Santa Maria de Las Flores

Au Mesón, rue Villeray à Montréal, on pioche dans le répertoire solide de la cuisine espagnole.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Au Mesón, rue Villeray à Montréal, on pioche dans le répertoire solide de la cuisine espagnole.

Dans une vie antérieure, j’ai croisé Marie-Fleur Saint-Pierre sur la place d’un petit village andalou entre Séville et Grenade. J’étais attablé à la terrasse d’une auberge, parlant musique et art avec quelques amis, lorsqu’on entendit grossir une musique endiablée. Débouchèrent sur la place une douzaine d’hurluberlus, Victor et Pedro castagnettes au vent, Sebastian au tambourin.

Au milieu des regards enflammés, toute robe déployée, tournoyant et virevoltant au rythme des guitares, Marie-Fleur semblait voler. Sur le ton appréciatif du connaisseur, mon voisin de table me souffla : « ¡Ay Hombre ! Maria de Las Flores ¡Una bomba ! »

J’ai croisé à nouveau la Maria en question il y a quelques jours. Elle avait installé ses pénates avec ses compagnons de fiesta rue Villeray, dans une jolie auberge.

Dehors, il faisait au moins 8000 degrés sous zéro, Celsius et Fahrenheit confondus, et la glace des trottoirs semblait vouloir partir à l’assaut des maisons. De toutes les maisons, sauf de Mesón, cet estaminet qui attire les foules. Marie-Fleur y cuisine.

Toute cette joyeuse troupe avait, à deux pas de là, une belle adresse où l’on pouvait déguster des tapas de luxe. Ça s’appelle Tapéo et les tapas y sont vraiment exceptionnelles. Voulant sans doute élargir leur éventail gastronomique, les quatre mousquetaires ont ouvert ce Mesón où l’on pioche dans le répertoire plus solide de la cuisine espagnole.

Le décor est aussi espagnol que possible, rue Villeray ou ailleurs hors péninsule ibérique, lorsqu’on aime l’Espagne. L’ambiance est celle que l’on trouve dans les restos intelligemment branchés. Tranches d’âges mélangées, sourires partagés. En fond de salle, la cuisine s’active, Marie-Fleur avec son flamenco culinaire chauffe la brigade.

Sorte de Ronaldo du service en salle, Miguel Rodrigues prodigue conseils et suggestions. On n’a pas commencé que déjà le bonheur s’installe. Miguel, en pro, a tout de suite repéré qu’à notre table, la VIP était ma belle-mère.

Cécile a droit aux attentions de première classe dues à son rang de très élégante octogénaire. Marie suit en classe affaires. Devant tant de sollicitude, je mange mes émotions en classe économique.

Quatre entrées de corrida : 1. croquettes de serrano et béchamel un peu ordinaires ; 2. calmars frits, sauce tomate, caciocavallo fumé et aïoli qui retiennent l’attention ; 3. caille avec sauce clavijo et salade de persil, qui donne envie de déménager en Espagne sur-le-champ ; 4. pieuvre très souple, enveloppée de paprika fumé et accompagnée de pommes de terre, qui frise l’indécence tant on veut y plonger les mains et se rouler dans l’assiette.

Trois plats principaux que l’on aborde avec le sens du devoir à accomplir, tant on est déjà comblés par les entrées. Un faux-filet de boeuf, rub espagnol et frites à la moelle, qui fait honneur aux boeufs du monde entier. Ce rub très pertinent enveloppe parfaitement la viande et la beauté des frites fait pardonner le fait que la viande soit saignante au lieu du bleu demandé.

Suit une gargantuesque bouillabaisse espagnole de turbot et moules. Tout est si parfaitement espagnol dans cette zarzuela qu’on suspecte quelque esclave ibérique enchaîné au sous-sol du restaurant et oeuvrant méticuleusement à monter de si belles assiettes.

Sensible aux regards de velours du grand serveur, Cécile tombe à bras raccourcis dans la morue au four, picore sa salade de pommes de terre et émet quelque réserve sur l’à-propos de ce chou frisé.

Cécile a beau savoir beaucoup de choses, elle ne connaît pas l’omniprésence de ce chou dans les assiettes contemporaines en phase avec l’air du temps.

Je lui offrirai Choux. 50 recettes pour changer des cigares au chou, cette biblette écrite par Catherine Lefebvre et publiée par les Éditions édito : 135 pages sur le légume à la mode de chez nous.

On sort de chez Mesón en état d’heureuse lévitation malgré la quantité astronomique de nourriture qu’on y a ingurgitée. Plus tard, en glissant dans le sommeil, on entend clairement le crépitement des castagnettes et on sent le vent des robes des danseuses de flamenco qui virevoltent autour du lit. Au réveil, on remercie Santa Maria de la Flores de sa générosité. ¡ Arriba Maria !

Mesón

345, rue Villeray
Montréal
514 439-9089

Ouvert en soirée du mardi au samedi et pour le brunch les samedis et dimanches. Pour trois personnes, la soirée aura coûté 148 $ avant taxes, services et réhydratation rouge. Une bonne affaire, tant tout y était bon. Questionné sur la carte des vins, mon hispanophone ami de la page des vins a déclaré : « ¡Hola HombreCarte des vins concise mais d’où le plus espagnol d’entre nous sort heureux et repu. Le tout à prix correct. Personnellement, je suis fan de Rias Baixas. Hasta luego. »