Réservations pour plus tard chez Chambre à part

La maison a conçu un décor chaleureux. La salle est belle, aérée, invitante.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir La maison a conçu un décor chaleureux. La salle est belle, aérée, invitante.

Il y a des critiques plus difficiles à écrire. Faciles, c’est quand c’est très bon ou très mauvais. Celle d’aujourd’hui est entre les deux, en oscillant plutôt du bon côté, mais sans jamais s’y rendre, ce qui fait donc l’exercice difficile. L’endroit s’appelle Chambre à part. On était à la mi-décembre, ils venaient d’ouvrir, sans doute dans ce cas-ci aurais-je dû attendre quelque temps.

On va dans un joli endroit, on connaît les propriétaires depuis longtemps et on aime bien leur travail, et puis, c’est pas terrible.

Pas mauvais, mais pas aussi bon que ce à quoi l’on s’attendait. Je veux dire les assiettes, puisqu’il s’agit d’un restaurant et que, malgré le mélange des genres auquel les médias sociaux s’adonnent avec application, la plupart des gens qui vont au restaurant y vont pour manger.

Lire la carte ?

Je ne vous dresserai pas une liste exhaustive de ce qui s’est mal passé ce soir-là, mais disons que c’était un de ces soirs où je regrette de ne pas avoir invité à la maison ces amis commensaux.

À titre d’exemple, je déteste que le personnel insiste lourdement pour me vendre ses cocktails. Si tu insistes trop, je vais croire que le seul truc que la maison sait faire, ce sont ces choses qui coûtent autant ou plus que certains plats au menu.

Je déteste aussi que le personnel me lise la carte. Je sais lire, j’ai une très bonne vue et l’éclairage est suffisant. Bien entendu, si c’est pour ajouter deux ou trois détails qui n’apparaissent pas sur la carte et qui rendront tel ou tel plat plus intéressant, je comprends, mais lire : je me sens un peu débile et si, en plus, tu montes le ton, je crains de le devenir.

Les cocktails — notamment le « Betterave, menthe, canneberge + rhum » et le « Roquette, ananas, lime + vodka » — étaient par ailleurs excellents et le jeune homme d’un commerce plutôt agréable. Surtout plus tard dans la soirée, je veux dire, parce que là, tout de suite, je n’aurais pas voté pour lui au Concours du meilleur garçon en ville.

La maison a consacré beaucoup de temps et d’énergie à concevoir un décor chaleureux. La salle est belle, aérée, invitante. Tout a été fait de façon à ce que la clientèle soit confortablement installée et l’on apprécie les efforts déployés afin de ne pas tomber dans l’excès qui, ailleurs, est forcément annonciateur d’une addition salée.

Le menu

Le menu est intelligemment monté : une petite vingtaine de propositions invitantes. Même les deux éminentes nutritionnistes à table ce soir-là en firent l’éloge. Il faut dire qu’en dehors de leurs occupations professionnelles Madame Louise et Madame Hélène sont un peu portées sur le manger. Et la bouteille de Côtes du Jura ou le petit verre d’Auxey-Duresses ne leur fait pas peur.

Vous pourrez vous dispenser de cette proposition de pétoncle trop accompagné pour l’être bien. Clémentine, poivre rose, céleri-rave, câpre, aneth, illustration criante de l’adage « Le mieux est l’ennemi du bien ».

La crème de légumes racines (courge butternut ou potimarron), châtaigne, moelle de boeuf, sauge était plus invitante. Jean-Pierre cherche encore la moelle, il trouva bien d’autres choses, mais pas celle-ci, sans doute, hélas, incorporée.

Le pâté croûte, pintade, caille, foie gras, condiment est beaucoup plus intéressant, bien dosé, bien agencé en matière de saveurs et de textures.

En plats principaux, porc à la bière et médaillon (pas médallion) de boeuf passent le test sans toutefois soulever l’enthousiasme.

Ici encore, à trop vouloir mettre d’éléments dans une assiette, la cuisine cache, gâche, gâte. Même remarque pour la raviole de légumes racines enjolivée à l’excès.

Dans le croque-monsieur, par contre, l’introduction de ce guanciale très prononcé apporte à la pomme de terre et au fromage à raclette une note intéressante et complétive.

La maison a très gentiment offert les desserts. Quand je ne paie pas, je ne critique pas. Cela m’évite parfois de dire du mal, mais me prive également de dire du bien. Je vous en parlerai donc une prochaine fois.

Car il y aura une prochaine fois. Il y a trop de potentiel à cette adresse pour que les irritants rencontrés lors de cette visite ne soient pas corrigés. Et les lieux ont été si joliment arrangés que ce serait dommage de ne pas y revenir, cette fois, espérons-le, pour pouvoir vous en dire le plus grand bien.

Chambre à part

3619, rue Saint-Denis
Montréal 
438 386-3619.

 

Ouvert à midi du mardi au vendredi et en soirée du jeudi au lundi. À midi, comptez une vingtaine de dollars par personne et le double en soirée. De la belle carte des vins, Jean Aubry dit : «Une carte dynamique qui respire et qui est sans prétention. Mon choix? Bourgogne Aligoté La Fuite 2014, J. Bambara Cie. »

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir


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