L’Affaire est ketchup dans Saint-Roch

L’Affaire est ketchup, à Québec, un resto chaleureux qui propose des plats extrêmement bien faits.
Photo: Francis Vachon Le Devoir L’Affaire est ketchup, à Québec, un resto chaleureux qui propose des plats extrêmement bien faits.

Après cinq ans d’existence et de nombreux éloges, L’Affaire est ketchup continue de se démarquer dans l’univers de la restauration à Québec. C’est par une soirée diluvienne de cette fin d’octobre (vous savez, ce soir où bien des arbres ont perdu leur feuillage automnal presque d’un coup ?) que je me décide enfin à aller essayer ce microresto du quartier Saint-Roch, en compagnie de mon complice.

Cuisine réconfort… chic

Le nom ne doit pas abuser : loin d’être une « cabane à patates », il s’agit bien d’un lieu où s’opère une sorte de magie, où des ingrédients locaux sont apprêtés dans un minuscule espace cuisine, que dis-je, sont métamorphosés avec un indéniable talent, en mets dignes des meilleures tables de Québec. Sans blague.

Pour illuminer les yeux, rien de mieux que les bulles : le Luis Pato bruto, un vin gentiment parfumé du Portugal, y parvient sans peine. Et pour faire bonne mesure, la pluie nous ayant fort refroidis, ce sera une soupe pour débuter… une seule bolée à partager, question de se laisser de la place pour autre chose.

On dit souvent que la première impression est déterminante. Le potage de courge butternut, garni d’épinards et d’un savoureux crumble de parmesan et noisettes grillées, donne magnifiquement corps à l’adage.

Les nuances riches et le contraste des textures font merveille avec le chardonnay californien Match Book 2014 de Dunningan Hills, aux arômes abricotés et délicatement vanillés. C’est rond, soyeux, fantastique. Finalement, une bolée chacun aurait été de mise !

Secteur bien assaisonné

Depuis quelques années, ce type de restaurant sans prétention connaît de belles heures. Les propriétaires de Lsont aussi à la barre du Patente et machin et du Kraken Cru, ce bar à huîtres qui fait maintenant partie des 35 meilleurs restos au Canada, selon le magasine enRoute. Rien de moins !

Avec ses minirestos, cafés, microbrasseries, salles de spectacle et autres lieux franchement sympathiques concentrés sur 650 mètres, ce secteur de la rue Saint-Joseph est décidément en train de devenir l’artère branchée et gourmande de la Vieille Capitale.

En entrée, j’ai choisi le sauté de champignons à la moelle de boeuf, avec gésiers de canard et viande de chevreau. Servi dans l’os évidé, le mélange comportant des chanterelles s’avère délicieux… mais je dois admettre que je cherche un peu les gésiers, occultés par le parmesan et les échalotes cisaillées. Le bourgogne blanc Les Confrelins 2014 du Domaine Arnoux père et fils s’y accorde toutefois très bien. Il n’en subsiste bientôt ni miette ni goutte — excepté l’os, naturellement.

Dave a opté pour la demi-caille servie avec un « beurre » de marrons au foie gras, accompagnée d’oignons confits. Une sauce riche et goûteuse et quelques pousses sont aussi de la partie. Le vin suggéré, le Franc Tireur du Vignoble Réveille, avec son 100 % carignan aux notes de cerise, permet au tendre volatile de s’envoler sans ambages. Les accords mets-vins proposés par le serveur sont (et seront tout au long du repas) parfaitement « sur la coche ».

Carrefour d’influences

Nous avons cette chance inouïe de voir s’élaborer, juste sous nos yeux, une cuisine qui pourra bientôt se définir comme québécoise. Enfin !

Heureuse fusion de la quintessence du savoir-faire à l’européenne et des meilleurs produits du terroir d’ici, avec un soupçon des parfums venus d’ailleurs, ce qui est en train de se produire sur la scène gastronomique est vraiment excitant.

La suite des choses est à l’avenant : le jarret d’agneau choisi par mon invité est d’une tendreté fabuleuse. La viande est servie sur une réjouissante purée de pommes de terre d’un jaune vif. Quelques légumes racines complètent le tout, ce qui permet de finir en beauté la coupe de vin catalan commencée à l’entrée.

Mes pétoncles, délicatement poêlés — d’un seul côté pour caraméliser tout en gardant une texture fondante — reposent sur une purée de céleri-rave et sont arrosés de sauce vierge aux câpres. Ici aussi, des légumes (carottes, betteraves, choux de Bruxelles) sont présentés en guise d’accompagnement. Une belle harmonie avec la Cuvée Georges 2010 Côtes du Jura du Domaine des ronces, dont le côté légèrement minéral et un tantinet floral convient très bien au plat.

N’ayant plus vraiment faim, nous terminons comme nous avions commencé avec un dessert partagé, soit le brownie de chocolat noir surmonté de crème fouettée au Baileys et de noix de Grenoble. Je le confesse : s’il est d’abord commandé pour la forme — après tout, nous sommes en mission culinaire ! —, ce péché mignon succombe finalement à l’assaut combiné de nos fourchettes. On s’entraînera plus fort demain. Vous savez ce que c’est…

Les plus : Un resto chaleureux proposant des plats extrêmement bien faits. L’endroit est petit et a tout intérêt à le rester afin de préserver cette atmosphère bonne franquette.

Les moins J’ai sursauté en voyant l’addition, mais il est vrai que le vin a été présent du début à la fin. En faisant plus attention, il y a moyen de s’en sortir avec une note très raisonnable.


 Coût du repas pour deux, incluant alcool, taxes et service : 204 $.


 

Légendes
★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

L’Affaire est ketchup

★★★★

46, rue Saint-Joseph Est, Québec, 418 529-9020, $$$$ (incluant l’alcool)

1 commentaire
  • Claude Bélanger - Abonné 28 octobre 2016 07 h 21

    Un bel article

    Une belle critique, qui donne le goût de retourner vivre cette expérience culinaire. La dernière fois, (il y a quelques années) nous en étions sortis très alourdis, avec l'idée d'attendre un peu avant d'y revenir.