Un resto «apportez votre vin» sur les «conseils» d’Amélie

Au Millen, sur la promenade Fleury à Montréal, une foule de petits détails contribuent au plaisir des convives.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Au Millen, sur la promenade Fleury à Montréal, une foule de petits détails contribuent au plaisir des convives.

Amélie est la chef du Devoir. Bien sûr, au Devoir, il y a un grand directeur, une rédactrice en chef, des directrices et directeurs moins grands et d’autres membres de la famille très importants, mais la vraie chef, c’est Amélie. Elle occupe le poste prestigieux, envié et stratégique de « secrétaire à la rédaction ». Une couverture, en fait, car de son fauteuil, Amélie voit tout, sait tout et dirige tout.

Je vous parle d’elle car, au retour de son congé de maternité, elle m’a « suggéré » d’aller faire un tour dans un petit restaurant de son quartier, Le Millen.

Suggérer est un euphémisme. Amélie ne suggère pas, elle dirige. Ça donnait à peu près ça : « Dis donc, Tastet, à part couvrir de grandes tables et de démolir des fumistes, tu vas parfois dans des restaurants “ normaux ” ? Je veux dire des restaurants où vont les gens normaux. » Me voilà donc parti par un beau mercredi sur la promenade Fleury visiter ce Millen.

M’étant fait joyeusement railler par de fidèles lectrices et lecteurs lors de ma dernière référence géographique montréalaise, je procédai à un gouglage méticuleux avant de vous parler de cet endroit.

Je trouvai ceci sur le site promenadefleury.com : « Destination par excellence des Ahuntsicois, la promenade Fleury est située sur la rue Fleury Est entre la rue Saint-Hubert et l’avenue Papineau. L’artère commerciale regroupe 245 commerçants et professionnels dynamiques et passionnés, tous animés d’un même désir : offrir le meilleur service à la clientèle qui soit ! » Je vibrais avant même d’avoir poussé la porte.

Bon, le repas s’est déroulé sans que les vibrations ne causent de désagréments aux tables voisines, mais ça vibrait quand même. La qualité des vibrations correspondait à ce qui se trouvait dans les assiettes.

Du travail soigné, des arrangements consciencieux et des assiettes globalement satisfaisantes.

 

Ces farcis au prosciutto et à la ricotta, par exemple, étaient très bien. Accompagnés d’une purée de tomates façon portugaise, d’un beurre de courgettes et de longues lanières très fines de croquant de pain aux fines herbes et parmesan, ils mirent madame Tremblay, qui m’accompagnait ce soir-là, de fort bonne humeur.

La cuisine peut, par contre, se passer de mettre ces jolies lanières dans plusieurs plats.

 

Monté en diagonale sur une grande assiette carrée, le carpaccio de bison, champignons sauvages poêlés et marinés, cipollinis glacés, émulsion d’épinards et moutarde violette, était tout en douceur et en saveurs.

Un plat simple en théorie, mais pas si évident que ça à réussir en pratique. Le chef Jérémie Gélinas-Roy y parvient.

Le doré de lac au menu n’avait sans doute pas mordu à l’hameçon et avait été remplacé ce soir-là par de la morue poêlée, accompagnée d’un velouté d’asperges « et d’autres » (??) en garniture, ainsi que de succulents bourgots à̀ la provençale. Belle cuisson et arrangements judicieux.

Les généreux morceaux de flanc de porc dans mon assiette étaient fondants à souhait et le chorizo qui les voisinait leur ajoutait un élan notable.

Les noisettes étaient là en surabondance, mais le caramel de cidre, les pickles de melon et les suprêmes d’agrumes donnaient un bel équilibre au tout.

Note parfaite pour cette pureée de pommes de terre à l’ail.

Deux petits desserts — tarte au citron déconstruite et crème brûlée à la pistache — honnêtes, mais qui ne justifient pas que nous nous en parlions des lignes de temps.

Au-delà de ma propre appréciation, le fait qu’en ce beau mercredi soir d’automne la salle soit pleine en dit long sur la qualité de la maison.

Aux tables, tout le monde semble heureux et il règne cette ambiance révélatrice des bons petits restos de quartier.

 

Tout au long de la soirée, le garçon a été d’une exquise gentillesse et la jeune fille en charge de nous réhydrater, réveillée et souriante.

Une foule de petits détails qui contribuent au plaisir, comme cette corbeille de pain croustillant posée sur notre table dès notre arrivée.

 

Avec sa cuisine bien dosée, ce resto est une halte reposante sur la promenade Fleury.


Le Millen
1185, rue Fleury Est
Montréal  
514 903-0636

Ouvert à midi les jeudi et vendredi et en soirée du mardi au dimanche. Midi à 19 $ ; en soirée, entrées de 12 $ à 20 $, plats principaux de 24 $ à 36 $, ou « Menu dégustation » de cinq services pour 54 $. N’oubliez pas qu’il s’agit d’un « Apportez votre vin ».

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Le Millen

★★★

1185, rue Fleury Est, Montréal , 514 903-0636, $$

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