Une certaine forme de bonheur

Pour ne pas se compliquer l’existence, on peut convenir de prendre le menu dégustation de cinq services chez Damas.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Pour ne pas se compliquer l’existence, on peut convenir de prendre le menu dégustation de cinq services chez Damas.

Ce sont bien des migrants. Ils viennent d’un de ces pays ravagés que les habitants fuient par millions. Ceux qui nous intéressent aujourd’hui ont migré de Syrie vers Montréal et sont un cadeau apprécié de tous les gourmands. Un peu nostalgiques, ils ont baptisé leur maison Damas. Dans le fond de la salle, un grand plan de la capitale syrienne tapisse le mur au complet. On rêve du Damas de jadis et essayant d’effacer de notre mémoire le cauchemar contemporain.

Le restaurant Damas était autrefois installé dans un local exigu, avenue du Parc. L’exiguïté du local tenait beaucoup au fait que la cuisine y étant particulièrement bonne, les foules d’affamés s’y pressaient constamment. L’hiver dernier, la maison prit feu, littéralement, et dut fermer ses portes, au grand dam, bien entendu, des clients accros à ses petits plats.

Aux premiers jours de l’été, Damas ressuscitait à sa nouvelle adresse, 1201, avenue Van Horne, où les gourmets venaient du temps des Chèvres et du Chou. Nouveau décor, très oriental, tendance baroque. J’aurais aimé vous en parler plus tôt, mais essuyai à quatre ou cinq reprises des refus pour cause d’achalandage massif. Mon amie Racha réussit dernièrement à nous y trouver une place.

Un menu en quatre temps

Lorsque je visite des restaurants « exotiques », j’essaie de me faire accompagner par quelques amis originaires de ladite région exotique.

Mes connaissances en cuisines du Moyen-Orient — la perse mise à part — étant limitées à un amour immodéré d’à peu près tous les plats qui les composent, je passais ce soir-là chez Damas équipé de lourd : une star libanaise de la Bekaa, une Alépine distinguée et un élégantissime Phénicien.

Ainsi pourvu, je me sentais tout de suite plus intelligent face à une carte qui, bien qu’énoncée dans les deux langues officielles du plus-meilleur-pays-au-monde, me paraissait très syrienne.

Damas décline son menu en quatre temps : grillades syriennes, spécialités syriennes, mezze froids et mezze chauds. Si vous ne voulez pas vous compliquer l’existence ou n’avez pas sous la main d’amis gastronomes originaires du Moyen-Orient, vous pouvez convenir après caucus de prendre le menu dégustation de cinq services, disponible pour l’ensemble des convives à votre table.

Le personnel se fera un plaisir de vous expliquer chaque plat avec force détails. Si vous y allez avec un connaisseur, vous pourrez également vous laisser porter.

Ce soir-là, Rémi, mon élégantissime ami phénicien, se chargea de superviser les commandes pour toute la table et, après nous avoir demandé notre avis, n’en fit qu’à sa tête, comme d’habitude. Un passage sous la houlette des bons pères de la Compagnie de Jésus laisse des traces indélébiles.

Une fête

Toute la soirée fut une fête, Rémi ayant un goût très sûr et cultivant la gourmandise comme un art. Arrivèrent dans de jolies assiettes et bolinettes aux motifs orientaux quatre mezze qui auraient suffi pour un repas normal : mouhammara, houmous traditionnel, salade baba ghanouj et fattouch. Suivirent des feuilles de vigne farcies en version végétarienne (yalangi), puis deux fattets, une spécialité de la capitale syrienne.

Le premier, fattet makdous, intégrait harmonieusement aubergines, viande, amandes et pignons ; le second, à l’houmous, débordait de pois chiches, de yogourt, de pain pita grillé en petits morceaux ramollis et de pignons.

À propos de ces pignons, la maison en utilise une version plus longue et plus savoureuse que ce qu’on trouve un peu partout à petits prix. Les Orientaux à ma table insistèrent sur ce point et roulèrent des yeux en évoquant le prix exorbitant de la version locale. Vous n’en apprécierez que davantage le plat.

Deux plats de viandes atterrirent sur la table déjà passablement chargée : un kabab bil karaz, de délicieuses boulettes de viande hachée dans une sauce aux griottes, et un reesh (prononcez « rich »), des côtelettes d’agneau d’une incroyable tendreté et si aériennes qu’on peut croire que ces agneaux avaient des ailes et planaient au-dessus des rives de l’Euphrate.

Alors que l’ensemble des convives glissaient dans un semi-coma provoqué par l’abus de tous ces plats, mon élégantissime ami commanda discrètement trois « petits » desserts : une kunafa, une assiette de fromages, semoule et beurre servie tiède et saupoudrée d’éclats de pistaches ; des baklavas accompagnés de crème glacée ; et un halawet el-jebn (à ce stade-ci, prononcez comme vous le pouvez), de petits rouleaux de fromage très doux, farine de riz, farcis de crème et baignant dans un sirop parfumé à l’eau de rose et à l’eau de fleur d’oranger.

Ce dernier dessert entraînera inévitablement une explosion hyperglycémique chez tout consommateur occidental normalement constitué. Aux tables voisines, l’ambiance est à la fête. L’ensemble du restaurant semble d’ailleurs pris d’une frénésie réjouissante.

Ce soir-là, je roulais dans mon lit, fort tard dans la nuit, essayant de trouver un sommeil que tant de bonnes choses repoussaient.

Je glissai dans les bras de Morphée lorsque j’eus fini de passer en revue le défilé des assiettes savourées chez Damas. Je crois que c’est une forme supérieure du bonheur.

Damas
1201, avenue Van Horne
Montréal
514 439-5435

Ouvert en soirée du mardi au dimanche. Carte des vins ficelée à l’orientale, avec beaucoup de très bons vins grecs et libanais, ainsi que de superbes araks, forts en anis, à siroter sur glace tout au long du repas.

Le meilleur chocolatier du monde

Une fois l’an, la folie du chocolat s’empare de Paris, ville folle de nature. Du 28 octobre au 1er novembre, le 21e Salon du chocolat a attiré les foules et à l’intérieur du salon, les World Chocolate Masters organisés tous les deux ans par la maison Cacao Barry en ont attiré tout autant.

La formule est simple: 20 chefs pâtissiers-chocolatiers, sélectionnés dans 20 pays, compétitionnent pendant trois jours afin d’être sacré «Meilleur chocolatier du monde». Dans cette édition, un gars de chez nous, plus précisément de Saint-Sauveur, Michaël Cotard, représentait le Canada et a présenté une pièce magnifique autour du thème de cette année: «Ce que la nature vous inspire».

Des oh ! et des ah ! ont fusé pendant toute la compétition et les concurrents ont rivalisé de créativité. Vingt candidats et à la fin, un seul gagnant. Vincent Vallée, jeune chocolatier de Anglet, au Pays basque, déjà proclamé meilleur chocolatier de France un peu plus tôt cette année, a été sacré meilleur chocolatier du monde.
1 commentaire
  • Hélène Gervais - Abonnée 6 novembre 2015 07 h 10

    Oh là là ....

    vous donnez envie d'y aller, c'est certain, à tous ceux qui vous liront.