Bolée de bonheur épicé, tofu et saké

Au restaurant Tora-Ya Ramen, dans le quartier Saint-Roch à Québec, une faune bigarrée se réunit devant un bol de ramen.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Au restaurant Tora-Ya Ramen, dans le quartier Saint-Roch à Québec, une faune bigarrée se réunit devant un bol de ramen.

Après les excès de décembre et janvier, il peut être intéressant d’accorder une petite pause à notre système (et au portefeuille !) en revenant vers une cuisine simple, populaire, voire familiale.

Or, rien n’oblige à se replier vers les seuls mets typiquement d’ici comme la poutine ou le pouding chômeur ! Animée d’une envie de nourriture réconfortante mais aussi de dépaysement, je fixe donc mon choix sur un petit resto dont la spécialité est le ramen. Eh oui !

Un mets populaire

Les ramen (que l’on devrait en fait prononcer « lamène ») sont des éléments centraux de plusieurs cuisines orientales. Si la Chine est « le berceau de la nouille » (des archéologues en ont trouvé des vieilles d’environ 4000 ans dans la province de Qinghai !), les nations environnantes les ont adoptées au fil du temps, les adaptant aux goûts locaux. Ces nouilles se déclinent donc en de nombreuses variantes puisqu’on peut changer presque à l’infini les diverses combinaisons de bouillon, de sources de protéines, de légumes et d’assaisonnements. Cette grande polyvalence explique leur popularité en Asie et ailleurs.

On consomme des ramen au Japon depuis la fin du XIXe siècle. À la fin de la période Edo, en 1859, ce pays jusqu’alors très fermé a ouvert ses portes aux étrangers. Les nouvelles influences culturelles, notamment chinoises, ont marqué le régime alimentaire traditionnel. C’est ainsi que les ramen se sont mis à côtoyer le riz, les algues, le poisson et les autres canons de l’alimentation japonaise.

Les Japonais d’aujourd’hui raffolent de ce mets nourrissant et peu coûteux que l’on peut avaler rapidement et sans cérémonie, quelle que soit l’heure de la journée. Pas étonnant que les ramen soient un incontournable de la cuisine de rue : les grandes villes nipponnes foisonnent de ramenya, ces mini-échoppes spécialement dédiées à ces populaires nouilles, où se presse une faune bigarrée.

Une faune bigarrée que l’on retrouve aussi au restaurant Tora-Ya Ramen, dans le quartier Saint-Roch à Québec, où travailleurs cravatés, étudiants fauchés et jeunes branchés, côte à côte, communient à un bol de bonheur bien chaud.

Du Fujiyama à St-Joseph

Étant en appétit, nous décidons d’y aller d’un tsumami (tapas japonaises) avec nos plats principaux. Tout est apporté en même temps par le serveur un peu débordé. Il faut dire que le restaurant est totalement plein, les tables ne se libérant que pour accueillir aussitôt de nouveaux mangeurs affamés.

Nous prenons quand même le temps de commander aussi une petite bouteille de saké, l’inimitable vin de riz japonais. Ce sera le Sayuri Nigori, un saké froid à la saveur douce et à la texture soyeuse qu’on peut aussi trouver à la SAQ.

Les agedashi tofu sont délicieux. Je le confesse, je n’achète plus de tofu à l’épicerie car, après plusieurs essais culinaires infructueux, je me suis résignée à ne le savourer qu’au restaurant. J’apprécie donc pleinement les carrés de tofu soyeux en friture légère déposés sur une fine mare de sauce dashi.

Salé, amer, piquant, sucré

Mon ami a opté pour un panier de kara age, des morceaux de poulet frit à la japonaise, et les légumes tsukemono. Servies dans un large panier d’osier, les tendres et juteuses bouchées de volaille sont flanquées d’un petit bol de mayonnaise asiatique parsemée de flocons de piment. Quoique passé en friture, le poulet n’est pas trop gras et parfaitement assaisonné. Heureusement que j’ai pris soin d’en prélever une bouchée ; il n’en reste bientôt plus une seule dans le panier.

Le tsukemono consiste en des minicubes de légumes marinés parsemés de graines de sésame deux couleurs. L’amertume croquante de ces pickles japonais tranche agréablement avec le salé, le sucré et l’épicé du reste du repas.

Ayant pour ma part eu envie de piquant, j’ai choisi le kimchi ramen, la version coréenne de l’emblématique platée de nouilles. Dans le bouillon de miso clair et légèrement acidulé est submergée une belle part de nouilles et de morceaux de poulet. J’y découvre aussi de l’échalote, des haricots germés, un demi-oeuf dur, des grains de maïs, du kimchi (sorte de choucroute coréenne de piments) et un beau trait de sauce piquante. Mon bol est décoré d’une feuille de nori et d’une fine tranche de narutomaki, un fin pâté de poisson blanc cuit à la vapeur et présentant un délicat motif de spirale rose. Joli clin d’oeil à la pop culture puisque Naruto, personnage principal du manga éponyme, se nourrit quasi exclusivement de ramen !

Lors de notre passage, le dessert du moment était un dôme chocolat. La jolie sphère recèle un coeur de mousse à la mangue : les saveurs s’allient merveilleusement bien au biscuit matcha et azuki, ainsi qu’au coulis de petits fruits. Il n’y a pas à dire, c’est une fort belle trouvaille qui conclut agréablement ce repas.

Tora-Ya Ramen

75, rue Saint-Joseph Est
Québec
418 780-1903
 

Les plus : une variété choisie de ramen et de mets populaires japonais. Un excellent rapport qualité-prix car on se sustente joliment pour un prix très raisonnable.

 

Les moins : l’endroit est très achalandé et on n’y prend pas de réservations, alors il faut accepter la possibilité de devoir patienter.

 

Coût du repas pour deux, nourriture seulement : 56 $.

 

Coût total du repas pour deux, incluant alcool, taxes et service : 95 $.