En poussant la porte de chez Denise

On se sent bien dans ce petit local au décor chaleureusement minimaliste. Une trentaine de places sur de jolis tabourets du style de ceux utilisés dans ma jeunesse pour traire les vaches.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir On se sent bien dans ce petit local au décor chaleureusement minimaliste. Une trentaine de places sur de jolis tabourets du style de ceux utilisés dans ma jeunesse pour traire les vaches.

Lorsque des gens qui ne viennent pas du milieu de la restauration se lancent dans cet aquarium très particulier, on est toujours un peu perplexes. Inquiets aussi, compte tenu du taux de roulement dans ce milieu. Perplexe et un peu inquiet j’étais donc, avant ma visite impromptue chez Denise. En plus, des fois ça s’appelle Café Denise, d’autres fois simplement Denise. Et pour finir, il s’agit d’un minilocal dans une partie de l’avenue Beaumont franchement décalée ; Parc-Ex est souvent décalé.

C’était avant que les assiettes arrivent. Avant également notre rencontre avec Florencia et la chef Sophie Véronneau, l’une illuminant de son sourire le service, l’autre mettant de la joie dans ses assiettes aux accents asiatiques. Une fois assis, dès la première bouchée, tout est effectivement rentré dans l’ordre.

Juste en poussant la porte, on se sent bien dans ce petit local au décor chaleureusement minimaliste. Une trentaine de places sur de jolis tabourets du style de ceux utilisés dans ma jeunesse pour traire les vaches ; j’étais déjà ému. En fond musical discret, la voix de Lhasa invite à se détendre. Les restaurateurs n’ont pas idée du bien que peut faire un fond musical lorsqu’il est discret. Les précisions au sujet du menu ou de certains de ses composants sont données par Florencia, soie additionnelle.

Sage sans être banal

Par son graphisme, la carte de Denise pourrait être celle d’un sympathique bistro californien, préférablement à Hollywood ou dans ses environs, la mise en scène étant belle. De petits plats à petits prix, matin, midi ou soir ; des choses assez sages sans toutefois être banales. Par exemple, pour votre déjeuner, Denise vous propose du flanc de porc avec un oeuf poché et du riz alors qu’à son banh mi, le généreux sandwich vietnamien, on vous suggère très judicieusement d’ajouter un oeuf au thé noir.

Le menu de notre soirée comportait une douzaine de propositions, parmi lesquelles Florencia a choisi cinq plats après enquête sur nos goûts et notre appétit. Cela se résume à ceci :

Pickle de feuilles de moutarde. Enfin quelqu’un qui pense à offrir autre chose que des cacahuètes grillées ou des cornichons marinés ; ces feuilles délicieusement apéritives étaient une révélation tant pour Madame Poppins que pour moi-même. Elles devraient l’être pour vous si vous les essayez.

Porc caramélisé avec oeuf. Comme le chante Martin L. : « C’est ça qui est ça. » Quelques cubes de viande très tendres et un peu grassets, présentés dans un bouillon savoureux, avec un peu de daikon et couronnés d’un oeuf dur. Madame a ronchonné, trouvant qu’il n’y avait pas assez de daikon. J’ai trouvé le plat plutôt équilibré.

Bò lá lôt, boeuf grillé en feuilles de bétel. Sur un lit de vermicelles de riz, quatre bouchées de boeuf haché et quatre de tofu délicatement enveloppées dans des feuilles de bétel et rehaussées de shizo rouge, de basilic et de coriandre frais. En accompagnements : deux sauces succulentes, surtout celle intitulée « ananas, sauce de poisson et piments forts ».

Aubergines marinées au saké et au miso. Sans doute le point culminant de la soirée. De belles bouchées d’aubergine, dodues, parfumées, dans une sauce forte en saké, le tout parsemé de graines de sésame et de petits oignons verts ciselés.

Riz à la vapeur. Complément idéal de tous les plats susmentionnés.

Il y avait bien pour dessert un « tapioca à la feuille de pandan », mais c’était un peu trop évaporé pour que je vous en parle.

Pour les beaux jours qui vont finir par arriver, ces dynamiques jeunes gens envisagent une terrasse. Je reviendrai avec plaisir.


Version café, ouvert de 8 h à 16 h du lundi au vendredi et le samedi de 10 à 16 h ; version restaurant, ouvert de 18 h à 22 h 30 du mardi au samedi. 
Du fin fond de la Bulgarie, résistant aux effluves de bouteilles locales, l’expert mondial M. Aubry commente ainsi la carte des vins de chez Denise : « La dégustation démarre ici par un graphisme de la carte qui vous met déjà les papilles en liesse. La sélection ensuite, concise, précise et modérée côté prix, confirme que l’on prend votre bonheur au sérieux. Faites-le alors mousser avec ce beau champagne… à moins de 100 $ ! »

Actualités gastronomiques

Allergique aux allergies. « Y a-t-il parmi vous une ou des personnes ayant des allergies alimentaires ? » La question fait maintenant partie des procédures normales suivies par le personnel de salle au moment de prendre les commandes. Afin d’aider à prévenir les incidents, Allergies Québec, en collaboration avec l’Association des restaurateurs du Québec (ARQ), vient de lancer une formation en ligne pour sensibiliser le personnel des restaurants aux allergies alimentaires. Une vingtaine de dollars est un prix peu élevé pour accueillir les personnes allergiques de manière sécuritaire.

C’est (presque) l’été. Josée Robitaille, styliste culinaire et chef consultante, avait remporté un franc succès avec C’est l’hiver !, son premier livre paru en 2015. Pour le plus grand bonheur de tout le monde, elle récidive avec C’est l’été !, un recueil de recettes estivales pour colorer les repas de la semaine, les pique-niques, les randonnées et les soirées entre amis ou en famille. Toujours sous la forme d’un calendrier, cette fois-ci allant du 21 juin au 21 septembre, C’est l’été ! est ponctué de trucs pratiques et de bons tuyaux. Et, performance à souligner, les photos qui illustrent ce second recueil ont toutes été prises à la lumière naturelle par l’auteure avec un téléphone intelligent. En librairie dès le 5 avril.

Colette Grand Café. Ça s’appelait Café Holt, ça s’appelle maintenant Colette Grand Café. À quelques mois de son déménagement à l’angle de la rue, Holt Rendrew rénove son sous-sol avec sa version montréalaise du Colette Grand Café de Toronto et de Vancouver. Débuts prometteurs. À suivre.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Café Denise

★★★

386, avenue Beaumont, ☎ 514 664-4637, $$