Une table très généreuse et un peu «frangliche»

Au Foxy, on mange très bien. Le décor y est un peu sombre mais réussi et le service est chaleureux et enlevé.
Photo: Monsieur Resto Au Foxy, on mange très bien. Le décor y est un peu sombre mais réussi et le service est chaleureux et enlevé.

Foxy est le dernier rejeton de la bande de joyeux lurons et luronnes de chez Olive et Gourmando, avec à leur tête Éric Girard et Dyan Solomon. O&G, pour les initiés, est cette incontournable halte de ravitaillement gastronomique détendu située dans le Vieux-Montréal. Beau, très bon, pas donné, mais pas vraiment cher non plus. Compte tenu des qualités du premier établissement et du sérieux des responsables, on ne s’étonne pas de trouver ces mêmes vertus chez le second.

On ne s’étonne pas non plus de voir les foules se presser à cette nouvelle adresse. Lorsque vous aurez soupé là, vous vous réjouirez vous aussi de vous y être pressés. On y mange très bien, ce qui est un peu le but lorsque l’on va au restaurant ; le décor est réussi, un peu sombre peut-être, mais qui suis-je pour ainsi m’avancer en ce domaine ? Le service, lui, est chaleureux et enlevé. Jean-Philippe s’est occupé de notre table. Le repas n’avait pas commencé que je l’aimais déjà. Une fois qu’il eut apporté quelques verres de vin orange et autres fariboles alcoolisées, la tablée au complet l’avait adopté.

Pour la petite histoire, la chef Leigh Roper est aux commandes de Foxy et sa rousseur de renarde a inspiré les propriétaires pour le nom du restaurant ; Shawn Welch (ex-O G) est au four, âme de la cuisine ici ; et Vanessa Laberge (ex-O G elle aussi) ainsi que Vincent Russel occupent les postes prestigieux de sous-chefs. Une très belle recette avec, en crémage, Marie-Hélène Lemarbre, qui gère la salle avec une grâce émouvante.

Le menu est assez court pour ne pas lasser, assez complet pour ne pas vous laisser sur votre faim. Une quinzaine de propositions, sept entrées regroupées sous le joli titre « First Bites », cinq plats principaux présentés sous le nom de « Wood Charcoal » et trois à-côtés introduits comme « Sides ». La maison est moderne et, comme nombre de jeunes gens branchés d’aujourd’hui, pratique le « frangliche » avec enthousiasme. Concentrons-nous donc sur les assiettes.

Bonne moyenne

Trois entrées, elles aussi emballantes, du moins deux sur trois : un excellent ceviche de turbot et concombres souligné de chili, de lime, de menthe et d’un filet d’huile de graines de citrouille pure ; un délicieux Flatbread aux fleurs de courgettes, mozzarella du Québec, ricotta à la menthe ; et une salade de tomates, melon, jambon de Bayonne et saucisson sec. Cette dernière nous laissa perplexes. En cette saison, les tomates doivent absolument être exceptionnelles (elles ne l’étaient pas) ; pour 15 $, je veux pas mal plus que trois ou quatre petits morceaux ; le melon en longues lanières, ce n’était pas une très bonne idée du point de vue gustatif et le jambon, tout bayonnais qu’il fut, ainsi que le saucisson avaient l’air de se demander ce qu’ils faisaient dans cette assiette.

Comme j’avais déjà dépensé 45 beaux dollars pour une douzaine d’huîtres, les 49 $ pour ces trois First Bites déclenchèrent un début d’horripilation. Mes compagnons de table me consolèrent en me faisant remarquer que deux plats sur trois étaient savoureux et que les huîtres étaient vraiment succulentes. Lorsque cette qualité est là, les billets glissent plus facilement hors du portefeuille.

Aux tables voisines règne une belle allégresse. On sent clientes et clients heureux et les regards sont appréciatifs. Il y a juste moi pour ronchonner sur le prix des huîtres dans les restaurants. Dans ma prochaine vie, je serai ouvreur d’huîtres ou ostréiculteur. Ces gens doivent gagner des fortunes. À moins que…

Unanimité à notre table pour les trois plats principaux dégustés. Dans chaque assiette, un très bel équilibre de saveurs, des éléments choisis à leur meilleur et traités avec beaucoup de finesse, le tout complété par une utilisation intelligente du four. Côtes levées de porc, sauce miel et poivre, oignons marinés ; loup de mer sur le charbon, aïoli, cresson, jeunes pousses ; poulet rôti au four à bois, tomatillo, oignons nouveaux, avocat. Les portions sont généreuses, très généreuses.

Comme à-côtés, nous avions choisi le maïs égrainé, lime et cheddar. Jean-Philippe suggéra les patates douces, mayo épicée, Nous l’avons remercié de son excellente suggestion en sauçant la bolinette.

Les desserts du moment ne passeront pas à la postérité, ni le trottoir aux framboises, crème glacée mélilot, ni le yogourt glacé à la pêche, bleuets sauvages.

Le succès de la maison ne faiblit pas. J’étais passé incognito début décembre 2015 pour une critique ; la maison, ouverte depuis peu, débordait déjà. Devant mon air étonné de ne pas voir de table réservée au nom convenu, j’avais obtenu comme réponse : « Euh, ben non, on n’a pas eu votre réservation… » Marie, qui avait pourtant réservé une semaine avant sous un nom d’emprunt, n’était pas trop contente. Moi, furieux et désolé pour les amis venus de loin dans ce coin de la ville où trouver du stationnement constitue une migraine apéritive. De toute évidence, les choses se sont mieux passées cette fois-ci côté réservations. J’ai quand même ri en constatant le jour de notre visite que, sur la page des réservations sur Internet, il n’y avait rien de disponible pour les quatre prochaines soirées. Ouf !

Foxy, 1638, rue Notre-Dame Ouest, 514 925-7007. Ouvert tous les soirs dès 18 h. Entrées de 13 $ à 19 $, plats principaux de 27 $ à 36 $ et deux ou trois desserts pour une dizaine de dollars. De la très belle carte des vins montée par Kaitlin Doucette, la sommité mondiale ès biberons, Jean Aubry lui-même, dit : « Bon, soyons clairs : une carte à faire jouir un scaphandrier fouillant à 20 000 lieues sous les mers des trésors liquides ; mais, par Bacchus et son beau-frère, pourquoi n’offre-t-on donc pas davantage de petits trésors à 35 $, 40 $ ou 45 $ ? Visiblement, n’est pas scaphandrier qui veut. »


Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

 

Foxy

★★★★

1638, rue Notre-Dame Ouest, Montréal, 514 925-7007, $$$$

3 commentaires
  • Pierre Gauthier - Abonné 23 septembre 2016 10 h 03

    Frangliche

    Bonjour.

    J'aimerais comment m'explique, où est le "Fran" de "Frangliche" dans "First bites" ou encore, "Wood and charcoal"?
    Ce que le chroniqueur trouve si mignon, n'est-ce pas que la menu soit en anglais?
    Par contre, je le remercie de m'en aviser pour que j'évite cet endroit.
    Le "frangliche" n'étant pas "my cup of tea"

    Cordialement

    Pierre Gauthier

    • Monique Forest - Inscrite 23 septembre 2016 16 h 35

      +1

    • Monique Forest - Inscrite 23 septembre 2016 16 h 36

      +1

      Maurice Périard