Petits Creux & Grands Crus: escapade gastronomique à l’île de Beauté

Les planches sont l’un des concepts privilégiés de ce bistrot de Québec. On les affectionne car elles offrent la possibilité de goûter à beaucoup de petites choses de la manière la plus conviviale qui soit.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les planches sont l’un des concepts privilégiés de ce bistrot de Québec. On les affectionne car elles offrent la possibilité de goûter à beaucoup de petites choses de la manière la plus conviviale qui soit.

Je ne sais pas si c’est une caractéristique typique de l’insularité, mais les gens des îles affichent souvent un caractère hors du commun. Nos Madelinots revendiquent fièrement leur appartenance à leur archipel, les habitants de l’île d’Orléans se distinguent de ceux des rives nord et sud… et les Corses sont Corses bien avant d’être Européens.

En pleine Méditerranée, non loin de la Toscane, l’antique Kallystê (« la plus belle », en grec) présente une gastronomie originale et savoureuse. Le couple propriétaire du resto Petits Creux & Grands Crus a eu l’excellente idée d’en faire profiter les gourmands d’ici.

Laissez-moi vous raconter comment je suis tombée amoureuse de la cuisine corse.

Prendre le maquis

Bien déterminés à profiter au maximum de la soirée, mes complices et moi arrivons tôt. L’apéro débute avec la Colomba rose, une bière corse d’une grande fraîcheur fleurant bon les framboises et les agrumes, et le cocktail Aquavitae sour castagnolou, élaboré à partir d’eau-de-vie de châtaigne, de triple sec, de blanc d’oeuf et de citron. Parfait par cette chaleur !

On pige dans le bol de chips maison : peu salées, elles dégagent les parfums des herbes du maquis. Mais qu’est-ce que le maquis, au juste ?

Le serveur entreprend notre éducation : il s’agit d’une sorte de forêt d’arbrisseaux et d’arbustes, typique de la Méditerranée, où se côtoient chênes, pins, châtaigniers et bosquets de plantes odorantes comme le thym, l’origan, le romarin, la marjolaine, le laurier, la nepita et la myrte… Souvent très dense, cette forêt servait de refuge aux Corses en cas de problème… d’où l’expression « prendre le maquis ».

Les matériaux du bonheur

Les planches sont l’un des concepts privilégiés du bistrot. Je les affectionne car elles offrent la possibilité de goûter à beaucoup de petites choses, de la manière la plus conviviale qui soit. Construisons donc notre menu, planche par planche.

La planche charcutière propose un pâté de foie maison, une terrine, des rillettes et des charcuteries à la corse. En effet, s’il n’est pas possible d’avoir accès aux viandes corses (les règles fédérales entourant l’importation de produits carnés compliquent les choses), le bistrot s’approvisionne auprès de fournisseurs de qualité. La savoureuse coppa, par exemple, est produite dans la région de Charlevoix.

Les courgettes frites, le migliacciu (beignet au fromage, une spécialité corse) et les chaussons aux herbes font partie de la planche méditerranéenne. Mention spéciale au brocciu, le fromage national, un brebis AOC semblable à la ricotta, que l’on savoure sur un croûton avec un peu de tapenade d’olives noires. Ah, et qu’est-ce que cette sorte de ratatouille où aubergines, tomates, oignons, céleri et olives s’entremêlent divinement ? C’est la caponata. Je note.

Pour la planche laitière, on a sélectionné quatre fromages importés de Corse et d’Italie, servis avec une confiture de figues et de poires, des noix sucrées et un peu de roquette. L’adjectif corsé (« qui a du corps ») est parfaitement approprié pour décrire ces fromages ! Un caractère qui n’est pas sans évoquer le relief accidenté et les paysages saisissants de la Corse, dont certains sont inscrits à la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Dans tous les éléments du repas, même les moindres, il est évident que les préparations respectent le plus possible les recettes traditionnelles afin d’offrir des saveurs et des textures très près de celles qu’on retrouverait sur l’île de Beauté. L’authenticité, c’est aussi le savoir-faire et l’amour d’un pays qui se ressentent jusque dans l’assiette. Quel magnifique terroir !

Paresse méditerranéenne

Il fait très chaud à l’intérieur — la climatisation ne suffit manifestement pas —, alors nous nous exilons sur une portion ombragée de la terrasse. Il fait bon dehors. À défaut de l’apprécier se couchant sur le maquis, on admire le soleil jetant ses derniers feux sur l’avenue Cartier, ce qui n’est pas trop mal non plus !

C’est une quatrième planche, celle des desserts, qui viendra accompagner ce dernier segment de l’aventure. Le petit pot de panna cotta bien crémeuse et le gâteau à la farine de châtaigne et au chocolat sont réjouissants, mais le fiadone (tarte au fromage brocciu parsemée d’écorces de citron confit) vole la vedette. On croque quelques noix et figues pour terminer.

Je souhaite essayer un digestif typique, le muscat Patrimonio. La carte est simple, mais bien faite, avec des bières, des vins et autres alcools d’importation privée comportant plusieurs produits corses. Manque de chance, le Patrimonio n’est plus disponible. Je me rabats sur un Sauternes Rousset Peyraguey, cuvée Paradosis 2003, couleur de sirop d’érable à la texture enveloppante.

Arrivés les premiers, nous sommes parmi les derniers à repartir après quatre heures passées hors du temps. Une affluence inattendue a un peu ralenti le service, mais la cordialité du personnel n’a jamais faibli. Pour nous remercier de notre patience, nous avons eu droit à une petite gâterie… qui nous a fait découvrir une pure merveille.

Il s’agit d’une liqueur de cédrat du Domaine Mavela, une distillerie artisanale corse qui élabore un délicat digestif fait de cédrat bio. Cet agrume, trop peu connu, répand un arôme incroyable. Cette liqueur étant difficile à trouver au Québec, on peut s’en procurer une bouteille directement au bistrot, moyennant un achat de nourriture. Oh ! que je retiens l’idée, d’ici à ce que je puisse moi-même me rendre en Méditerranée…

Les plus. Une formule agréable, une immersion dans la culture gastronomique corse, une équipe de service d’une inébranlable bonne humeur. Très belle découverte.

Les moins. C’était une journée très, très chaude et la climatisation de la salle à manger ne suffisait pas à rendre l’atmosphère confortable.

Nourriture seulement, avant taxes : 99 $.

Total du repas incluant alcool, taxes et pourboire : 199 $.


Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Petits Creux & Grands Crus

1125, avenue Cartier, Québec, ☎️ 581 742-5050, $$$