Excellents plats et service à l’avenant au restaurant Cadet

Une soirée parfaite ressemble sans doute à ça chez Cadet: une série de mets plus réussis les uns que les autres, un service attentionné, un décor agréable, un souper avec un nouvel ami…
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Une soirée parfaite ressemble sans doute à ça chez Cadet: une série de mets plus réussis les uns que les autres, un service attentionné, un décor agréable, un souper avec un nouvel ami…

Le petit personnel, il faut bien en parler de temps en temps, surtout quand il contribue au plaisir de la table en accomplissant, l’air de rien, de grandes choses. Il y a quelques années, je m’étais fait ramasser par un lecteur irascible qui avait vu dans mon propos un dédain ou une condescendance qui n’y étaient certes pas.

Faisant moi-même partie depuis des lustres de ce petit personnel, j’estime pouvoir en parler, surtout puisque je le fais avec respect et louanges. De toute façon, quand on vient de Labastide-Murat, on ne regarde personne de haut.

Lorsqu’on a la chance, comme nous, en notre bonne ville, de compter une quantité impressionnante de restaurants de grande qualité, on en vient parfois à ne plus distinguer les bons des très bons et les très bons des excellents. Le ou la chef prépare des assiettes superbes, les produits sont choisis avec discernement et conscience écologique, le décor est enthousiasmant. C’est là que le petit personnel fait toute la différence.

En effet, on finira par oublier les délicieux plats qui se seront succédé à notre table tel ou tel soir, mais on gardera en mémoire la justesse du travail de l’aide-serveur et la délicatesse du garçon qui aura assuré le service avec brio.

Je finirai sans doute par oublier le menu du restaurant visité pour vous ce samedi soir de février très achalandé, mais pas la qualité du service reçu. Pour l’instant, le restaurant s’appelle Cadet et la personne au service, Katrine D. Elle avait eu droit à mes éloges pour le travail impeccable qu’elle avait accompli à une adresse où elle travaillait il y a quelques années. Mêmes congratulations cette fois-ci.

Le frère de Bouillon Bilk

Cadet est le « petit » frère de Bouillon Bilk, l’une des meilleures tables en ville, à quelques pas de porte du petit dernier. On retrouve ici les mêmes qualités que l’on apprécie chez l’aîné des deux. Belle ambiance, brouhaha que les propriétaires savent garder vivifiant et non étourdissant, cuisine sautillante, service à donner en exemple.

Il y a tant de plats à découvrir ici que vous en faire la description pointilleuse relèverait du sadisme ; à quatre, nous sommes tombés dans 14 plats, ce qui, à moins d’avoir un appétit pantagruélique, est excessif. Par contre, vous dire que tout a été savoureux est une obligation.

En amuse-bouche, par exemple, les bouchées d’omble chevalier, blini, crème sûre et fines lanières d’algues nori préparaient bien en amusant effectivement. Ayant trébuché, lors d’une visite précédente à cette adresse, sur des tubercules écrabouillés, Suzanne choisit en entrée des pommes de terre rattes, chimichurri, mayonnaise. « Rien à voir, c’est délicieux cette fois-ci. » Nous avons tous goûté pour pouvoir confirmer. Je confirme. La salade de cresson, endives, feta et citron de Marie, les betteraves, beignets d’oignons frits, pomme grenade de Robert, et mes pleurotes, fromage caciotta, trévise grillée, poire, reçoivent les mêmes notes élogieuses.

En plats plus consistants, cette pieuvre, salsa verde, crème d’ail et prunes, ainsi que les ris de veau, champignons, pâte feuilletée remportent la palme. Assiettes équilibrées, mariages réussis, textures et saveurs à leur meilleur.

Suivent en un impressionnant défilé quatre assiettes impeccables, pastrami, bavette de veau, gnudi et ris de veau. Ici encore, les compositions sont suffisamment étudiées pour être divertissantes pour la clientèle et assez retenues pour ne pas causer de migraines. En fin de repas, dans un dernier souffle, un gâteau au citron, chocolat blanc, meringue, et un pain perdu, caramel et glace. On sort de table en roulant.

Les assiettes chez Cadet sont extrêmement généreuses et la bienveillance de la maison envers sa clientèle est à mettre au crédit du trio Mélanie Blanchette-François Nadon-Antonio Ferreira. La première tient la barre de Bouillon Bilk et de Cadet avec grâce et fermeté ; le second veille à ce qu’il y ait une certaine cohésion entre les cuisines des deux maisons.

Le troisième se démène comme un diable dans un bénitier afin que la table chez Cadet soit suffisamment intéressante et originale pour que les clients y passent un agréable moment et aient envie de revenir.

Le petit personnel

Une soirée parfaite ressemble sans doute à ça : une série de petits plats plus réussis les uns que les autres, un service attentionné, un décor agréable, un souper avec un nouvel ami, fan de bières artisanales qui apprécie le choix proposé — alors que, béotien et partisan des Cataractes que je suis, je m’extasie seulement devant le fait qu’il y en ait trois sur la liste qui viennent de Shawinigan — et la découverte que ma dentiste peut aussi être mon amie.

PS : parlant de petit personnel, il faudra également remercier la personne qui, en cuisine, a écaillé ce soir-là ; les Lucky Lime étaient parfaitement préparées.

 

Ouvert à midi du lundi au vendredi et sept soirs sur sept. Une trentaine de plats en petites portions, de 3 $ à 17 $ pour une moyenne très raisonnable de 10,25 $. Quatre desserts de 7 $ à 10 $. Si vous preniez les 27 propositions au menu, le tout vous coûterait 277 $. On ne peut pas dire que c’est exagéré.

Pour les biberons de la maison, mon collègue Jean Aubry dit ceci : « Il y a ici un sens de l’exploration à rendre heureux tout explorateur qui, sorti de la jungle, s’attable pour jouir de belles découvertes. Il y a du Bambara, du Arena, du Thymiopoulos et autres Hauvette, du beau cognac et du champagne sous la barre des 100 $. L’aventure est belle ! »



Légendes
★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Restaurant Cadet

★★★★

Cadet, 1431, boulevard Saint-Laurent, Montréal, ☎ 514 903-1631, $$$1/2