous nous en prévaudrons largement.

Fraîcheur, fraîcheur

Pour commencer, nous décidons de partager une faisselle. Dave se dévouera afin d’essayer une viande totalement nouvelle pour nous, le loup marin, tandis que je savourerai quelques huîtres.

La carte des vins est intéressante, proposant des valeurs sûres ainsi que des produits beaucoup moins usuels. Le sommelier du Clocher, Marc Lamarre, vient d’ailleurs de remporter le prix du Sommelier de l’année lors du gala des Lauriers de la gastronomie québécoise. Mon homme se décide pour un Stellenbosch Thirst Cinsault 2017 Radford Dale, tandis que je m’offre un verre de Terra Alta garnaxta blanca (je vous le donne en mille : il s’agit de grenache blanc) 2016 de la maison Herència Altés, un éclatant catalan qui semble prometteur avec les entrées.

C’est effectivement le cas. La saveur acidulée et la texture crémeuse du fromage frais sont fort bien mises en valeur par le fléflé (une purée de piment rouge d’origine syrienne), la laitue iceberg, les chips de bagel et la touche d’huile d’Espelette. Une entrée tout en fraîcheur.

Dans une présentation fort originale, sur deux étages, je reçois ensuite mes six huîtres de l’Île-du-Prince-Édouard accompagnées d’un amusant granité au Bloody Mary, tandis que mon compagnon découvre son mi-cuit de loup marin en croûte d’épices, avec purée de matsutake et champignons marinés. Cette viande — du phoque — est tendre comme du filet mignon ! Mais on aurait aimé pouvoir en découvrir le goût naturel, qui se trouve ici un peu occulté par la vinaigrette aux noix et surtout les épices. Peut-être est-ce simplement une manière d’introduire cet aliment inhabituel dans nos assiettes ?

Qu’est-ce qui mijote ?

Poursuivant en partage, nous avons opté pour la casserole du moment, un délicieux magret de canard servi avec un ragoût d’orge, de champignons et de légumes. Présenté dans un plat en fonte, il dégage d’appétissants arômes. Les textures et saveurs sont variées et bien contrastées, ce qui permet de s’adonner, encore et encore, au plaisir de composer des bouchées. Un peu d’orge, un bout de canard, et hop, on pique un brocoli, puis on plonge dans la sauce au vin… enfin, vous voyez ce que je veux dire.

Une part de cette copieuse casserole finit dans un plat pour emporter. On y gagne un somptueux repas pour le lendemain… et le petitespace nécessaire pour conclure par un dessert, partagé lui aussi. L’homme, qui a la dent plus sucrée que la mienne, est chargé de choisir.

Bien que n’étant pas le genre de personne à m’exciter devant lamention « tarte au sucre » d’un menu, il faut ici admettre qu’on a su réinventer ce classique avec beaucoup de finesse et d’originalité.

L’appareil onctueux est en quelque sorte camouflé dans une pâte feuilletée évoquant le strudel, coiffé de bâtonnets de pommes et de dés de légumes racines (j’admets avoir omis de noter lesquels) et parsemé de noix grillées. Un peu de glace à la vanille vient donner la petite touche de « cochonceté » recherchée. Une finale à donner une raison d’aller se confesser à l’église d’à côté, si elle n’était désacralisée.

Les plus : Un service affable. Des propositions permettant de belles découvertes. Une expérience gastronomique très agréable. Les moins : Le bruit ambiant tend à être très fort en période d’affluence. J’y retournerais plutôt en semaine ou pour le dîner. Coût pour deux, nourriture seulement, avant taxes : 115 $. Coût total pour deux (incluant alcool, taxes et service) : 178 $.

Les actualités gastronomiques de Québec

Ayant pour mission de rendre accessible à tous le plaisir de bien manger, l’Académie culinaire vient d’inaugurer une nouvelle installation à Québec, au 300 rue Saint-Paul, à deux pas de la gare du Palais. En plus d’un café avec terrasse et d’une boutique comptant un comptoir de « prêt-à-déguster », cet espace de 3000 pieds carrés permettra d’offrir des cours de cuisine aux apprentis comme aux plus expérimentés, des ateliers parent-enfant, des camps d’été, ou encore d’accueillir des événements privés.

Un deuxième Fou du Bio a maintenant pignon sur rue dans le quartier Petit-Champlain. Ce comptoir propose divers mets pour emporter, du pain, des fromages ainsi qu’une généreuse sélection de charcuteries bio, sans nitrites et sans gluten, notamment des terrines et bien sûr les saucissons qui ont contribué à la renommée de l’entreprise.

Un nouveau Comptoir boréal Chez Boulay, du réputé chef Arnaud Marchand, vient d’ouvrir au 2785, boulevard Laurier, à même le magasin de trois étages de La MUST SOCIÉTÉ de Sainte-Foy. Cette luncherie-pâtisserie gourmande offre entre autres des soupes, des feuilletés et des quiches maison aux accents nordiques, des desserts et une section prêt-à-manger pour la maison.

En juin, l’événement gourmand Goûter le Québec maritime, qui se tiendra au quai des Cageux de la promenade Samuel-De Champlain, mettra en valeur les produits marins du Québec. Présentées par le 47e Parallèle et l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP), les soirées thématiques des 8, 9, 14 et 15 juin (un apéro et un repas quatre services) permettront d’amasser des fonds pour Opération Enfant Soleil.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix
 

★★★★

Le Clocher Penché, 203, rue Saint-Joseph Est, Québec, ☎ 418 640-0597, $$$ 1/2