Le Réservoir, midis et soirs sans aucune réserve

Et l’on mange comment ici? Plutôt très bien en fait. Moderne et rassurant. En cuisine, Marc-Alexandre Mercier et sa brigade bonifient la carte midi et soir en proposant des plats lumineux.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Et l’on mange comment ici? Plutôt très bien en fait. Moderne et rassurant. En cuisine, Marc-Alexandre Mercier et sa brigade bonifient la carte midi et soir en proposant des plats lumineux.

« Oui, mais quand vous allez au restaurant, les gens vous reconnaissent, alors forcément… » Ben oui, c’est sûr que, souvent, je peux détecter le moment précis où quelqu’un en salle ou en cuisine a dit « c’est le gars du Devoir ». Croyez-moi, ça ne change pas grand-chose ; qu’ils m’aient reconnu ou pas, les frimeurs et fumistes restent frimeurs et fumistes, alors que les appliqués, talentueux, travaillants et généreux le demeurent. Au Réservoir, ils appartiennent à cette deuxième catégorie.

Avant, presque tout ce beau monde de la deuxième catégorie travaillait à l’Hôtel Herman. Fini l’Hôtel qui aujourd’hui tombe en ruine, place au Réservoir qui connaît une seconde jeunesse. Dès leur arrivée ici, en novembre 2016, si ma mémoire est bonne, Le Devoir vous avait signalé la chose : « Quelle excellente nouvelle ! Les dynamiques propriétaires de feu l’Hôtel Herman viennent de reprendre en main cette petite maison. »

Les grandes cuves derrière le comptoir aident à comprendre pourquoi ça s’appelle Réservoir. On brasse en effet ici de très belles bières, originales, goûteuses, invitantes. À ces divertissements houblonnesques viennent s’ajouter de belles bouteilles sorties de derrière les fagots par Ariane Lacombe.

Après la broue, l’assiette

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Avant, presque tout ce beau monde de la deuxième catégorie travaillait à l’Hôtel Herman. Fini l'Hotel Herman.

Et l’on mange comment ici ? Plutôt très bien en fait. Moderne et rassurant. En cuisine, Marc-Alexandre Mercier et sa brigade bonifient la carte midi et soir en proposant des plats lumineux. Pas de pirouettes gastronomiques, mais de belles assiettes, parfaitement adaptées aux lieux. On se trouve dans une sorte de brasserie et on ne s’attend pas à de la haute voltige. Sur la dizaine de plats testés, rien ne laissait à désirer, bien au contraire, et certaines assiettes auraient pu facilement se trouver sur les tables nappées d’adresses prestigieuses.

Ce potage de panais, par exemple, avec ses belles bouchées de panais al dente, accompagné d’une cuillerée de yogourt, de quelques éclats de bacon, d’un peu de persil ciselé et de miettes grillées, était parfait.

En préambule, Fanny avait choisi pour notre tablée d’affamés trois bolinettes irréprochables : petites pommes de terre grillées accompagnées d’un jouissif aïoli au piment ancho ; acras d’aiglefin mariés à une superbe mayonnaise à la coriandre et, apothéose, une petite assiette de maïtakes et de châtaignes poêlés, déposés sur une très fine purée de topinambour, le tout couronné de copeaux de topinambour. Extase triple. Il devrait y avoir une Fanny dans chaque restaurant.

Le chef prépare des rillettes de canard. Sautez-y à bouche que veux-tu ! Des rillettes qui font honneur au palmipède.

Une petite assiette de laitue Boston saupoudrée de graines de tournesol, avec quelques gouttes de babeurre et une quenelle de purée de graines de tournesol apportait une touche de légèreté au repas.

Aussi anonyme qu’il paraisse, le sandwich au végé pâté, luzerne et mayonnaise relevée au cari se distinguait dès la première bouchée.

Cette salade de radis melon passé à la mandoline parsemé de feta du Québec et de quelques grains de raisin était un autre exemple d’équilibre.

Le chef propose une assiette de bourgots en fines lamelles dans une sauce légèrement citronnée et relevée de piments Jalapeño ; quelques pousses de coriandre et un peu de laitue effilochée complètent harmonieusement le tout. Je vous souhaite qu’il ait le bon goût de conserver ce plat à son menu.

Ce soir-là, deux desserts étaient au programme : Pot de crème au chocolat et arachide et Popcorn au caramel. Amusants sans pour autant déclencher de vapeurs.

Les prouesses passées de chez Herman se reproduisent ici. Avec plus de légèreté, plus de tranquillité, comme si tout le monde avait réussi à trouver un répertoire apaisant. Tout dans les assiettes est si juste que l’on en vient à oublier le tintamarre caractéristique des brasseries. Un exploit, vraiment. Je reviendrais manger ici, midi ou soir, sur une base régulière si je pouvais choisir mes destinations. Vous en avez le loisir, profitez-en bien.

À midi, une entrée, trois plats principaux et trois desserts pour une moyenne de 10 $. Brunch à vouloir venir bruncher ici toutes les fins de semaine ; prévoyez une vingtaine de dollars et un peu plus, car beaucoup d’affinités. En soirée, un festin de neuf assiettes savoureuses et deux desserts partagés entre amis aura coûté 25 $ par personne avant imbibition, taxes et pourboire. De la courte carte des vins — que je classe dans mon registre « Épatantes bouteilles » —, l’expert mondial M. Aubry dit : « Voilà qui est exemplaire : quelques pinards pas chers et de bon ton que vous terminerez par une bière maison pas piquée des hannetons. Moi, j’aime ! » Si Jean le confirme.

Ouvert tous les jours, midi et soir.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Le Réservoir

★★★★ 1/2

9, rue Duluth Est, ☎ 514 849-7779, $$.