Fenêtre afghane sur un Plateau

Fenêtre sur Kaboul offre un certain confort à l’occidentale : vous ne mangerez pas assis sur des tapis avec dossiers de gros coussins.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Fenêtre sur Kaboul offre un certain confort à l’occidentale : vous ne mangerez pas assis sur des tapis avec dossiers de gros coussins.

Cette critique avait été écrite en octobre 2015. Quelques jours après ma visite, un incendie a endommagé l’appartement au-dessus du salon de thé et le restaurant a fermé ses portes le temps d’effectuer les travaux nécessaires. Nous avions donc suspendu la publication de cette critique.

Aujourd’hui, même si la partie salon de thé est encore fermée, le restaurant est ouvert et sert la même qualité de cuisine que lors de mes visites initiales. Comme c’était très bon et que ça l’est toujours, nous publions. Bon appétit!

Parfois, le hasard m’amène dans des lieux imprévus à mon calendrier de visites à planifier. Parfois, le hasard est heureux et la Fenêtre sur Kaboul fait partie de cette dernière catégorie. Le hasard, cette fois-ci, s’appelle Ruqayyah, élégante jeune Afghane croisée en ville. Ruqayyah, c’est un peu comme l’Afghanistan dont on rêve, pas celui des bulletins de nouvelles toujours déprimants, alors que les Afghans sont tout sauf déprimants.

Ruqayyah s’étonnait de mon persan relativement articulé : « Vous n’êtes pas Perse ? » Non, mademoiselle, mais je parle la langue. « Vous connaissez le restaurant afghan Fenêtre sur Kaboul ? » Non, mais j’y passerai si vous pensez que ça en vaut la peine. J’y suis passé. Ça vaut la peine.

À l’angle des rues Rachel et Saint-André, la pancarte dit : « Fenêtre sur Kaboul. Restaurant afghan et salon de thé ». Tout un programme. Joli décor, sans trop de fioritures ; aux murs, quelques cerfs-volants très prisés dans la capitale ainsi que dans les villes et villages des montagnes afghanes, quelques tableaux et enluminures, un certain confort à l’occidentale, c’est-à-dire que vous ne mangerez pas assis sur des tapis avec dossiers de gros coussins, mais plutôt à table, installés sur des chaises.

Ces dernières sont confortables, ce qui vous permettra de considérer avec calme et une certaine désinvolture la lenteur du service pour peu que la salle soit pleine.

La carte de Fenêtre sur Kaboul décline tout ce qu’on trouve sur les tables afghanes : soupes, entrées, plats de résistance et desserts.

L’appellation des mets indique que la plupart d’entre eux sont des versions locales de plats traditionnels iraniens, parfois améliorés, parfois simplement copiés, les deux pays ayant une histoire commune qui s’étend sur plusieurs siècles et partageant en partie langue et cuisine.

Soupe traditionnelle

Ainsi, cette soupe traditionnelle, appelée en Afghanistan comme en Iran ash-é-reshteh, est préparée ici à la perfection avec nouilles, haricots rouges, fines herbes et épinards hachés.

Le bouillon assez épais est relevé au moment de servir d’une cuillerée de kashk, préparation de petit lait fermenté, salé et dilué pour obtenir une texture crémeuse.

En entrées, un petit bol de concombres en dés et menthe fraîche dans un yaourt fait maison que les Afghans appellent mahst-é-badrang et les Iraniens, mahst-o-khiyar. Appellations différentes, mais même plat.

Vous pourriez également essayer les sambossas, ces petits pâtés triangulaires frits farcis de viande hachée, de petit pois et de pommes de terre assaisonnés, ou des borani badenjan, ces aubergines tranchées, sautées et nappées d’une sauce tomate maison, le tout couronné de yaourt à l’ail.

La carte présente la suite en deux parties : plats principaux et grillades.

Tant qu’à avoir parcouru un si long chemin — se rendre sur le Plateau étant presque aussi compliqué, ces temps-ci, qu’aller visiter la mosquée bleue d’Hérat —, sautez dans le Kaboul kabob, une généreuse assiette regroupant trois sortes de brochettes : kabob-é-murgh, de gros morceaux de poulet mariné, tendres et très parfumés ; kofta kabob, deux belles portions de boeuf haché très parfumé et ici légèrement plus relevé qu’habituellement ; et paghman kabob, des bouchées d’agneau grillé particulièrement savoureuses.

Le tout est accompagné de ce riz basmati préparé à l’afghane, léger, dont on ne se lasse jamais, et d’une salade afghane et oignons dans une vinaigrette citronnée saupoudrée de sumac, dont on aurait pu se passer.

Quelques baklavas

En fin de repas, la maison propose quelques incursions dans le paysage afghan… ou voisin.

Vous devriez vous garder une petite place pour quelques baklavas, des rasmalayil, de petites boules de fromage ricotta sucrées, servies dans une crème de lait frémissant parfumée à l’eau de rose et garnies de pistaches.

Sheeryakh et firnee sont deux autres options intéressantes ; le premier est une crème glacée afghane à la vanille faite maison, nouilles de riz, parfumée à l’eau de rose, garnie de pistaches ; et le second est un pouding à la crème afghane sucré, parfumé à l’eau de rose.
 

Ouvert en soirée du mardi au dimanche. Une quarantaine de dollars par personne pour un festin afghan raisonnable.

Vous arroserez le tout du cru de votre choix puisqu’il s’agit d’un établissement « Apportez votre vin ».

Fenêtre sur Kaboul
★★★ 
$$

901, rue Rachel Est
Montréal
514 522-6851

 

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

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