Blumenthal: faire du très beau neuf avec du vieux

Le dosage que les gens à la tête du Blumenthal ont privilégié est parfait, tant au niveau du décor que dans les assiettes.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le dosage que les gens à la tête du Blumenthal ont privilégié est parfait, tant au niveau du décor que dans les assiettes.

Le neuf s’appelle Blumenthal, brasserie chic et relaxe. Le vieux s’appelait J. H. Blumenthal Sons Limited et tenait boutique ici au début du siècle dernier. Aux « Vêtements pour hommes et garçonnets » (sic) d’autrefois succède donc un établissement accueillant une clientèle sans restriction de genre.

Il faut un talent certain pour reprendre un restaurant insignifiant, ou du moins anonyme, et en faire un endroit invitant. Les gens à la tête de ce Blumenthal ont réussi ce pari un peu risqué, et les vibrations positives du Quartier des spectacles viennent aujourd’hui en écho sur les murs de cette salle. Décor bien pensé et mise en valeur de ces grandes baies vitrées donnant une lumière exceptionnelle.

Le dosage qu’ils ont privilégié est parfait, tant sur le plan du décor que dans les assiettes, et le travail étant bien fait, la clientèle obtient exactement ce à quoi elle s’attend dans une bonne brasserie.

Étant voisin de cette maison, j’y mange souvent ; assez pour vous dire du bien de la plupart de plats proposés ; trop pour ne pas sourciller en voyant mes relevés de carte de crédit bien que les prix pratiqués ici restent dans le très raisonnable.

Les choses sérieuses

Le chef Rémi Brunelle a monté une belle carte à même de satisfaire gourmandes et gourmands. Pas trop de fioritures et des choix raisonnés. Avant de passer aux choses sérieuses, quelques amusements à grignoter : oeufs mimosa, caviar ou petit plateau de charcuteries.

La plus récente soupe du jour aurait mérité quelques applaudissements : patates douces, crème sure à la courge, huile de paprika, bacon, julienne de pita frite. Automnale juste comme il faut, ravigotante pour nous aider à envisager avec bonne humeur les chutes de mercure à venir.

Une salade verte toute simple, mais soulignée d’une vinaigrette maison dynamisante : ail confit, échalote confite, miel, moutarde, vinaigre de Xérès, huile de canola et huile d’olive. Sur le mesclun fourni par l’honorable maison Birri, le chef saupoudre également son mélange d’herbes (aneth, estragon, ciboulette, persil et cerfeuil) qui ajoute du plaisir. De nos jours, les plaisirs à 6 $ ne courent pas les rues.

Comme dans toute bonne brasserie qui se respecte, le chef prépare un onglet de boeuf grillé digne de mention, surmonté de beurre au miso noir des Cantons-de-l’Est. Accompagnement de frites parfaites et haricots verts malheureusement servis en salade, mais vous pouvez toujours les demander poêlés. Et tant qu’à demander, vous pourriez choisir la purée, une autre réussite de la cuisine, beurrée avec délicatesse, une touche de crème, une vague idée de moutarde de Dijon et quelques herbes salées du Bas-du-Fleuve.

Tant le demi-poulet de Cornouailles rôti, sauce barbecue, purée aux fines herbes, petits pois, oignons perlés, champignons que le hambourgeois de boeuf, cheddar de l’île aux Grues, dijonnaise, frites et salade de chou valent le détour — la version végétarienne de ce dernier est tout aussi réussie.

On annonce l’arrivée imminente d’un chef pâtissier. Quelle bonne nouvelle !

Fanny Alaizeau et Vincent Gagnon-Boisvert orchestrent les activités sur le plancher avec grâce et efficacité. C’est à Vincent Kohler que l’on doit cette carte des vins louangée par Jean Aubry, docteur ès crus de qualité

On est un peu surpris de voir ce joyau architectural toujours empêtré dans des échafaudages en façade. Le revêtement des étages supérieurs en céramique vernissée blanche doit être extrêmement compliqué à sécuriser. Ne laissez pas la chose vous rebuter, la table à l’intérieur vaut vraiment le déplacement.

De la très étoffée carte des vins, l’expert mondial Jean Aubry dit : « Si le menu est à la hauteur de cette carte de brasserie, j’imagine que la clientèle se régalera. On est ici comme à la maison, avec un choix éclectique qui fouille partout, même du côté des vins orange. Bref, beau travail d’artiste de la part du sommelier ! » 

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Blumenthal

★★★ 1/2

305, rue Sainte-Catherine Ouest, ☎️ 514 288-5992. Ouvert midi et soir, sept jours sur sept. Brunch les fins de semaine. Le midi, comptez une vingtaine de dollars. En soirée, prévoyez le double.