Elena, un excellent petit nouveau dans Saint-Henri

Derrière une façade anonyme, Kyle Adams Goforth, étoile montante du design d’intérieur, a installé un décor invitant, moderne juste comme votre tête le veut, reposant comme vos yeux le souhaitent, confortable comme votre dos vous en remerciera.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Derrière une façade anonyme, Kyle Adams Goforth, étoile montante du design d’intérieur, a installé un décor invitant, moderne juste comme votre tête le veut, reposant comme vos yeux le souhaitent, confortable comme votre dos vous en remerciera.

Nous vivons une époque formidable ! Elena était ouvert depuis à peine quelques jours et déjà, le soir de ma visite, le spectacle se donnait à guichets fermés. Toute une ribambelle de jeunes gens dans cette forme si particulière des jeudis soirs lorsque l’on est juste trentenaire, à peine quadra ou quinqua à reculons. De la bonne humeur palpable. De la belle bonne humeur, entendons-nous, personne ici ne grimpe sur les tables en faisant tourner les serviettes, mais on sent que tout est bien en place.

Ma fille chérie, qui écume scrupuleusement toutes les nouvelles places en ville, m’y avait invité « juste pour voir » la semaine précédente (merci Élise) et j’avais trouvé l’expérience tellement au point que revenir critiquer quelques jours plus tard ne m’avait pas semblé prématuré. Monsieur Tremblay, fine fourchette jonquiéroise, m’accompagnait lors de ma deuxième excursion à Saint-Henri.

Derrière une façade aussi anonyme que le permet cette section de la rue Notre-Dame Ouest, Kyle Adams Goforth, étoile montante du design d’intérieur, a installé un décor invitant, moderne juste comme votre tête le veut, reposant comme vos yeux le souhaitent, confortable comme votre dos vous en remerciera.

Le plaisir partout

Photo: Catherine Legault Le Devoir La soirée se passe dans l’allégresse et la convivialité. Le personnel passe en un ballet gracieux, les bras chargés d’assiettes et de bouteilles.

Entourées d’une équipe de marmitons dynamiques et appliqués, Emma Cardarelli et Janice Tiefenbach dirigent les opérations aux fourneaux. La cuisine est ouverte sur la salle, ajoutant au plaisir des clients qui apprécient le spectacle toujours fascinant d’une cuisine bien gérée. En salle, Ryan Gray gambade efficacement de table en table, un bon mot ici, une bouteille là, une chaise avancée ici encore pour accommoder quelque client. Rachel nous sert. J’aime que Rachel sache déterminer ce que je vais aimer dans ce petit menu regroupant en trios alléchants salades, plats principaux, pâtes et desserts en plus d’un quatuor de pizzas.

Parlant de pizzas, celles sorties du four par le délicat géant au fond de la cuisine se comparent avantageusement à ce qui se fait de mieux en ville. Croûte fine et cuisson parfaite, accompagnements bien dosés pour la Margherita (tomates, basilic et mozzarella di bufala), mais un peu chiches en pancetta pour la Bianco. Pour ce prix, gâtez-vous, les cuisiniers, jetez-en une poignée plutôt qu’une pincée.

Deux petits plats de pâtes vraiment délicieux, petits en apparence mais amplement suffisants pour satisfaire deux appétits venus pour grignoter des choses élégantes tout en jasant. Sensible comme il l’est, Georges a carrément défailli en plongeant goulûment dans le petit bol de spaghettis verts accompagnés de crevettes, d’épinards et d’un (tout petit) peu de guanciale. Enthousiasme égal pour les Rigatoni alla Norma, parfaitement dosés en aubergines, tomates, pointe d’ail et agrodolce. Faire si bien avec de simples pâtes est une indication de talent en cuisine.

Dans les plats à partager, deux réussites notables : un demi-lapin cuit au four à bois et une dorade farcie au citron confit, les deux accompagnés de petits légumes et notamment d’irrésistibles pommes de terre. À 25 et 28 $ respectivement, ces deux assiettes se partagent bien et laissent juste assez de place pour prendre un des trois desserts proposés ; la Torta di riso vaut le détour, à peine sucrée, juste craquante comme il se doit.

Je m’en voudrais de ronchonner à propos du niveau sonore irritant. Il paraît que ça fait vieux croûton. Je serai donc un vieux croûton stoïque.

La soirée se passe dans l’allégresse et la convivialité. Le personnel passe en un ballet gracieux, les bras chargés d’assiettes et de bouteilles. À la table voisine, quelques jeunes filles de bonne famille célèbrent joyeusement les 30 ans de l’une d’elles. Elles représentent tout le plaisir d’être dans un bon restaurant. Elena est déjà là.

À la carte, une petite vingtaine de plats entre 8 et 28 $ pour une moyenne très raisonnable de 15,17 $. Une visite ici à deux personnes, avec deux verres d’un très joli rouge, n’aura coûté qu’une chansonnette. En italien par contre, le bel canto est toujours un peu plus cher que la ballade d’ailleurs. À propos de la carte des vins locale qui m’avait semblée intéressante, l’expert mondial M. Aubry dit : « Je suis actuellement en Toscane et ces vins n’existent pas ici ! Précisez donc vos goûts et sensibilités au sommelier de cette adresse, car il y a de tout et parfois de n’importe quoi en matière de vins nature. »

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Elena

★★★★

5090, rue Notre-Dame Ouest, ☎ 514 379-4883. Ouvert tous les soirs dès 17 h, $$$