Une buanderie chic version Westmount

Le décor du Lavanderia est un peu décalé, hésitant entre les différents côtés du chef, un peu asiatique, un peu latino, un peu québécois.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le décor du Lavanderia est un peu décalé, hésitant entre les différents côtés du chef, un peu asiatique, un peu latino, un peu québécois.

Le titre initial de cette critique était « Blanchisserie à l’ouest de la montagne ». En ces temps confus, ne voulant pas que les lecteurs interprètent mal mes propos, j’ai préféré « buanderie », qui prête sans doute moins à controverse ; les deux traduisent le mot lavanderia, nom de ce chic établissement de ce tout aussi chic arrondissement.

Le chef-propriétaire des lieux les a baptisés ainsi en hommage à ses parents qui tenaient autrefois une lavanderia dans son Argentine natale.

Il ne faut pas non plus parler de ce Lavanderia sans mentionner son chef, tant les plats qui sont posés sur votre table portent sa marque. Le chef Antonio Park est une sorte de mégavedette dans le milieu de la restauration chez nous. On lui doit le restaurant voisin Park, table japonaise de prédilection d’autres mégavedettes — P.K. Subban et Lars Eller, pour ne parler que de ces deux-là — où l’on mange extrêmement bien.

Évidemment, la présence de ces mégavedettes patinantes fait en sorte que les additions ont souvent tendance à partir dans la stratosphère. À mon grand soulagement, et au vôtre sans doute également, ce n’est vraiment pas le cas chez ce deuxième restaurant du chef Park.

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir

Le décor est un peu décalé, hésitant entre les différents côtés du chef, un peu asiatique, un peu latino, un peu québécois. Les chaises sont confortables.

Du côté de l’assiette, par contre, aucune hésitation. Beaucoup de fraîcheur, de couleurs invitantes, de saveurs rassurantes.

Nous entamons les festivités avec un ceviche de poisson, ce jour-là du loup de mer. Finement tranché, le poisson d’une grande fraîcheur est présenté en tableau de maître dans une assiette carrée en verre transparent.

Pour qu’il s’y sente moins seul, les cuisiniers ont déposé quelques grains de gros maïs sud-américain frits, de très fines tranches d’oignon rouge très doux, une ou deux pincées de coriandre fraîche ciselée et, à la douille, un peu de purée de pomme de terre sucrée. Le tout, très artistique, repose sur un fond de jus de lime et de purée délayée d’aji amarillo — ce délicieux petit piment très utilisé dans les cuisines péruvienne et bolivienne — absolument irrésistible. Cette assiette est à mettre dans la catégorie « c’est si bon que l’on a forcément des craintes pour la suite ».

Ici, ce serait une erreur de redouter cette suite, tant elle est au diapason du premier plat. Cette salade, par exemple, mériterait plusieurs paragraphes si je ne craignais de vous lasser puisque vous ne l’avez pas goûtée vous-même, que vous trouvez que j’exagère pour des riens et que les mots me manquent souvent lorsque je suis emporté par l’émotion.

Chayotte et jicama passés à la mandoline, une pincée de rocoto, un peu de ce même oignon rouge goûté précédemment, quelques feuilles de chicorée niçoise et une vinaigrette au citron presque aussi jouissive que celle du ceviche. À ce stade du repas, me voyant à deux doigts de l’extase, Élise, ma fille gourmette, commence à ressentir ce sentiment de malaise que les enfants éprouvent devant les signes de pâmoison de leurs parents. Quand j’aime, je manifeste. À table aussi.

Du coup, elle se concentre sur son volatile, un demi-poulet de Cornouailles élevé avec beaucoup d’amour à la Ferme des voltigeurs. Présenté dans une belle écuelle en terre cuite qui fait ressortir le doré de sa peau parsemée d’épices, il ne dure que le temps pour moi de le humer.

Quand Élise aime, elle le manifeste aussi. Juste au nez, je peux vous assurer que ce poulet aurait remporté haut la patte le célèbre Concours du plus délicieux poulet de Nouvelle-France.

Mon contrefilet Black Angus 1855 était parfait, cuit tel que demandé, à peine marqué du gril, débité en belles bouchées, impeccable.

Les guarniciones (accompagnements) sont à votre charge pour quelques dollars. Ce soir-là, pommes de terre douces au charbon, cresson, oignons rouges d’un côté de la table et légumes de saison rôtis de l’autre ; rien qui justifie que je vous en parle des heures, mais rien non plus qui pourrait vous dissuader d’en commander.

Les plats principaux vous donnent droit à trois sauces maison : Chimichurri, Salsa Criolla, Salsa de Tomate Fresca.

J’observais les tables voisines pour voir si les autres clients partageaient mon enthousiasme. C’était le cas et la bonne humeur ambiante semblait indiquer que le cadeau était apprécié, trois fois plutôt qu’une.

Sous la houlette d’Antonio Park, qui passa ce soir-là comme une fusée, deux chefs cuisinent allègrement : Takeshi Horinoue et Paul Maurice Posada.

Gardez-vous une petite place pour le dessert. Rebecca Belleau, la chef-pâtissière de la maison, vous fera vivre de grands moments avec de petites choses.

Son gâteau chocolat-cacahuète, glace dulce de leche, planta un sourire radieux chez Élise et sa torta de mazana me remplit d’une quasi-béatitude : pâte exceptionnelle, pommes légèrement compotées et touche de cannelle.

Lavanderia

374, avenue Victoria
Westmount
514 303-4123
 

Si vous vous tenez loin du Gevrey-Chambertin ou du Puligny-Montrachet, un très bon repas ici, en soirée, vous coûtera un billet brun à deux. À midi, à peu près la moitié, et le brunch est lui aussi à petit prix.

 

Ouvert le midi du mardi au vendredi et en soirée du mardi au dimanche. Brunch la fin de semaine. À propos de la partie liquide de la visite ici, Jean Aubry dit : « Une carte qui n’y va pas avec le dos de la cuillère côté prix, pour une sélection que l’on souhaiterait moins monolithique côté choix. Pourquoi pas une sélection plus courte mais plus fouillée, de celles qui font saliver ? »