Le festin de Suzanne au resto Soy

Le restaurant chinois Soy est situé au cœur du Mile-End, dans la section hipstérisée du boulevard Saint-Laurent à Montréal.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le restaurant chinois Soy est situé au cœur du Mile-End, dans la section hipstérisée du boulevard Saint-Laurent à Montréal.

Il y a des Chinois plus éveillés que d’autres. Dans notre quartier chinois, par exemple, ça somnole légèrement et le ronron des woks ne laisse pas beaucoup de place à la créativité. Les mêmes plats pris au siècle dernier sont toujours là, immuables, omniprésents. Madame Liu n’est pas du tout comme ça.

Son restaurant s’appelle Soy et n’est pas dans le quartier chinois, mais au coeur du Mile-End, dans la section hipstérisée du boulevard Saint-Laurent.

Il y a quelques années, j’avais écrit : « Dans sa quête de l’assiette chinoise d’or, l’honorable gastronome occidental sera soulagé de croiser le chemin de Madame Liu. Madame Liu tient un petit restaurant chinois hors normes. Il faut dire que Madame Liu cherche. Tranquillement et inlassablement. Et qu’elle trouve. Comme on dit sur les rives du Yangtze : “ Le boeuf est lent, mais la terre est patiente. ”»

Il y a quelques jours, je suis passé chez Soy pour vérifier si c’était toujours le cas et pour vous en parler. En bien, de préférence, ou en mal, le cas échéant. Tout est encore très bien. Le boeuf est certainement lent, mais celui aiguillonné par Madame Liu est d’une grande efficacité. Et si bon marché que ça en est presque gênant de faire la cuisine chez soi.

Quelques incontournables

Si vous avez une petite fringale, vous pouvez prendre un seul plat parmi la dizaine offerts à midi et la vingtaine en soirée.

Soy propose également des formules de table d’hôte particulièrement intéressantes : choix de soupe ou salade, entrée, plat, dessert, thé ou café.

Au menu de Soy apparaissent bien sûr quelques incontournables : soupe won ton et autre poulet du général Tao.

Vous n’êtes pas obligé de tomber dedans, mais si vous deviez le faire, sachez qu’au moins vous serez choyé par la qualité de ces plats souvent bâclés ailleurs.

La soupe won ton de la chef, façon Shanghaï, est beaucoup plus divertissante que la moyenne, toutes casseroles chinoises confondues.

Madame Liu prépare ces petits beignets que les connaisseurs appellent nonchalamment dumplings. Vous voudrez sauter à baguettes jointes dans les Xiao long bao, porc à la vapeur, accompagnés d’une bolinette de vinaigre égayé de fines lamelles de gingembre, ou dans ceux au canard BBQ et basilic thaïlandais poêlés, sauce à la sichuanaise.

Les carrés de tofu croustillants et drapés de sauce teriaki et de gingembre que prépare la chef vous réconcilieront avec le fromage de soja, un ingrédient qui brille généralement par son incroyable platitude. Ceux que prépare Madame Liu pétillent.

On s’étonne de s’extasier devant des crevettes, et pourtant, celles de Soy — croustillantes, sautées au wok, poivre moulu, ail et sel — sont si savoureuses qu’à peine l’assiette finie on voudrait recommencer.

En accompagnement, cette petite salade de vermicelle avec mini-racine de lotus, fèves germées et concombres, vinaigrette épicée au basilic et à la lime, vient équilibrer le feng shui de vos papilles avec une tout aussi surprenante efficacité.

Incursion en Corée

La maison annonce avec courtoisie que, « sauf les plats de nouille, tous les plats sont servis avec du riz ». Vous êtes informé. De mon côté, j’ajouterais que, tant les nouilles que le riz valent le déplacement.

Dans la carte de Soy, on trouve une petite incursion en Corée voisine : le boeuf kalbi grillé et servi avec laitue romaine et concombres marinés, de généreuses languettes de viande marinées et déposées sur une portion de riz.

Le plat est un délice. Écouter les explications de Charles, l’élégant serveur, sur la façon de manger ce plat, est un plaisir apéritif supplémentaire.

Si vous êtes un(e) drogué(e) des desserts, vous pouvez vous en dispenser ici. Je n’aime pas dire du mal des gens et tout le reste est si bon que ce serait vraiment dommage de finir ce tableau-ci sur une ombre.

Par contre, si vous ne la connaissez pas encore, vous apprécierez la délicatesse de Madame Liu au moment de l’addition. La note de bas de page est assez rigolote : « Les prix peuvent changer sans préavis. »

En 15 ans, les prix ont effectivement augmenté, mais si peu qu’un repas ici demeure l’une des meilleures escapades en ville pour ce qui est du fameux rapport qualité-prix.

Par exemple, pour 35 $ par personne (deux personnes au minimum), les 10 services du menu dégustation de Soy épatent.

Soy
5258, boulevard Saint-Laurent
Montréal
514 499-9399

Ouvert à midi du lundi au vendredi et sept soirs sur sept. Lorsque la chef est partie écumer la planète à la recherche de nouvelles idées, Monsieur Chu tient la cuisine avec beaucoup d’aplomb et une égale générosité.

 

Coût approximatif de votre voyage à bord d’Air Soy avant taxes, service et imbibition : une petite quinzaine de dollars par personne à midi. Le soir, ajoutez-en une petite dizaine. Pas cher, disais-je ? Vraiment pas cher.