Mon lapin, un clapier 5 étoiles dans la Petite-Italie

Mon lapin est un lieu de perdition où la cuisine et la boisson s’allient pour faire ressortir de vous toute la déraison qui s’y trouve.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Mon lapin est un lieu de perdition où la cuisine et la boisson s’allient pour faire ressortir de vous toute la déraison qui s’y trouve.

Cette critique aurait pu s’intituler « Ceci, n’est pas un lapin ! » ou mieux encore « Ceci n’est pas un bar à vins ». Du lapin, il ne reste en effet que la saucisse au menu et du bar à vins, disons que — même quand le choix de bouteilles est exceptionnel comme ici et que les étiquettes sont hilarantes — lorsque les assiettes sont aussi délicieuses, ça ne s’appelle plus un bar à vins.

Marc-Olivier Frappier et Vanya Filipovic sont les stars de la maison. Le premier prépare une cuisine hors pair, la seconde déniche des bouteilles formidables. La chef Jessica Noël complète la constellation. Toutes les personnes en salle et aux casseroles méritent des éloges pour leur travail impeccable.

Et la table, comment est-elle, demanderez-vous, ne voulant pas vous fier uniquement aux files d’attente qui se succèdent à la porte de Mon lapin depuis son ouverture début mars ? Dire que c’est bon serait un euphémisme ; sur la douzaine de plats essayés le soir de notre visite, pas un faux pas, peut-être la pincée de sel un peu lourde sur un ou deux, mais des oh ! et des ah ! de surprise et de délectation.

Sacrifice et bombance

Mon lapin est un lieu de perdition où la cuisine et la boisson s’allient pour faire ressortir de vous toute la déraison qui s’y trouve. Personne ne résiste ; en fin de repas, j’ai vu deux lapins en chocolat sautiller jusqu’à une table où s’étaient succédé de nombreux plats. Miss Béarnaise et son merveilleux époux s’étaient joints à Mme B. pour ce sacrifice d’un soir. Le sacrifice s’est rapidement transformé en bombance. Vanya a lancé les folies en versant quelques bulles venues de Touraine. Le reste de la soirée est resté dans le déraisonnable délicieux.

Une vingtaine de plats originaux pour la plupart et composés avec une extrême délicatesse. Ce soir-là, il y avait du crabe, prédécoupé et accompagné d’aïoli et d’un surprenant beurre infusé à la brioche. Il y avait également les premiers pétoncles présentés en bouchées rehaussées d’un beurre de champignons et de champignons crus. Bonheur !

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Sur la douzaine de plats essayés le soir de notre visite, pas un faux pas.

Sur un lit de roquette et d’oseille en purée, des bourgots accompagnés de quelques dés de pomme de terre marinée. Sur le tout, en couette dodue, de succulentes tranches de fromage de tête fait maison.

Une assiettée de haricots verts à peine saisis, relevés de caviar de truite, une autre de salade rose (!) couronnée de copeaux de foie gras, une autre encore avec une superbe brochette de grosses bouchées de betteraves rouges saupoudrées d’un tartare d’algues surprenant et présentée avec une petite pyramide de raifort râpé.

Seul léger bémol, on perd malheureusement les oursins dans l’omelette, iode et oeufs faisant rarement bon ménage. On se rattrapera avec cette salivante assiette de saucisse de lapin, feuilles de pourpier, moutarde aux carottes et jus de lapin brioché. Le merveilleux a une fois encore saucé avec ses doigts pour manifester sa totale approbation.

Des desserts arrivent alors que l’on baigne déjà dans une sorte de béatitude. À signaler, un gâteau particulièrement succulent : étagé de gâteau de sarrasin, miel de sarrasin, fromage blanc, glaçage crème fraîche et chips de doigts de dame.

Mon lapin est tenu par des gens d’une grande générosité. Vous apprécierez sans aucun doute la foule de petits détails qui en attestent. Ce beurre par exemple — développé par le chef en collaboration avec l’Université Laval — à base d’une très bonne huile de canola vierge pressée à froid du Québec (bio). Des gens généreux, talentueux et créatifs.

Avec sa proverbiale humilité, David McMillan, gourou de la maison et légende vivante de la scène gastronomique montréalaise, québécoise, canadienne, mondiale, tenait ce soir-là fort aimablement la porte à la clientèle. De très nombreux fans se sont émus de pouvoir frôler quelques fugaces instants son illustre personne. On le remerciera d’avoir donné à Mon lapin ce décor distinctif qui fait la marque Joe Beef, Liverpool House et Vin papillon. Aux murs, toiles de Peter Hoffer et cie ainsi qu’une très belle sculpture de Mathieu Gaudet, à qui l’on doit bars, tables et tout ce qui est en bois aux quatre établissements de la McMillanie.

Ouvert dès 17 h, du mardi au samedi. Au menu, une vingtaine de plats en portions à partager de 10 $ à 22 $. Côté divertissements liquides, nous avons connu des joies indescriptibles avec plusieurs verres versés par madame Filipovic ; notamment des bulles étonnantes venues de Touraine (Pet’ Sec, Les Capriades, 2016) et un encore plus surprenant rouge australien, délicat, rieur, taquin (Vin de sofa, Gentle Folk, 2016). Vanya vous expliquera tout ça et plus encore, car affinités. De cette superbe carte des vins, l’expert mondial M. Aubry dit : « Brodée avec beaucoup de savoir-être et une bonne dose d’amour, cette carte coule avec une rare fluidité entre des vins plus digestes encore. Racontée par le petit personnel de l’endroit, je me doute que l’aventure sera encore plus belle ! »​

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Mon lapin

★★★★

150, rue Saint-Zotique Est, pas de réservation, $$$ 1/2