Escale gourmande sur le chemin du Roy

L’auberge Aux quatre délices, à Neuville, est située dans la Maison Denis, un solide bâtiment de pierre construit sous le régime français. Un jeune couple en a fait une coquette auberge (quelques chambres et une suite) et un restaurant ayant acquis une excellente réputation.
Photo: Francis Vachon Le Devoir L’auberge Aux quatre délices, à Neuville, est située dans la Maison Denis, un solide bâtiment de pierre construit sous le régime français. Un jeune couple en a fait une coquette auberge (quelques chambres et une suite) et un restaurant ayant acquis une excellente réputation.

Pendant longtemps, c’est en calèche ou en carriole que l’on entreprenait le long déplacement par voie terrestre entre Québec et Montréal. Fourgons postaux et diligences empruntaient le chemin du Roy, dont le tracé remonte à l’époque de la Nouvelle-France.

Une vingtaine de cabarets et d’auberges servaient de relais tout au long du trajet, offrant gîte et couvert aux voyageurs, afin de ponctuer un périple qui pouvait prendre jusqu’à quatre jours !

Même si on l’appelle maintenant la route 138 — et que sa grande soeur, l’autoroute 40, lui ravit la plus grande part des voyageurs —, ce chemin conserve un je-ne-sais-quoi de romantique, traversant sinueusement les magnifiques villages de la rive nord du fleuve Saint-Laurent.

C’est à Neuville, plus précisément à l’auberge Aux quatre délices, que nous décidons de nous restaurer.

Premier relais

L’auberge Aux quatre délices est située dans la Maison Denis, un solide bâtiment de pierre construit sous le Régime français. Il a appartenu à plusieurs propriétaires successifs et a même déjà abrité un petit musée local, avant d’être acquis par un jeune couple qui en a fait une coquette auberge (quelques chambres et une suite) et un restaurant ayant acquis une excellente réputation.

Bien installés en ce chaleureux écrin de pierres des champs et de poutres patinées par le temps, nous étudions le menu. Le terroir, naturellement, est à l’honneur. Mon compagnon opte pour un croûton au brie d’Alexis pour débuter.

La pâte fleurie bien crémeuse de la fromagerie Alexis de Portneuf fait écho aux pacanes grillées, cette « richesse » étant heureusement tempérée par la compote de canneberges au vin rouge et sirop d’érable. Une valeur sûre.

Mon duo de terrines de gibier constitue une entrée en matière fort agréable. Les parts généreuses sont servies avec quelques croûtons, une verdurette bien fraîche, quelques tomates-cerises et un beau confit d’oignons. L’appétit, bien émoustillé, est en alerte pour la suite.

Au temps des moulins

On oublie parfois à quel point notre confort actuel le doit à la modernité. Nos ancêtres, eux, tiraient profit des forces naturelles en érigeant de nombreux moulins, autant à vent qu’à eau.

Le secteur où nous nous trouvons en conserve quelques-uns, dont ceux de Grondines (1674) et de La Chevrotière (1802), ainsi que le Moulin Marcoux (1870) de Pont-Rouge, qui peuvent encore être visités.

D’autres n’ont pas résisté aux affres du temps : c’est le cas de trois moulins de Neuville, structures du XIXe siècle dont les vestiges ont en revanche suggéré le nom du vignoble qui s’y trouve aujourd’hui.

Faisant honneur au terroir local, nous choisissons donc une bouteille de Moulin à carde 2013 du Domaine des 3 moulins.

Ce vin rouge élaboré à partir du cépage Maréchal Foch et élevé en fût de chêne n’est cependant disponible qu’au vignoble, ainsi qu’à certaines tables régionales, dont celle de l’auberge Aux quatre délices.

Une robuste étape

Je me suis décidée pour un steak signature 4 délices AAA. Il s’agit d’une très belle pièce de viande, tendre et apprêtée avec une sauce demi-glace au vin rouge.

L’assiette est complétée par des pommes de terre grelots, des légumes rôtis et une salade panachée. On ressent l’amour du chef à chaque bouchée.

Cela permet d’oublier un peu la chaleur ambiante… car, dans cette demeure centenaire, on a préféré laisser closes les fenêtres dépourvues de moustiquaires plutôt que de laisser entrer des armées de bestioles voraces.

Mon comparse se régale sans sourciller. Il a jeté son dévolu sur le burger cochon, dont la boulette de porc haché est mise en valeur par le fromage cheddar fort, le bacon, les pommes, les oignons frits et la mayonnaise érable et Dijon.

Une petite part de chips maison et une verdurette sont servis en accompagnement, sans surcharger inutilement.

Est-ce la promenade au grand air effectuée pendant l’après-midi qui m’a ainsi creusé l’appétit ? Je n’ai aucun mal à faire honneur à la crème brulée au parfum de cardamome et vanille, coiffée de quelques fraises d’automne, qui vient conclure ce périple sur le chemin du Roy.

Nous nous félicitons cependant de pouvoir franchir la distance entre Québec et Neuville en 20 minutes à peine, au lieu de la demi-journée requise au temps des calèches !

Les plus : un cachet splendide, au diapason de la richesse des produits du terroir parfaitement apprêtés et mis en valeur en cuisine.

Les moins : l’aération de cette maison ancestrale n’est pas optimale. Dans la salle à manger bondée, la chaleur est vite devenue incommodante.

Nourriture seulement, avant les taxes, pour deux : 77 $.

Coût total du repas incluant alcool, taxes et service, pour deux : 147 $.