Lili.Co, prise 2: très belle prise

En entrant dans ce nouveau Lili.Co, on éprouve le plaisir que l’on a à retrouver un ami ou une amie d’enfance qui aurait vieilli en beauté.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir En entrant dans ce nouveau Lili.Co, on éprouve le plaisir que l’on a à retrouver un ami ou une amie d’enfance qui aurait vieilli en beauté.

Lorsque le premier a été un succès, l’accueil du deuxième est toujours plus difficile. Roman, film ou disque, les experts semblent vous attendre au détour. Dans le cas d’un restaurant, c’est pire, les experts étant si nombreux ; à l’heure du Web, tout le monde est expert autoproclamé après une visite et quelques jolies photos.

Cette nouvelle mouture de Lili.Co comblera de joie tout le monde, à commencer par ceux qui avaient aimé l’ancienne adresse. Travail en cuisine et en salle, contenu et contenant. L’intersection du boulevard Saint-Laurent et de la rue Villeneuve bourdonne et trois bonnes adresses s’y trouvent. Lili.Co est la plus récente addition. À votre bon coeur.

Créer de l’espace

En entrant dans ce nouveau Lili.Co, on éprouve le plaisir que l’on a à retrouver, des années plus tard, un ami ou une amie d’enfance qui aurait vieilli en beauté. Aux murs, on reconnaît ce beau visage croisé jadis dans l’ancienne adresse et sorti de l’imagination débridée de Martin Lachapelle-Babineau, artiste en pleine ascension et dont on s’arrachera bientôt les oeuvres. Croisée sur les lieux, la jeune vedette très amaigrie et affaiblie par tant de créations murales avait malgré tout l’oeil pétillant et la verve généreuse.

Les patrons ont veillé à créer ici ce qui leur manquait là-bas, essentiellement de l’espace. Suffisamment de place pour accueillir une quarantaine de clients et pour que la brigade sautille artistiquement. Si vous avez le dos sensible, vous préférerez les tables du fond avec banquettes moelleuses. Si vous passez avec la prochaine femme de votre vie ou le futur père de vos enfants, les tabourets suffiront.

Ingrédients originaux

La cuisine du chef Pellizzari a pris elle aussi un peu plus d’aise, plats plus soignés dans l’esthétique contemporaine de rigueur, incursion dans des périmètres plus audacieux, parti pris affirmé de sélection d’ingrédients originaux, privilège accordé aux produits locaux. D’un bout à l’autre du repas, beaucoup de soin dans le montage des assiettes, beaucoup de recherche aussi et d’originalité.

Bien sûr, les âmes sensibles lui reprocheront son amour confirmé des abats. Les fâcheux devraient cependant penser que l’on doit constamment veiller à ne pas gaspiller. On saura donc gré au chef de mettre sur la table le maximum de ce qui est comestible dans une bête de boucherie.

J’avais été intrigué par cette « Couille d’agneau frite (sic), coulis d’amélanches, aïoli citron, radis, relish de panais » entrevue, solitaire, au menu affiché à la porte du restaurant. Bien que le plat soit considéré comme un mets délicat dans de nombreux pays, chez nous, la chose est largement boycottée et bannie de nos assiettes. J’avais pourtant imaginé des dialogues épiques entre les serveuses et le volubile professeur Routy, les équipes de chercheurs de ce dernier étant très friandes de coucougnettes dans leurs travaux de pointe sur le traitement du sida.

Nous nous rabattîmes sur de la langue de ce même agneau, marinée et détaillée à 4 $, un cadeau, et sur une petite assiette de phoque gris fumé, moutarde, feuille de céleri, radis. Les aiguillettes de viande étaient aussi accompagnées d’érythrone et d’oxalis (gros scores au Scrabble), soit de l’ail doux et de petites fleurs tendres.

Un sens de l’humour particulier

Comme la plupart des natifs de Brantford, Ontario, le chef a un sens de l’humour particulier. Ainsi, dans l’intitulé de plusieurs plats au menu, il met l’élément principal en second. Vous croyez prendre des têtes de violon à l’orange et vous vous retrouvez avec une assiette de joue de porc confite, gremolata aux pousses d’hémérocalles grillées et parmesan. Même facétie avec le riz gluant qui, en fait, soutient un effiloché d’épaule de porc souligné de jus de shitake, le tout posé sur une feuille de bananier. Il doit y avoir une raison pour la présence de la feuille, mais ne venant pas de Brantford, elle m’a échappé. Vous pourrez demander, le chef aime dialoguer avec son public.

Vous pourriez également en profiter pour lui dire que c’est une très bonne idée de proposer, pour deux petits dollars, du pain de chez Guillaume accompagné de beurre de la laiterie Chagnon, saupoudré d’une pincée de fleur de sel, et que cette note en astérisque sur le menu et sur la carte des vins — « * Nos prix incluent les taxes » — est une excellente initiative.

À cette saison, on résiste difficilement aux asperges et le chef a la bonne idée de leur offrir une escorte de pleurotes grillés et de fromage frais en y ajoutant quelques notes de citron, de parmesan et une demi-note de poivre japonais.

Les deux assiettes de pétoncles et d’omble chevalier disparaissent à la vitesse de l’éclair. La bisque de crabe du premier ainsi que l’ensemble des accompagnements du second — gnocchis aux carottes, pousses d’hémérocalle, poutargue de capelan et crème fraîche — y sont certainement pour quelque chose.

Au célèbre professeur, la jeune serveuse parle avec tant d’enthousiasme des crevettes nordiques grillées que l’on se sent obligés de craquer. On nettoie consciencieusement la sauce au jaune d’oeuf salé sans obligation aucune et on applaudit à la fin.

Comme il est de bon ton de le faire à l’heure actuelle, les cuisiniers noircissent un ou deux ingrédients au menu. Ici, ce sera le poireau. Les pommes de terre Juliette fondantes, les choux de Bruxelles, les moules et le piment d’Alep qui accompagnent la chose noircie s’en accommodent parfaitement.

La cuisson du foie d’agneau laissait à désirer. On ne peut pas être parfait tout le temps. J’en reprendrai la prochaine fois pour voir.

La maison propose un trio de desserts suffisamment intrigant pour qu’on tombe dedans. Comme dans les plats précédents, on constate travail et application. Les deux premiers passeront à la postérité, autant le beignet dodu, mousse de banane, crème au beurre à l’expresso et idée de cannelle, que la panna cotta servie très justement avec des baies de genièvre, une touche de babeurre fermenté et un assemblage (un peu hétéroclite, cependant) de litchi, de melon, de cerise de terre et de granité d’orange.

La délicieuse tartelette aux pommes, cheddar fumé, foie gras poêlé, beurre de pomme, sirop d’érable chaud au poivre noir est un dada du chef. On n’est pas obligés d’enfourcher.

Lili.Co

4675, boulevard Saint-Laurent
Montréal
514 507-7278

Ouvert à midi du mercredi au vendredi et en soirée du mardi au dimanche. Brunch dominical où l’on se presse à juste titre. Le menu contient 24 propositions au prix moyen de 12,30 $, ce qui, compte tenu de la qualité générale de la prestation, classe la maison dans la catégorie «Ami du porte-monnaie».

 

De la carte des vins, Jean Aubry dit ceci : «Carte étudiée avec de jolies perles telles ce Sancerre de Boulay ou cet arbois pupillin jurassique. On s'inscrit ici dans la tendance vins nature, mais du bon, c’est déjà ça !»



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