Butterblume, un délicat bouton-d’or

Le Butterblume présente un décor minimaliste dans l’ambiance détendue de ces nouvelles haltes de restauration qui émergent un peu partout, ici comme ailleurs de par le vaste monde.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le Butterblume présente un décor minimaliste dans l’ambiance détendue de ces nouvelles haltes de restauration qui émergent un peu partout, ici comme ailleurs de par le vaste monde.

Parfois, le hasard fait bien les choses. Parfois, alors que je ne m’y étais arrêté que pour grignoter des choses ordinaires, je tombe sur une petite maison hors de l’ordinaire. Le Butterblume — bouton-d’or, en allemand — fait partie de ces belles surprises.

On m’avait dit : « Vous ne pouvez pas le manquer, Butterblume, c’est juste à côté de La Maison de l’aspirateur. » Si vous avez un vieil aspirateur auquel vous êtes attaché, vous connaissez cette maison où, au lieu de vous vendre absolument un nouvel appareil, on répare et remet en forme votre vieillerie ayant déjà consommé beaucoup de poussière. J’aime La Maison de l’aspirateur ; j’étais prêt à aimer le bouton-d’or. Je l’ai beaucoup aimé.

Décor minimaliste, tendance à peine scandinave, ambiance détendue de ces nouvelles haltes de restauration qui émergent un peu partout en ville, ici comme ailleurs de par le vaste monde. Une longue salle baignée de lumière et, au fond, une grande ouverture sur la verdure de la ruelle. Le personnel est souriant et attentif, ce qui forcément crée le même état d’esprit chez les clients.

Avec application

Derrière le comptoir, les cuisiniers cuisinent avec application, des jeunes gens vus ailleurs dans des établissements de qualité : les chefs Jens Ruoff (ex-Bouillon Bilk et Van Horne) et Philip Dascal (ex-Provisions 1268), par exemple. C’est toujours rassurant de retrouver des gens dont on a constaté le talent et le travail ailleurs.

La maison s’annonce comme « café-restaurant-boutique », ce qui me semble beaucoup pour une si petite maison. Je me contenterai de manger, la carte étant très attrayante. De plus, je me vois mal commenter les péripéties commerciales de qui que ce soit.

Le gaspacho du germanique cuisinier était rafraîchissant, tomaté avec doigté, souligné d’un granité aux poivrons rouges et, en diadème, quelques bouchées de gravlax.

La salade du moment était faite de belles tomates charnues et très goûteuses, d’un peu de pesto de roquette, de quelques éclats de noisettes, de caciocavallo grillé et d’un peu de chapelure.

L’encre de seiche mentionnée au menu n’était pas dans l’assiette ; on ne s’en étonnera pas, ce céphalopode étant bien connu pour son déplorable manque de coopération lorsque vient le moment de partager son encre.

Sur les conseils de la personne au service, nous avons commandé des maultasche, ces raviolis allemands farcis aux épinards et au porc, bouillon de poulet style dashi, oignon confit et huile de persil ; de très dodus raviolis dans une pâte d’un soyeux impressionnant, qui tendent à prouver que nos amis italiens nous racontent des histoires sur la cuisine traditionnelle de leur beau pays.

À la table voisine, une jeune maman jonglait entre une grosse tartine et son petit bébé. La jeune maman débordait de tendresse. La tartine débordait d’avocat fumé, d’oeuf poché, de verdures, de champignons marinés et de viande séchée de canard. Le bébé ne débordait pas encore.

Les à-côtés

La carte du Butterblume suggère de très appétissants petits plats appelés « les à-côtés ». Si vous êtes affamé, vous pourrez succomber et prendre, par exemple, ces trois petits beignets concoctés selon une recette piquée par le chef dans le livre de cuisine de quelque aïeule autrichienne : cheddar, persil et chou mariné.

Le plat porte le nom ravissant de käseknödel. Si vous étiez plus raisonnable, vous pourriez choisir une petite verte ou quelques « légumes en trempette, un peu cuit, un peu cru » ! En fait, si vous étiez vraiment raisonnable, vous ne fréquenteriez pas ainsi des lieux de perdition ni ne liriez ce genre de littérature. Donc, profitez.

Comme le font de plus en plus de jeunes chefs curieux et aimant explorer hors de leurs casseroles, le chef boulange son pain, de savoureuses miches au levain.

Avec le café, on propose un cake à la tranche, ce jour-là un cake au citron, moelleux comme il se doit, citronné comme il se peut. La carte des desserts n’impressionnera personne, mais comme personne ici ne semble vouloir impressionner qui que ce soit, c’est parfait comme ça.

Et puis, les assiettes du chef suffisent à procurer le bonheur recherché par les gourmands ayant poussé la porte du Butterblume.

Dans cette très jolie salle, sous la houlette de Julie Romano (ex-Olive Gourmando et Pâtisserie Rhubarbe) et Nadine Boudreau (ex-Pullman), le service est assuré par des gens souriants et efficaces, toutes qualités qui bonifient l’expérience, même dans un tout petit établissement.

Il y a quelque chose de remarquablement relax dans l’air de ce Butterblume. En ces temps de crispation planétaire, vous apprécierez sûrement un moment de détente.

Ouvert du mardi au vendredi de 8h à 16h, et de 10h à 16h samedi et dimanche. Délicieux petits-déjeuners et brunchs les vendredis, samedis et dimanches dès 10 h.

L’addition ? Une douzaine de plats, petits ou grands et pas nécessairement les uns dans les autres, allant de 3 $ (pain au levain maison et beurre) à 14 $. Quelques bouchées sucrées proposées avec le café pour 3 $ ou 4 $.

De la très succincte et très peu onéreuse carte des vins, Jean Aubry dit ceci : « J’ai toujours rêvé de tout goûter sur une carte et celle-ci, discrète s’il en est, m’en donne l’occasion ! En démarrant par une flûte de mousseux avant de faire suivre par trois autres verres : blanc, rosé et rouge. Joli tour de piste ! »

J’avais choisi un thé noir indien glacé, souligné d’orange sanguine et de miel. Un délice !

Butterblume
★★★
$ 1/2
5836, boulevard Saint-Laurent
Montréal
514 903-9115


Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Butterblume

5836, boulevard Saint-Laurent, Montréal, 514 903-9115

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