Évasion gustative sous des cieux ensoleillés

Photo: Renaud Philippe Le Devoir

Fin de l’hiver… Ce qui, au Québec, signifie des jours encore froids ponctués de rayons chauds. Et un besoin impérieux d’évasion. À défaut de billets d’avion pour le Sud, on se rabat sur une virée symbolique dont l’assiette sera le viatique ! Après quelques petites recherches, j’opte pour un lieu dont le nom à consonance méditerranéenne semble prometteur, Olio, boulevard Laurier à Québec. Il est justement situé au rez-de-chaussée de l’hôtel Classique, ce qui conforte l’idée de voyage. C’est parti.

Tapas et compagnie

Tiens, débutons par le potage du jour. La formule « 4 tapas » m’intéresse car elle fournira l’occasion de goûter à plusieurs mets. Le serveur m’assure que les portions sont raisonnables, quelques bouchées chacune. J’y vais donc pour le gravlax de saumon, le tataki de thon rouge, les moules façon espagnole et le carpaccio de boeuf, nouveau sur la carte. Mon invité, d’humeur carnivore, finit par se décider pour le tartare de boeuf suivi de côtes levées.

Pour humecter honorablement nos gosiers, nous optons pour des vins en importation privée : un verre de Lumo Pinot Grigio d’Italie pour moi et un Quinta Revolta Reserva du Douro, au Portugal, pour lui. En attendant nos plats, la corbeille de petits pains est la bienvenue, surtout ceux aux olives noires.

L’atmosphère est lumineuse en ce début de soirée — et, comme le chantait un humoriste bien connu, Les journées rallongent ! —, ce qui nous permettra de bénéficier des ors et des rosés du soleil couchant pendant une partie du repas. Vivement les terrasses… mais ça, c’est une autre histoire.

Après une raisonnable attente, les entrées sont apportées. J’attaque avec appétit ma crème de brocoli et courgettes. La texture est idéale et il y a un bel équilibre des deux légumes verts, où on sent poindre un délicat goût de beurre qui me plaît. Ça se passe aussi très bien de l’autre côté de la table. Servi sur planche de bois, le tartare de boeuf est façonné en gros dé surmonté d’un oeuf de caille frit, accompagné d’une fine tranche de pain grillé et de verdurette. De cette viande bien apprêtée, mon compagnon ne fait qu’une bouchée.

Suivent ensuite les plats principaux ou, dans mon cas, le cortège de tapas. Heureusement que la table est grande ! Son entrée ne l’ayant manifestement pas sustenté, Dave entame joyeusement la consistante portion de côtes levées nappées d’une sauce écarlate et parfumée, flanquée d’une part de frites et d’une salade de chou rouge.

La chair est succulente et, surtout, remarquablement tendre — ce qui, pour cette coupe de viande, révèle une cuisson bien maîtrisée.

J’entame mon tataki de thon. Les petits carrés ont été disposés sur un lit d’endives, de concombre et d’amandes grillées, avec quelques traits de vinaigrette aromatisée au thé chaï. Si le poisson a été saisi comme il se doit et que la présentation ne manque pas de raffinement, la saveur n’est pas au rendez-vous. On a été un peu timide sur les assaisonnements… et l’ensemble manque singulièrement de personnalité.

Dans l’assiette suivante, en revanche, la saveur ne fait pas défaut. Les moules façon espagnole sont apprêtées avec du vin blanc, du poivron, de la tomate, de l’oignon, de l’ail et des fines herbes.

C’est très relevé, ce qui me plaît bien. Seul bémol : près du quart des moules ne sont pas ouvertes. Aurait-on gagné à les laisser cuire une minute de plus ? Sans doute.

J’avais bien hâte d’essayer le gravlax de saumon. Nous y voici. Les deux parts de poisson bien frais prennent place dans l’assiette rectangulaire, accueillant chacune un cube de gélatine au cosmo. Cosmo ? C’est un mélange de vodka et de triple-sec que l’on a fait « prendre » au moyen d’une gelée de canneberge.

Le jour et la nuit

Chacun des monticules est coiffé d’un blini (minicrêpe salée). L’harmonie visuelle est cette fois en accord avec ce qui se passe en bouche : c’est délicat, mais savoureux. Il s’agit définitivement du « moment wow » de mon repas ! J’en aurais volontiers pris une troisième bouchée.

Pour clore mon quatuor de tapas, c’est le carpaccio : les fines tranches de boeuf cru sont parsemées de sel d’olives Kalamata, de roquette et de filaments de pommes frites bien croustillants. C’est très bon et équilibré, rien à redire !

Le jour a progressivement laissé place à la nuit. Avons-nous encore faim pour le dessert ? Pour dire vrai, pas vraiment. Mais je suis intriguée par la crème brûlée parfumée au thym et à la limette. J’aime essayer de nouvelles harmonies de saveurs, alors je me « dévoue ». Tout compte fait, c’était une bonne idée : l’arôme caractéristique du thym confère une note pimpante au sucré en répondant bien à l’acidulé de l’agrume. Belle trouvaille.

En digne Beauceron, mon compagnon ne peut passer outre au gâteau… « jarret noir ». Il s’agit d’un copieux étagé chocolaté déposé, tout comme l’était mon propre dessert, sur un trait de coulis de chocolat agrémenté de quelques tranches d’agrumes. Moelleux à souhait : une belle finale.

Vous me permettrez de conclure sur un petit constat et un voeu. J’écrivais récemment, en ces pages, que le milieu de la restauration à Québec manque de variété. L’offre de restos par habitant est considérable, mais il faut admettre qu’il s’agit, pour une grande part, de lieux se distinguant à peine les uns des autres, tant dans le menu que dans l’ambiance.

Partout, les mêmes tartares et les mêmes desserts, partout, les mêmes éclairages et pièces musicales lounge. Bien fait, oui, mais convenu…

J’espère avoir bientôt le plaisir d’être véritablement surprise par ce qui me sera proposé. Parce qu’à vouloir plaire à tous, on n’impressionne plus personne.

Olio cuisine découverte

2815, boulevard Laurier
Québec
418 658-2583
olioresto.ca

Les plus: la formule des tapas, dont plusieurs valent vraiment la peine d’être essayés. Service courtois et sympathique.

Les moins: un bon resto, certes, mais qui ne se démarque pas vraiment. Attention aux assaisonnements trop peu affirmés.

Le prix payé: nourriture seulement, avant taxes, pour deux: 80 $. En incluant l’alcool, les taxes et le service, pour deux: 130 $.