Une cuisine africaine tout en langueur

Le petit local de La Calebasse est décoré simplement. Un zèbre géant est peint au mur tandis qu’un écran diffuse en sourdine des vidéoclips d’artistes africains et caribéens.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le petit local de La Calebasse est décoré simplement. Un zèbre géant est peint au mur tandis qu’un écran diffuse en sourdine des vidéoclips d’artistes africains et caribéens.

Travailler en cuisine est une noble occupation qui mérite tout notre respect. Aussi, la rédaction de cette critique se révèle-t-elle un exercice pénible pour traduire l’expérience particulièrement désagréable vécue il y a quelques jours au restaurant La Calebasse.

Je me réjouissais de me rendre dans un resto où les ingrédients et les mets représenteraient un véritable dépaysement et me sortiraient des standards de la bistronomie actuelle.

C’est donc le coeur léger que je suis allée sur la rue Myrand avec un groupe d’amis pour célébrer un « 120e anniversaire » (trois copains topent la quarantaine ce mois-ci !), prête à ouvrir mon coeur et mon estomac aux délices de la cuisine africaine.

Le petit local est décoré simplement. Un zèbre géant est peint au mur tandis qu’un écran diffuse en sourdine des vidéoclips d’artistes africains et caribéens. Seuls quelques choix de menu sont disponibles, en fin de compte.

Dommage, je souhaitais essayer le mouton grillé. Le choix se portera sur la tiéboudienne et le poulet braisé, en formule table d’hôte.

Après un délai inexplicablement long (près d’une heure vient de s’écouler), nous recevons les bols de soupe aux légumes : un riche bouillon garni de chou, de carotte, d’oignon et de quelques autres légumes non identifiés.

Simple et bon… mais évoquant tellement notre brouet traditionnel que l’exploratrice gastronomique en moi est forcément un peu déçue.

L’exotisme recherché est également absent de la salade du chef qui nous est ensuite apportée, après une autre longue attente : un peu de laitue, de la carotte râpée, un quartier d’avocat et une tranche de tomate.

Indiscutablement frais, mais incontestablement banal.

Commandes oubliées

Par manque d’expérience ou de structure, peut-être, la serveuse oublie systématiquement les commandes de la moitié des convives.

La dernière soupe, la dernière salade sont apportées bien après que les premières eurent été reçues… et mangées ! Les ustensiles manquants arrivent un à un, après nombre d’allées et venues inutiles.

Nous renonçons à redemander du pain. Mais pour oublier autant de contrariétés, je tiens coûte que coûte à recevoir mon cocktail !

Après l’avoir redemandé à deux reprises (oui, pour un total de trois fois), on finit par nous apporter nos verres, pour moi un Planteur à base de jus d’orange, rhum blanc et sucre de canne, pour mon accompagnateur un cocktail Tropical composé de lait, sirop de grenadine et menthe. Rien de transcendant ici.

Sans compter que prendre l’apéro après la soupe et la salade m’a fait passer l’envie de commander du vin.

Cent ans de solitude

Une autre éternité s’écoule. Les mets principaux sont enfin servis. Mon invité a choisi le poulet braisé, présenté avec de l’attiéké (semoule de manioc) et surmonté d’une belle sauce, avec des oignons, des tomates et des poivrons bien croquants, le tout flanqué d’une petite part de bananes plantains frites.

La surface grillée du poulet laisse découvrir une chair juteuse et bien assaisonnée, un brin piquante.

L’espoir est encore permis. Je me languis pendant dix bonnes minutes en espérant avoir moi aussi un plat bien réussi.

Ma tiéboudienne de boeuf et de légumes mijotés en sauce tomate présente une odeur prometteuse.

Les légumes sont délicieux, j’aime bien l’attiéké et le plantain frit… mais la texture sèche et filandreuse du boeuf anéantit sans merci ce bref regain d’espoir.

Même le gentil petit tapioca bien vanillé et l’infusion de baobab ne parviennent pas à me rendre ma bonne humeur.

Le dégué choisi par mon invité (un gruau de mil avec du yogourt nature, du lait Carnation, de la vanille et du sucre) est, je le concède, une découverte intéressante.

Au total, il aura fallu quatre heures pour les quatre services. Vous trouvez que c’est exagérément long ?

Moi aussi, surtout pour des plats qui ne présentent aucune réelle difficulté de réalisation.

À l’ombre du baobab

Certes, nous étions nombreux. Mais lorsqu’un restaurateur ne se sent pas en mesure d’accueillir et de servir convenablement les groupes, la sagesse la plus élémentaire serait d’en aviser le client qui désire réserver pour 18 personnes.

À moins d’un redressement sérieux de la situation, je ne vois pas comment ce resto parviendra à survivre parmi tous ceux, excellents, que l’on trouve à Québec…

Quant à moi, je n’éprouve aucune envie d’y retourner pour vérifier comment se déroulerait l’expérience en petit comité. Et tant pis pour le mouton grillé.

Les plus : la possibilité de découvrir, pour un prix très abordable, des ingrédients et des mets qui nous font sortir un peu de notre ordinaire occidental. Mais assurez-vous d’avoir du temps. Beaucoup de temps.

Les moins : c’est dommage, mais la liste est longue ; service plus qu’aléatoire, confort médiocre, désorganisation totale pour servir un groupe, nourriture correcte mais sans plus… Une soirée à oublier.

Coût du repas pour deux personnes, nourriture seulement : 43 $.

Coût total du repas pour deux, incluant alcool, taxes et service : 61 $.

Appréciation en cinq étoiles
Je regrette de devoir vous en parler

★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter

★★★ Bonne adresse

★★★★ Très bonne adresse

★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor