Quand la Bulgarie rencontre l’ancienne Lusitanie… à Québec

Le Poulet portugais, à Québec, est un resto ultrasimple mais coquet.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le Poulet portugais, à Québec, est un resto ultrasimple mais coquet.

D’aucuns reprochent aux restaurateurs de Québec — et ils n’ont pas tout à fait tort — le manque de variété proposé aux papilles des gourmands. Si le bistro à l’européenne et la cuisine française sont omniprésents dans le paysage alimentaire d’ici, l’offre en gastronomie internationale est plutôt restreinte.

Passé l’italien, le grec et le japonais, vous conviendrez avec moi que les cuisines authentiquement ethniques sont bien rares. Il est donc intéressant de découvrir les quelques exceptions que recèle la cité de Champlain.

Curieuse d’essayer le poulet « à la portugaise », l’un des fleurons du patrimoine alimentaire de la péninsule ibérique, et aussi désireuse de pimenter un peu cet hiver prodigieusement glacial (frette, en bon québécois), j’ai mis le cap sur le Poulet portugais.

Oh, j’avais déjà aperçu la jolie devanture sans prétention qui donne sur la rue Saint-Jean… mais je remettais toujours l’excursion à plus tard. C’est quand j’ai appris qu’on y servait depuis décembre de la pieuvre grillée que j’ai décidé d’aller explorer l’endroit. Poulet ou pieuvre ? Il serait toujours temps de me décider sur place !

Simplicité volontaire

On m’avait décrit l’endroit comme décontracté. C’est le cas. Ne soyez pas étonnés : en passant la porte, vous entrez dans un cocon chaleureux, ultrasimple mais coquet. Ici, pas de service aux tables. Il s’agit d’une formule libre-service évoquant la cafétéria, où l’on va passer soi-même sa commande.

De beaux tableaux colorés égaient les murs. Y sont bienvenus aussi bien les petits groupes — comme notre trio d’affamés — que les plus grands. La salle à manger est d’ailleurs entièrement modulable avec ses banquettes, ses grosses chaises coussinées et ses paravents de tissu pouvant être abaissés ou relevés selon l’importance des tablées.

Le menu est assez restreint. Que des plats principaux, pas d’entrées ni même de desserts. Mais dans l’air flotte une odeur, ma foi, fort appétissante.

Ode à l’octopode

Ne cherchez pas la pieuvre dans le menu affiché sur le site Web : elle n’y figure pas encore. Lancée en décembre dernier, cette nouveauté ne restera sans doute pas inconnue bien longtemps. D’autant plus que les restos de Québec où l’on peut déguster de la pieuvre se comptent sur les doigts d’une main !

Je jette mon dévolu sur l’octopode… avec l’option « je goûte à ton poulet portugais » sur l’assiette de mon conjoint, qui a choisi la poitrine. Le copain qui nous accompagne a opté pour deux cuisses. Après une quinzaine de minutes, tout est prêt, alors nous récupérons nos plateaux au comptoir.

Mon assiette se présente comme suit : figurez-vous trois larges tranches de pommes de terre assaisonnées et généreusement garnies de beaux tronçons de tentacules grillés. La chair est tendre, légèrement grillée par endroits, soit une texture idéale.

Le mélange des saveurs, où dominent le piri-piri et le cumin, me plaît instantanément. Un petit monticule de riz blanc équilibre l’ensemble.

Quant à la volaille, elle remporte l’adhésion de mes deux comparses. Tant pour l’assiette « deux cuisses » que pour l’assiette « poitrine », le poulet est accompagné d’une bonne portion de frites bien croustillantes et d’un peu de salade de chou.

Les puristes y trouveront donc leurs repères. Verdict, selon ces messieurs ? Délicieux ! Mais je ne me fie pas seulement à leurs mines réjouies et à leurs expressions enthousiastes : je me dévoue (hum, hum) et je goûte aussi. Et je me range de bonne grâce à leur avis puisque c’est effectivement fort bon.

J’aurais aimé profiter du déplacement pour goûter à plus de mets. S’il y avait eu une option de type « assiette de dégustation » avec un pilon, un peu de pieuvre et une part de kyufté bulgare, ces typiques boulettes de porc aux arômes d’oignon, de poivre et de cumin, il est certain que je l’aurais choisie.

Pas de desserts ? Étonnant, mais pas dramatique puisque la générosité des assiettes a fait son oeuvre et qu’on n’a finalement aucune envie d’avaler autre chose.

Quelle cuisine?

Au Poulet portugais, la volaille fait d’abord un petit séjour dans une marinade maison où le paprika est très présent. La durée de la trempette détermine le degré de « piquant ». La bête est ensuite ouverte pour cuire en crapaudine sur un feu de charbon de bois d’érable, ce qui lui confère un fumet incomparable.

On a donc techniquement affaire à du poulet rôti, mais dans une déclinaison qui nous change très agréablement de la célèbre « chaîne-de-restos-à-la-crête-rouge » à laquelle nous sommes accoutumés. Les autres viandes proposées, notamment le porc, suivent un traitement analogue.

Bon, il s’en trouvera pour objecter que cela ne goûte pas exactement comme le poulet portugais. C’est bien possible. Mais on pourrait dire la même chose des nigiris, sashimis et autres makis que l’on trouve au Québec, dont la taille et la composition surprendraient sans doute les Japonais… et que l’auteure Amélie Nothomb a moqueusement baptisés « sushis pour bûcherons ».

Que voulez-vous, la bouffe voyage et s’adapte. On est multiculturel ou on ne l’est pas. Si on accepte ce postulat, les mets proposés au Poulet portugais sont absolument délicieux.

C’est que le chef propriétaire, Stoyan Napoleonov, est un globetrotteur d’origine bulgare qui a résidé et travaillé dans plusieurs pays, dont quatre ans au Portugal, avant de s’établir au Québec.

Ces multiples influences se font d’ailleurs sentir dans ses deux succursales de l’Artisan charcutier, dont l’une a ouvert ses portes à Limoilou en 2009 et l’autre se trouve à même le restaurant dont je vous parle ici.

Outre le jambon, le bacon et les charcuteries plus courantes, on peut s’y procurer une grande variété de saucisses fraîches dont des soujouks (arméniennes piquantes à l’agneau) et d’appétissantes rosettes bulgares. D’ailleurs, plusieurs restos de Québec les mettent maintenant au menu !

Vraiment un endroit à découvrir entre collègues ou en famille, tant le midi qu’en soirée.

Poulet portugais

203, rue Saint-Jean
Québec
418 204-3300
pouletportugais.net
 

Les plus on se régale à petit prix et dans une ambiance totalement décoincée ; c’est un resto «Apportez votre alcool», alors pensez à vous munir du nécessaire si vous le souhaitez.

 

Les moins des portions mini, d’entrées ou de formats « découverte » permettraient de goûter à tout ou d’y initier des enfants. On pourrait aussi envisager d’offrir une touche sucrée pour la fin.

 

La note : 45 $ pour deux, incluant taxes et service.