Casser la baraque

Le resto Labarake Caserne à manger est installé dans une ancienne caserne de pompiers datant du début du siècle dernier.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le resto Labarake Caserne à manger est installé dans une ancienne caserne de pompiers datant du début du siècle dernier.

Le Petit Robert dit : « Casser la baraque. Fam. Remporter un énorme succès. » Parfois, Le Petit Robert lui-même dit des choses dont le petit Tastet doute. Je partis donc à Labarake, objet de cette critique, pour vérifier sur place si le succès retentissant de son ouverture se poursuivait et pris des notes toute la soirée dans un brouhaha relatif.

Il faut dire que, à la table voisine, un grand groupe fêtait un sexy sexa et l’ambiance était joyeuse et sympathique. De plus, ce soir-là, nos valeureux Canadiens affrontaient les méchants Bruins, un événement culturel majeur qui entraîne toujours une certaine frénésie en ville.

En fait, ce papier pourrait se résumer à ceci : maison joyeuse et sympathique. J’élabore pour le plaisir. Labarake s’est installé dans une ancienne caserne de pompiers datant du début du siècle dernier, à l’époque où le Canadien Pacifique employait quelques milliers de personnes en leur faisant construire les locomotives de l’avenir. Le temps passe et les usines ferment, ici comme ailleurs. Le quartier revit depuis quelques années et Labarake participe à cette renaissance.

Une salle vaste et aérée

 

La salle est très belle, vaste, aérée ; beaucoup de brique, de bois et le métal lourd des chaises, tout cela contribue à donner une âme à l’endroit. De longues tables que l’on regroupe à l’occasion lorsqu’un sexy sexa est fêté. Le volume sonore est élevé, mais sans assourdir, ce qui veut dire que l’on s’entend quand même assez bien d’une place à l’autre.

La carte ressemble à ce qu’on trouve dans une brasserie à la française : des plats assez simples facilement assimilables et un éventail de choix suffisant. Les propriétaires semblent avoir voulu garder le tout aussi simple que possible, tout en proposant des plats bien faits.

Ce soir-là, quelques calmars en lanières dans une chapelure parfaitement croustillante et des croquettes de crabe servies avec un concassé de tomates généreusement aillé permettent d’aborder le reste des réjouissances dans la bonne humeur ambiante.

Suivent des plats principaux qui, à eux seuls, pourraient nourrir plusieurs ouvriers affamés. Les côtes levées de boeuf braisées, que la maison appelle short ribs, peut-être pour rappeler que la classe ouvrière de l’époque comptait de l’Irlandais à profusion qui travaillait pour le « cipi ».

La portion est généreuse et les côtes reposent sur un lit d’onctueuse purée de céleri-rave. Une idée de sirop d’érable, quelques évocations de soya et de balsamique, et l’affaire est réglée. La vitesse à laquelle Clément nettoya consciencieusement son assiette constitue un indicateur de la qualité de celle-ci.

Sans gluten ni lactose

 

Effort louable, Labarake offre plusieurs plats sans gluten et sans lactose ; le poulet façon portugaise en fait partie. Cuisson parfaite et, ici encore, le chef avait choisi un poulet de Cornouailles très généreux de lui-même.

Pour sortir de mes sentiers battus habituellement, je tombais dans le burger de boeuf, du boeuf Angus, bien entendu. Un burger comme à la maison, avec de la viande de qualité cuite parfaitement, une purée d’oignons caramélisés, un peu de bacon, suffisamment de laitue et de tomate, une petite tranche de vieux cheddar et à côté, une mayonnaise aux cornichons.

Vient avec cet amoncellement savoureux un grand cornet de belles frites. Tout est exactement comme on avait imaginé que ce serait.

 

Pour conclure la soirée, il est difficile de résister à la présence dans la catégorie desserts de certaines propositions frisant l’indécence. Cette mousse de chocolat soulignée de zestes d’orange, par exemple, constitue un bel épilogue à un repas savoureux. La maison Cacao Barry signe des chocolats impeccables, Alunga et Inaya en l’occurrence. On l’en remercie chaleureusement.

Les midis sont également animés ici, les gourmands du quartier ayant repéré la bonne adresse dès son ouverture, il y a un peu plus d’un an. La maison propose une formule au nom qui rappelle en un clin d’oeil le passé industriel de ce coin de Montréal, « Le repas des ouvriers ». Le petit ouvrier contemporain trouvera chaque jour sur les réseaux sociaux la proposition en vigueur pour son midi.

Labarake Caserne à manger, 3165, rue Rachel Est, Montréal, 514 521-0777. Ouvert à midi du lundi au vendredi et sept soirs sur sept, et dès 10 h pour le brunch dominical. À midi, entrées de 8 $ à 14 $, plats principaux de 14 $ à 23 $ et desserts de 8 $ à 13 $.

En soirée, pour deux personnes, préparez un billet brun et prévoyez quelque monnaie supplémentaire au cas où vous craqueriez pour un de ces jolis flacons dont mon collègue assoiffé dit le plus grand bien.

 

En effet, des propositions côté bouteilles, l’éminent monsieur Aubry dit : « J’aime bien cette carte. Pas une once de prétention, des prix dosés au millilitre près et un choix à faire saliver tous les chroniqueurs et blogueurs vins du Québec. » Labarake propose également de l’eau plate ou gazéifiée pour deux petits dollars. Sait-on jamais.

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