Marconi : Medi et Moli ouvrent un restaurant

Marconi se trouve à l’angle des rues Mozart et Clark, dans un local tout neuf qui respecte le vieux en donnant l’impression d’avoir toujours été là.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Marconi se trouve à l’angle des rues Mozart et Clark, dans un local tout neuf qui respecte le vieux en donnant l’impression d’avoir toujours été là.

Mehdi et Molly excuseront le massacre de leurs prénoms respectifs ; je cherchais quelque chose qui sonnerait italien, leur restaurant Marconi étant au coeur de la Petite Italie. En ces temps glauques, une petite facétie ne peut pas faire de mal.

Marconi se trouve à l’angle des rues Mozart et Clark, dans un local tout neuf qui respecte le vieux en donnant l’impression d’avoir toujours été là. Samedi soir, 18 h 30 (« Vous devrez libérer la table pour 21 h », avait-on gentiment prévenu au moment de la réservation), la salle est comble. Ça sent le bonheur et la truffe noire du Périgord, les deux allant souvent de pair.

Émilie Courtois est au service. Émilie est sommelière, mais normale, c’est-à-dire qu’elle parle de vin avec discernement et retenue si elle sent que vous êtes plus ou moins intéressé par la robe, la longueur en bouche et le fait que votre choix est moelleux, charnu ou gouleyant.

Afin de passer inaperçu, j’aurais pu mettre cette perruque blonde achetée en souvenir de Virna Lisi et qui, à l’occasion, me permet de leurrer quelques restaurateurs un peu verts. Connaissant bien et le chef et sa muse, barmaid élégante et inventive, je me contentai de faire réserver sous un nom d’emprunt. De toute façon, ça ne change rien au résultat final ; quand le restaurant est nul, même prévenu la nullité persiste, critique en salle ou pas.

La soirée chez Marconi aura été à la hauteur de mes attentes. Le chef tient bien sa cuisine et la muse tient bien la maison. Le menu se décline en quatre parties : amuse-bouches, petites assiettes, assiettes plus conséquentes et desserts. La vaste majorité de ce qui est proposé permet de quitter l’endroit avec un grand sourire et en se caressant voluptueusement les abdominaux.

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir

Cette tartine de foie de volaille, par exemple, augurait bien, toute en saveurs, textures mariées harmonieusement. Et ce pétoncle Princesse dont Émilie nous avait dit tant de bien, quel plaisir ! Déposé dans une coquille, sur une émulsion orange et miel de fleurs sauvages de chez Anicet, yogourt et coriandre, il semblait n’avoir quitté Gaspé que pour faire pousser des soupirs de plaisir à Marie et à Madame Tremblay. Les acras de morue étaient nettement moins jouissifs, mais de nos jours, pour 5 $, on ne peut pas s’attendre à des extases trop intempestives.

Le sérieux du travail en cuisine

En entrées, ces deux petites assiettes suffisent à apprécier le sérieux du travail en cuisine : champignons, oeuf poché, soya, beurre noisette et un tonitruant toast nappé de moelle, de bourgots, de vieux cheddar, et décoré de persil. La cuisine gagnera quelques points en ciselant le persil plutôt qu’en le garrochant en branches qui font un peu brouillon.

J’aurais voulu que quelqu’un à la table prenne la langue de boeuf, pommes, sauce gribiche, champignons crus, mais Monsieur Tremblay me dit qu’au Lac, on ne mange pas ces choses-là, là, et son épouse me rappelle que la béarnaise est la seule qu’elle supporte, la réussissant à la perfection la plupart du temps.

Cuisson parfaite de la volaille et de la viande. Une poitrine de canard accompagnée de grains de blé, de tournesol, d’une touche d’abricots et de mélasse, ce dernier élément étant une concession faite à la tendance techno-punk gastronomique. Lorsqu’arriva sa surlonge d’agneau, bolognaise, crème d’ail, spätzle, Monsieur Tremblay grommela que sa portion de viande lui semblait bien chiche, puis convint de la justesse du morceau et avoua finalement que le tout était délicieux.

Marie avait pris du poisson, un saumon bio délicieux entouré d’endives à peine brûlées comme le veut la mode actuelle, d’humus, de sumac et de moût de pommes. La cuisson sous vide me semble mal convenir au poisson, tant elle en pulvérise la chair et change sa texture en purée. Là encore, qui suis-je pour juger de la pertinence de la chose ?

Émilie nous avait vanté les accompagnements proposés en annexe. Suggestions judicieuses pour la purée de pommes de terre, un aligot couronné de jus de viande, des topinambours au beurre aux anchois et un petit bol de laitues, herbes et croûtons.

Deux desserts dignes de visite : panna cotta, graham, argousier puis chocolat, tire-éponge, huile d’olive, sel. Le troisième au programme, pot de crème à la courge, biscuits aux amandes, est sans doute délicieux, mais si vous voulez y goûter, il faudra prévoir plus intelligemment que nous, ou ne pas écouter Émilie, qui est capable en souriant de vous tenter par tout le menu.

En cuisine, le chef et ses trois collègues sautillent allègrement. Après les avoir vus gambader toute la soirée et en voyant arriver les clients du deuxième service, on comprend qu’ils soient aussi sveltes. Si la tendance se maintient, ils vont avoir besoin de renfort et les clients devront s’inscrire à quelque club sportif pour perdre le poids pris dans les agapes de Marconi.

Ouvert en soirée, du mardi au dimanche. Trois amuse-bouches à 4 $ et 5 $, sept entrées de 13 $ à 16 $, cinq plats principaux de 21 $ à 26 $ et trois desserts à 8 $. Donc, 24 propositions, grandes et petites, pour une moyenne de 13 $.

De la carte des vins sculptée par Émilie, le grand gourou du tire-bouchon, Jean Aubry, dit : « Quelle belle carte ! Le cadeau d’anniversaire idéal ? Laissez la sommelière se faire plaisir tout en redoublant le vôtre en voyageant avec elle par l’entremise de cépages, de régions, d’atmosphères et de sensations. Une carte ouverte sur le monde, qui a du coeur et beaucoup d’amour pour le réchauffer ! » Que dire de plus ?



Légendes
★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Restaurant Marconi

★★★★

45, avenue Mozart Ouest, Montréal, 514-490-0777, $$$$

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 3 février 2017 20 h 02

    Belle photo du resto

    Bravo !