Pluie d’étoiles à Bromont

Le restaurant Lumami se trouve dans l’environnement très apaisant du spa Balnea, à Bromont.
Photo: Jean-Philippe Tastet Le restaurant Lumami se trouve dans l’environnement très apaisant du spa Balnea, à Bromont.

C’est un bonheur particulier de vous parler de cette table. Une pluie de bonheurs, en fait, l’avant-repas, le repas et l’après-repas ayant été également exceptionnels. Le restaurant s’appelle Lumami et se trouve dans l’environnement très apaisant du spa Balnea, à Bromont.

Je vous laisserai faire vos propres recherches — vous verrez, c’est fascinant — sur l’umami, cette saveur de base si chère au coeur des Japonais, la cinquième avec le sucré, l’acide, l’amer et le salé.

Appeler son restaurant « Délicieux » peut paraître prétentieux, mais ici, ce ne l’est pas. C’est, au contraire, judicieux, justifié et annonciateur de très beaux moments à table. Je crois bien y avoir passé les meilleurs de mes 12 derniers mois.

Midi et soir, les assiettes préparées par le chef S’Arto Chartier-Otis sont d’une élégance remarquable. N’allez pas croire que, parce que le restaurant se trouve dans un spa, vous mangerez des graines et deux ou trois feuilles d’un légume à la mode, en buvant de l’eau de source. Midi et soir, on sort de table repu et léger, l’oeil guilleret et l’estomac réjoui.

La réhydratation

Pour ce qui est de la réhydratation, la sommelière Élyse Lambert a veillé à faire de belles propositions. Dans le doute, vous pourriez choisir une bouteille de Bourgogne de chez Joseph Roty, un pinot noir qui a des qualités anxiolytiques établies.

Le chef Chartier-Otis sculpte au ciseau fin. Les clients le voient bien. Il respire au rythme des saisons. Ces mêmes clients le sentent bien. Le chef a affiné ses papilles au pays du Soleil levant. Dans la salle du Lumami, on sent que les papilles des clients, toutes origines confondues, en sont toutes bouleversées.

Les portions de chaque plat sont exactement ce que réclame votre cerveau. Après quelques bouchées, votre estomac accepte que ce ne soit pas lui qui commande. Il manifestera son contentement longtemps après que vous aurez quitté les lieux. Je crois avoir goûté l’ensemble du menu et ne me résous pas à choisir tel ou tel plat pour vous en parler, tant tout était indiscutablement réussi.

Peut-être ces petites carottes rôties, yogourt fumé et oeuf de truite dégustées en terrasse au milieu du chant des oiseaux ?

À moins que je vous dise la quasi-extase qui s’abattit sur notre table lorsque nous eûmes goûté ce tartare de canard de la Canardière, accompagné de choux, umeboshi, shiso et foie gras fumé ?

Le recueillement

En soirée, le chef propose un menu dégustation en cinq services. Nous étions quatre à table, quatre amis qui aiment partager nos expériences gastronomiques et échanger sur tel ou tel plat, les choix du chef du moment, les produits utilisés.

Certains soirs, les échanges sont très animés. Ce soir-là, au Lumami, on se serait crus dans un monastère au moment mystique du repas, chacun plongé dans son recueillement, chacun étourdi par tant de beauté.

Je crois même avoir vu une larme rouler sur la joue de Jean-Pierre, pourtant habitué qu’il est à l’éblouissement culinaire avec son épouse et son fils étoilé danois.

Je restais très concentré sur cette bolinette de radis rôtis accompagnés d’un très léger beurre d’huîtres fumées, d’un peu d’oseille et de mélilot. Je doutais que des radis puissent s’accommoder de cuisson. Je ne doute plus.

Le tataki de thon blanc, concombre au wasabi et pomme au gingembre me permit de prolonger ma réflexion, et le poulet au foin, oeuf, asperges, shiitakes et kimchee sur un bol de ramen au miso de Massawippi et cardamome noire m’emmena à un stade de méditation jusque-là inconnu.

Une bonne partie de la soirée, j’ai tenté d’ignorer la douceur et la justesse du service assuré par Katrine, trop de bonheur risquant de m’emporter vers ces débordements d’émotion qui gagnaient peu à peu mes convives.

J’aime garder une certaine contenance dans les moments les plus intenses de la vie. Un passage à cette table figure dans la liste de tels moments.

Son millefeuille déconstruit, généreusement farci de crème à la verveine, vaudra sans doute au chef une médaille lors d’une compétition future.

Il lui vaut ici une poignée d’étoiles supplémentaires. Peut-être deux ou trois également pour sa version japonisante du gâteau au fromage et ses champignons lactés parfaitement confits.

Le bonheur proche

Le Lumami est à une heure de route de Montréal. Jamais le bonheur n’aura été aussi proche de vous.

Si vous aimez vraiment votre moitié, une journée ou même un après-midi sur le site du spa lui prouvera combien toutes ces années de vie commune ont eu peu d’impact sur la profondeur de vos sentiments.

Marie en est revenue bouleversée autant que moi.

Lumami

319, chemin du lac Gale
Bromont 
450 534-0604

Ouvert de midi à 19 h du dimanche au jeudi et de midi à 21 h les vendredi et samedi. Entrées de 8 $ à 10 $, plats principaux de 18 $ à 21 $, desserts de 7 $ à 9 $.

 

De la carte des vins, tout en déplorant l’absence de champagnes à moins de 100 $, comme c’est souvent le cas dans de nombreuses maisons chez nous, Jean Aubry dit qu’il s’agit de « propositions honnêtes, avec de beaux produits vendus à prix très corrects ». Si Jean le dit…