Sortir du Vin Papillon avec l’unique sentiment du plaisir

Lorsque reviennent les beaux jours, Le Vin Papillon met au menu ce qu’offre de meilleur la terre de chez nous après sa longue dormance.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Lorsque reviennent les beaux jours, Le Vin Papillon met au menu ce qu’offre de meilleur la terre de chez nous après sa longue dormance.

Ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Sortir d’un restaurant avec le seul et unique sentiment du plaisir. Bien sûr, ce serait un peu vil de ne vous dire que ça, et pourtant, en sortant du Vin Papillon, c’est exactement comme ça que je me sentais. Mes trois compagnons de table également, qui quittèrent les lieux en quasi-lévitation.

Aux tables voisines, les conversations vont bon train et les accents sont ceux des belles soirées lorsque les plats, les bouteilles, le cadre et le service sont en parfaite harmonie.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Un plat de crevettes de Sept-Îles

Ici, le vin joue un rôle important et le très intéressant travail de Vanya Filipovic, élégante sommelière aux papilles hypersensibles, permet de comprendre pourquoi on peut papillonner sérieusement de bouteille en bouteille lorsque celles-ci sont intrigantes, originales, irrésistibles.

Les assiettes du chef Marc-Olivier Frappier ont elles aussi toutes ces qualités. Une maison qui, lorsque reviennent les beaux jours, met à son menu ce qu’offre de meilleur la terre de chez nous après sa longue dormance est une bonne maison. Les plats du Vin Papillon se partagent avec bonheur, petits légumes frais du jardin, fruits de mer arrivés du bout de la province et autres petits fruits gorgés de fébrilité printanière.

« On préférerait quelque chose de léger, dans la veine de cette soirée douce et de l’ambiance décontractée que vous semblez avoir voulu installer pour votre terrasse. » Ainsi équipé de nos recommandations, Alex part chercher de quoi nous nourrir.

Belles compositions

Le temps de siroter un verre de ces petits crus inconnus dégottés par Mme Vanya, et le sautillant jeune homme revient les bras chargés d’assiettes, de bols, de ramequins, d’écuelles et autres récipients débordant de belles compositions. Qui s’avèrent toutes plus excellentes les unes que les autres.

Tranchés en belles bouchées, de petits concombres nouveaux de M. Legault sur un lit crémeux de fromage à la bière, façon tchèque (fromage bleu frais, ail et bière) et revisité par le chef, le tout décoré de poudre de persil de mer de Gaspésie.

Quelques asperges vertes à peine grillées, servies sous un petit édredon de salade d’oeuf, persil, beurre noisette et petits croûtons.

Une assiettée de tomates à peine cueillies et des beignets de feuilles d’ail sauvage accompagnés d’une décadente mayonnaise à la livèche.

Dans une jolie boîte de conserve, des coeurs de poireaux à l’huile que l’on récupère avec des baguettes et que l’on dépose sur des biscuits croustillants, une touche de crème fraîche, et c’est reparti pour le bonheur.

Des assiettes de trucs grisonnants assez laids étaient passées à côté de nous plusieurs fois au cours la soirée. À un certain moment, l’une d’elles est déposée délicatement devant madame Louise, âme charitable qui, en l’absence de Marie, a eu la bonté de se joindre à moi dans cette excursion.

Contraste flagrant entre la chose et le ravissant minois de mon accompagnatrice.

À leur décharge, une fois entamés, ces dodus gnocchis à l’encre de seiche, frits et accompagnés d’esturgeon fumé, étaient absolument délicieux.

Tout en roucoulant à nos côtés, les Filion s’occupent méticuleusement des oursins de la Côte-Nord servis dans des demi-tests, garnis de petits croûtons, de chou-rave en dés et de crème d’oursins.

Les roucoulements cessent momentanément lorsqu’arrive une ribambelle de crevettes de Sept-Îles déposées sur une longue tartine, quelques gouttes d’huile d’herbes et une tranche de citron. Madame Louise et moi demeurons dignes, désireux de conserver à notre groupe un semblant de respectabilité.

Incartades carnivores

Seules incartades carnivores de la soirée, une surprenante brochette de macreuse et une assiettée de jambon en copeaux dont je ne pourrais vous dire que du bien, mais qui n’éclipseraient en rien tous les plaisirs végétariens et marins de ce repas.

Deux desserts dans l’esprit de la maison et de notre tablée ce soir-là : une bolinette de fraises de M. Legault qui se seraient suffi à elles-mêmes, mais que la maison accompagne de faisselle de brebis de la fromagerie du Verger et d’oseille du jardin ciselée ; et un gâteau succulent sorti de l’esprit facétieux du pâtissier Guillaume Morin et qu’il a appelé Paris-Napoli, rejeton illégitime d’un Paris-Brest classique et d’un zeppole, ces beignets plus ou moins napolitains fourrés de crème pâtissière, en l’occurrence de la crème tiramisu.


 

Pas de réservation. Ouvert de 15 h à minuit du mardi au samedi. Prévoyez une cinquantaine de dollars par personne et un peu plus si vous partagez les goûts très éclairés et très éclectiques de madame Vanya côté jus de raison fermenté. Quand il est aussi grand, le bonheur n’a pas de prix.

Au sujet des deux cartes des vins (en bouteille et au verre), l’expert mondial Jean Aubry dit : « De la grosse carte ! Je prendrais plaisir à y être guidé tel un petit garçon dans un magasin de bonbons. Et il n’y a pas de mal ici à aimer les bonbons. »


Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Exceptionnel : cuisine, service, décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Le Vin Papillon

★★★★

2519, rue Notre-Dame Ouest, Montréal, $$$

1 commentaire
  • Jean Francois - Inscrit 26 mai 2017 13 h 15

    100% d'accord!

    La gentillesse et le professionalisme des employés ressortent du lot également. Le vieux grincheux de 47 ans en moi aimerait pouvoir consulter un menu et une liste traditionelle (même sur une simple feuille de papier) au lieux d'avoir a regarder sur les murs! ;)