Pot de Vin sur la Broadway québécoise

Le Pot de Vin est situé à même le complexe Maurice Nightclub, un édifice construit en 1903 qui a abrité des bureaux de l’Union nationale.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le Pot de Vin est situé à même le complexe Maurice Nightclub, un édifice construit en 1903 qui a abrité des bureaux de l’Union nationale.

En compagnie d’une amie de passage à Québec, mon invité et moi nous rendons au Pot de Vin par un frisquet vendredi soir de novembre. Ce resto de 125 places, ouvert depuis quelques semaines dans l’ancien local du VooDoo Grill, est situé à même le complexe Maurice Nightclub.

L’imposant édifice, construit en 1903 pour l’homme d’affaires William Price, a servi de local politique au parti Union nationale sous l’ancien premier ministre Duplessis. D’où le nom de « Maurice ».

Quant au resto lui-même, faut-il y voir une allusion aux diverses tractations qui se sont possiblement déroulées en ces lieux? Je vous laisse le soin d’y réfléchir…

Enveloppes jaunes

Il fut un temps où un pot de vin (sans traits d’union) pouvait littéralement servir à rémunérer quelqu’un pour service rendu. Payer des employés avec de l’alcool était même une pratique assez répandue. L’expression « argent liquide » vous dit quelque chose?

Mais, au fil du temps, l’usage du pot-de-vin (cette fois avec traits d’union) a fini par revêtir une aura de gangstérisme, puis, plus largement, de corruption.

Notre trio s’esclaffe devant les menus imprimés sur de grandes enveloppes jaunes évoquant le nom du lieu. On s’attend presque à ce que le personnel de service arbore Borsalino et bretelles pour appuyer encore la référence au monde interlope!

Après avoir étudié et commenté la carte (pardon, l’enveloppe), on se décide : ce sera les huîtres, la crème d’oignons et les pâtes au lapin pour moi, les charcuteries et le burger pour monsieur.

Le « pot de vin » choisi est le Château Haut-Monplaisir 2011, une AOC Cahors constituée à 100 % de cépage malbec dont les tannins souples feront merveille avec nos choix.

L’assiette du maître-chanteur

Je débute avec cinq huîtres Caraquet servies en écailles sur lit de glace, comme il se doit. Je fais glisser sur chaque mollusque quelques gouttes de la préparation de vinaigre à l’échalote. Je dois résister à l’impulsion d’en commander illico cinq autres!

Le serveur place ensuite devant moi un bol recélant un peu de gouda fumé et d’oignon, ainsi que quelques croûtons sur lesquels il verse une onctueuse crème d’oignons. C’est le coup de coeur visuel, olfactif et gustatif.

La présentation permet d’apprécier pleinement les ingrédients, le mode de service diffuse immédiatement d’appétissants arômes d’oignons caramélisés au porto, puis les papilles entérinent joyeusement ces premières impressions.

Mon accompagnateur, qui a choisi l’assiette de cochonnailles en guise d’entrée, pioche ce qui lui tente dans l’assortiment de six charcuteries comptant entre autres de la mortadelle et une délicieuse coppa.

Savoureuse reddition

Passons à l’étape suivante des « négociations ». Monsieur savoure avec conviction son burger comportant galette de boeuf, tomates confites, oignons frits, roquette, bacon et fromage fumé. Des frites allumettes complètent une assiette qui, n’existant pas du temps d’Al Capone, lui aurait certainement plu.

Je ne suis pas en reste : mes cavatelli au lapin s’avèrent un excellent choix. Ces petites pâtes oblongues, importées spécialement d’Italie, sont nappées d’une délicate sauce au lapin braisé, jus de cuisson, mascarpone et olives kalamata. L’équilibre est parfait.

J’ai opté pour la portion entrée, mais ce plat est aussi disponible en mets principal. Le lièvre ou le lapin est assez rare sur les menus des restos de Québec, alors je suis ravie de la trouvaille.

La dariole au chocolat, un mi-cuit dont le centre liquide se répand dans l’assiette sous l’assaut de la fourchette, conclut fort agréablement les pourparlers!

Le Pot de Vin

575, rue Grande Allée Est
Québec
418 647-2000; lepotdevin.ca
 

Les plus : un personnel encore en rodage, mais ultrasympathique. On a répondu à toutes mes questions avec empressement. Belles trouvailles culinaires.

 

Les moins : un peu plus d’espace entre les tables donnerait davantage d’aisance et d’intimité sans sacrifier pour autant l’ambiance.

 

Coût total du repas pour deux, nourriture seulement : 73 $; incluant alcool, taxes et service : 173 $.

2 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 27 novembre 2015 09 h 48

    Je préfère la photo retenue dans le journal papier

    Superbe!

  • Paul Toutant - Abonné 29 novembre 2015 07 h 53

    Une tite gêne?

    La rue Grande-Allée devenue la "Broadway québécoise"??? Une petite gêne s'impose ici. Considérer une des plus grandes avenues du monde avec cette petite et sympathique rue marchande tient de l'enflure à tout le moins. Mon dieu que les gens de Québec font "Québec" des fois...