Naples à Montréal

Au resto No 900 Pizzeria napolitaine, on grignote et on se croirait à Milan, ou à Naples, dans un petit endroit gardé secret par les « locaux ».
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Au resto No 900 Pizzeria napolitaine, on grignote et on se croirait à Milan, ou à Naples, dans un petit endroit gardé secret par les « locaux ».

Il y a quelques jours, au sortir d’une des meilleures pizzerias de Naples, je souriais en pensant à chez nous. Bien sûr, le fait de flâner en chemisette à 11 h du soir sur la Via Partenope avec, à l’horizon, les lumières de Capri, aidait beaucoup, d’autant que Marie venait de m’envoyer des photos de Montréal enneigée et sous une température sibérienne.

Mais la bonne humeur venait surtout de la série de pizzas servies dans ce haut lieu de l’orgueil napolitain. Elles me rappelaient celles prises dans notre bonne ville, et la comparaison était assez flatteuse pour nos propres pizzaïolos.

J’ai pensé qu’au lieu de vous ennuyer avec le compte rendu de mes pérégrinations automnales en Émilie-Romagne et en Sicile, je pourrais vous suggérer quelques adresses montréalaises qui nous font honneur au palmarès de la pizza. Un trio de petites maisons où le travail est fait exactement comme il devrait l’être partout, des tables sans prétention, des gens accueillants et des pizzas, mais alors des pizzas… tenez, les mots me manquent (presque).

Aux trois adresses, rien de vraiment transcendant — exception faite d’une élucubration picarde chez Gema — en matière de cuisine, mais c’est sans doute ce qui en fait l’intérêt.

Plutôt que de chercher à épater en glissant de l’ananas confit ou quelque légume mariné dans de l’extrait de vanille, toute esbroufe que l’on voit dans des établissements vivant sur la fumée aux yeux, ces trois-là font… de la pizza.

On trouve aux trois endroits les mêmes qualités qui font les bonnes petites maisons : très belles pâtes à pizza, cuisson dans des fours conçus spécifiquement pour la pizza et « garnitures » classiques d’une fraîcheur remarquable. De la pizza, rien que de la pizza. On finit par trouver la chose carrément réconfortante : de la pizza comme antidépresseur suprême.

S’il peut rester un peu de neige boueuse vendredi matin sur nos trottoirs, essayez, vous verrez, ça fonctionne, la pizza a un exceptionnel potentiel d’ensoleillement. Accessoirement, aux trois adresses, vous pouvez envisager une très raisonnable ponction dans votre tirelire ; une vingtaine de dollars par personne sans folie de boissons alcoolisées. Mais vous boirez, même les plus raisonnables d’entre nous finissent toujours par prendre un petit verre.

Première halte : 1248, avenue Bernard. Au rez-de-chaussée du théâtre Outremont, dans un espace assez exigu, quelques joyeux lurons et luronnettes ont décidé d’ouvrir pizzeria.

Ils ont installé un four parfait, planté un triporteur de livraison devant la porte et servent de très jolis petits plats pour accompagner leurs pizzas, divertissante salade de roquette au citron et autres plaisantes plaisanteries.

La firme de design Blazysgérard a réussi un miracle en créant un lieu élégant où les clients vont se précipiter pour profiter d’une des 20 places assises. On grignote et on se croirait à Milan, ou à Naples, dans un petit endroit gardé secret par les « locaux ».

Pizzaïolos : Guy Leblanc, Nolan Brown et « Junior ».

Employée de l’année : Camille.

Clou du spectacle : repas du midi à 12 $.

No 900 Pizzeria napolitaine, 1248, avenue Bernard Ouest, Montréal, 438 386-0900. Pas de réservation. Ouvert sept jours sur sept, midi et soir. Si vous arrivez une fois les 20 places occupées, vous pouvez emporter votre commande et grignoter chez vous.
 

Deuxième arrêt : 6827, rue Saint-Dominique, à deux pas du marché Jean-Talon. Ici, c’est du lourd. Stefano Faita et Michele Forgione, des gens de coeur, ont traversé la rue, délaissant quelque temps leurs mille autres activités aux autres coins du carrefour et à la tivi.

Ils forment maintenant une trinité, la quasi sainte mère du premier surveillant les opérations depuis la fenêtre de la quincaillerie Dante. Et ces opérations se déroulent merveilleusement bien.

En plus d’impeccables pizzas, la maison propose des entrées irrésistibles, salade de pieuvre, calmars frits et boulettes de viande frisant l’illégalité.

Pizzaïolo : Antony Di Iorio.

Employé de l’année : Alexandre.

Clou du spectacle : la Martin Picard, une pizza… au foie gras. Vous auriez deviné.

Pizzeria Gema, 6827, rue Saint-Dominique, Montréal, 514 419-4448. Pas de réservation. Ouvert à midi du mercredi au samedi et en soirée du mardi au dimanche.


Troisième pause : 16, rue Maguire, au coeur de Hipster Town. Un magnifique four à bois recouvert de mosaïque comme dans les meilleurs établissements napolitains, beaucoup de boiseries chaleureuses, une ambiance subtilement à contre-courant, branchée avec désinvolture.

Le service est tout sauf désinvolte — si Michelle vous sert, vous serez condamné à revenir ici, soir après soir, savourer toute la gamme des pizzas au menu. Aux tables, on entend le bonheur croustiller.

Pizzaïolos : Dave Lingard Cie.

Employée de l’année : Michelle.

Clou du spectacle : en entrée, une superbe salade de chou frisé, pacanes, ricotta, oeuf poché et pomme.

Bris estimé de tirelire : très raisonnable. Une vingtaine de dollars par personne sans folie de boissons alcoolisées.

Pizzeria Magpie, 16, rue Maguire, Montréal, 514 507-2900. Le midi du mercredi au dimanche, le soir du mardi au dimanche. Les dynamiques propriétaires viennent d’ouvrir une nouvelle succursale au 1237, rue Amherst, 514 544-2900.