Un petit restaurant avec de belles grandes assiettes

La salle à manger du Kitchenette est aménagée plutôt que décorée, et le confort prime.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La salle à manger du Kitchenette est aménagée plutôt que décorée, et le confort prime.

On a beau être éveillé, avoir accès à tous les réseaux sociaux hyperinformés et aux informations instantanées, on en échappe toujours une ou deux. Kitchenette, par exemple, ouvert il y a un peu plus d’un an, était passé sous mon radar. Pourtant, le travail du chef Jeremy Passat et de son complice Mathieu Dechezelle, pâtissier et serveur, aurait dû attirer mon attention. Mea culpa.

Il faut dire que leur restaurant n’a rien de flamboyant. Pas de bruit, pas de positionnement marketing intempestif. Déjà, ce nom emprunté aux établissements précédents et où le chef Nick Hodge avait fait sa marque aux premiers.

Ensuite, la situation géographique, le boulevard René-Lévesque, une fois la nuit tombée, n’étant pas le lieu de rencontre privilégié par les masses. À l’ombre de la tour de Radio-Canada, les vibrations sont diffuses. Enfin, le choix de cette carte franco-française qui semble à certaines lignes sortie de quelques étoilées Michelin. Sans être convenues, certaines propositions sont d’un classicisme surprenant.

La salle est aménagée plutôt que décorée, et le confort prime. On remerciera les propriétaires de leurs choix, au même titre que de leur utilisation intelligente du bouton volume sur le système de son. Le fond musical reste un fond, ce qui est de moins en moins fréquent et de plus en plus apprécié.

Ce soir-là, le célèbre professeur R., revenu d’une tournée de star en Chine, et son épouse, Madame-je-ne-bois-que-de-l’eau, s’étaient joints à nous pour tester cette cuisine. Plus de plats étudiés, donc davantage de références pour vous et des économies pour Le Devoir. Presque le bonheur total.

Le chef Passat propose une carte très élaborée. En entrées, nous nous arrêtons sur les pétoncles, l’oeuf mollet, la truite et les betteraves ; un éventail intéressant.

Des pétoncles en carpaccio, filet d’huile d’olive au citron confit et fleurs sauvages, tendres, parfumés, préludes prometteurs. Un oeuf mollet servi dans un écrin croustillant, quelques asperges vertes, une sauce gribiche comme dans les livres, le tout déposé délicatement dans une tuile de parmesan grillé.

Préparées en gravlax, de succulentes petites bouchées de truite relevées de citron et parsemées de caviar de wasabi. Enfin, un peu perdue dans de la doucette, la version maison de la betterave, parfumée au miel d’acacia et saupoudrée de fromage au lait de chèvre. Quatre entrées irréprochables.

Les plats principaux sont aussi soignés, présentation de bon élève et choix de très bon élève. On voit que le chef est passé chez les frères Pourcel et en a retiré plusieurs enseignements.

En attestent ces très dodus pétoncles poêlés au beurre noisette, servis sur un impeccable risotto crémeux de crustacés et de prosciutto. Du grand art au même titre que cette truite grillée sur peau, qui, elle, vient sur un lit de riz sauvage de Camargue parfumé au gingembre.

La version Kitchenette du surf and turf témoigne elle aussi de la maîtrise technique du chef, filet de boeuf grillé, caviar impérial et nage de carcasses.

Mon filet de boeuf, polenta croustillante et sauce aux 5 épices, passera à la postérité comme l’une des pièces de viande les plus tendres et les mieux grillées qu’il m’ait été donné de goûter depuis fort longtemps. On sent le boeuf qui a bien vécu.

Deux desserts irréprochables : un fondant au chocolat noir 72 % Saint-Domingue et une tarte fine aux pommes Red Prince, judicieusement accompagnée d’une sauce caramel beurre salé bonne à en saucer l’assiette avec application. Le riz au lait à la vanille de Madagascar et zeste de lime a récolté des notes très moyennes par l’ensemble de la tablée.

Côté imbibition, on peut aussi connaître de très belles extases avec les bouteilles suggérées chez Kitchenette. Croyez-en mon ami Jean Aubry, aka Dr Tirebouchon ou M. Aubry, habituellement si modéré dans ses commentaires, qui dit de cette carte-ci : « La carte idéale ? On s’en rapproche du bout des lèvres et on succombe ! Côté choix, des valeurs sûres et côté prix, c’est comme s’il y avait un ami qui avait fait un effort pour vous. J’aime ! »

Kitchenette
1353, boul. René-Lévesque Est Montréal ☎ 514 527-1016 Ouvert à midi du mardi au vendredi, en soirée du mardi au samedi et pour le brunch dominical. À midi, comptez une trentaine de dollars par personne. En soirée, entrées de 12 $ à 21 $, plats principaux de 23 $ à 32 $, desserts 8 $ et 9 $.


Légende

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Exceptionnel pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Douze restaurants montréalais se mobilisent pour les sans-abri

L’événement de collecte de fonds Bas pour bulles est de retour. Lancée en 2014 par le chef David Ferguson, du restaurant Gus, cette initiative vise à collecter des chaussettes qui seront remises aux refuges montréalais. Les itinérants de Montréal sont vulnérables aux conditions climatiques de notre ville en hiver et les chaussettes font cruellement défaut dans les refuges.

Du 21 au 27 novembre, les restaurants participants offriront un verre de bulles en échange d’un don d’une paire de bas neuve : Boucherie Lawrence, Chez Victoire, Cul Sec, Grumman 78', Nora Gray, Joe Beef, Pastaga, Pizzeria Gema, Santa Barbara, Restaurant Su, Tuck Shop et le restaurant Gus.

Le coup d’envoi de l’événement sera donné lors d’un souper de collecte de fonds au restaurant GUS, le 22 novembre. Les fonds amassés durant la soirée serviront à l’achat de chaussettes pour les sans-abri.


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