Des pizzas lavalloises de luxe

À la Bottega de Laval, on trouve la panoplie complète des pizzas et autres calzones, ainsi que tous ces délices qui servent à les enguirlander, leur donnant soudain des allures de grands plats.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir À la Bottega de Laval, on trouve la panoplie complète des pizzas et autres calzones, ainsi que tous ces délices qui servent à les enguirlander, leur donnant soudain des allures de grands plats.

Une première Bottega avait ouvert ses portes rue Saint-Zotique, en 2006. La famille Covone, feu Aniello en tête, avait travaillé très fort pour installer ici l’un de ces fours qui font la beauté des pizzerias napolitaines.

Ces fours sont un peu comme les bolides italiens, sensibles au moindre petit réglage et capables de décoiffer leurs concurrents en les laissant sur place au démarrage.

Les pizzas étaient si bonnes que les foules se pressèrent chez Fabbrizio et Massimo, les jeunes Covone. Elles se pressèrent tant que, bientôt, se posa le problème du stationnement.

La Petite-Italie a bien des charmes, mais lorsqu’on n’habite pas le quartier et qu’il faut donner 52 $ à la Ville de Montréal chaque fois qu’on veut croquer une Margarita, même les clients les plus enthousiastes finissent par trouver la pizza exagérément chère.

Aniello parla à Raffaele, son frère, et, en 2010, une seconde Bottega voyait le jour boulevard Saint-Martin, à Laval, accueillante municipalité où le stationnement est offert gracieusement et en nombre quasi illimité.

À ma énième contravention pour stationnement créatif dans la Petite-Italie, je suis allé essayer la Bottega de Raffaele. Quelle bonne idée ! Au cours du repas, je suis sorti trois fois pour changer ma voiture de place dans l’immense stationnement, juste pour le plaisir.

La maison lavalloise est un peu différente de l’adresse montréalaise, question décor et ambiance. C’est vaste, la sono est généreuse et tout le monde semble ravi d’être là.

Madame Melissa, la gérante hyperactive, et Monsieur Raffaele attendent les clients à l’entrée ; les familles arrivent par grappes, les enfants sont accueillis comme s’ils faisaient partie de la famille Covone et le personnel, élégant, exécute un élégant ballet napolitain entre les tables. Le tout s’appelle La vibrazione.

Ça vibre également dans les assiettes. Il faut dire que Raffaele a eu l’intelligence de s’assurer les services de deux joyeux allumés du chaudron: David Zaccardi est le grand chef d’orchestre en cuisine et le soliste en résidence au poste de pizzaïolo s’appelle Mirko D’Agata.

Le premier est florentin, le second, turinois d’origine sicilienne et piémontaise, et le tout donne de très belles choses sur les tables.

Bien sûr, vous trouverez ici la panoplie complète des pizzas et autres calzones, ainsi que tous ces délices qui servent à les enguirlander, leur donnant soudain des allures de grands plats. Légumes : aubergines, tomates-cerises, roquette, rapinis, champignons et artichauts.

Fromages : ricotta, parmigiano et mozzarella de bufflonne de Campanie. Charcuteries : prosciutto cotto, saucisse maison ou salami.

Bien sûr, il y a au menu les boulettes de viande au veau, faites maison, avec cette sauce à base de tomates San Marzano, les côtelettes d’agneau et les crevettes grillées, les calmars frits et les gnocchis.

Bien sûr, vous succomberez devant les desserts maison, joliment appelés ici Dolci Artigianali : biscotti, cannoli, tiramisu, torta caprese et cette pizza au Nutella, un succès monstre en Italie en ce moment.

Mais, au-delà de la carte, il vous faudra absolument vous aventurer dans les plats proposés par le chef Zaccardi, des plats de coeur autant que d’estomac, florentins à l’excès comme cette ribolitta, une soupe de légumes savoureuse qui a la particularité de ne pas contenir de liquide et d’être pourtant d’un soyeux désaltérant.

Vous hésiterez sans doute entre ces superbes raviolis à la ricotta de bufflonne, beurre, thym et huile de truffe, un peu de pain frit et quelques lardons italiens, et ce brie frit, gésiers de canard confits, pistaches et coulis de betterave.

Vous vous jetterez dans le gravlax de saumon enrobé de pain saisi sur la plaque et relevé de yogourt citronné, avec la même joie que dans les fettucine campofilone (un blé ancestral exceptionnel) accompagnés d’un ragoût de seiche et couronnés d’un oeuf.

À moins que vous n’ayez craqué plus tôt devant le regard langoureux de Madame Melissa vous apportant une bisque de homard, crevettes et pois verts à se damner.

Vous ressortirez de là un peu groggy, le bonheur montant souvent à la tête. Le stationnement est vaste, prenez-y donc une petite marche de méditation avant de rentrer à la maison.

Bottega

2059, boulevard Saint-Martin Ouest, Laval
450 688-1100

Ouvert sept soirs sur sept. Prix moyen des 15 entrées : 9,60 $ ; des 16 pizzas : 16,25 $; et des sept desserts : 7,60 $. Les plats du chef ? Ça n’a pas de prix.

Hommage

Parti le mois dernier en vacances éternelles sur la côte amalfitaine du bon Dieu, feu Monsieur Aniello Covone représentait tout ce que j’aime de l’Italie : l’élégance, la générosité, le bon goût. L’élégance, bien sûr, de ses chemises et de ses pantalons taillés sur mesure, ou de ses impeccables chaussures astiquées même au plus glauque de nos hivers, mais surtout l’élégance du propos.

Ne jamais dire de mal de la concurrence, mettre systématiquement en avant les membres de son équipe, toujours encourager les autres, rire du fait qu’il avait un peu tendance à encourager avec plus de ferveur les Italiens. L’élégance de vivre le quotidien avec élégance. Je m’en ennuie déjà.
2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 27 novembre 2014 22 h 37

    L'Italia

    Comment dit-on"j'ai l'eau à la bouche" en italien?

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 28 novembre 2014 14 h 32

      Réponse :
      "Far venire l'acquolina in bocca"

      Bonne journée.