Sonnez les matines

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir

Il y a de temps en temps des critiques plus harmonieuses à écrire. Dans le cas de celle-ci, je suis retourné une troisième et une quatrième fois, juste pour le plaisir, y manger à mes frais. L’endroit s’appelle Ma’tine et vous allez aimer, j’en suis certain.

 

Oh, bien sûr, je doute que vous vous extasiez sur l’emplacement, les jeunes marmitons ayant décidé d’installer leurs chaudrons dans un segment du boulevard De Maisonneuve un peu rock’n’roll. Vous pourriez considérer avec amusement le fait que Ma’tine soit situé entre plusieurs salons de massage et autres établissements voués à l’esthétique.

 

Vous sortirez de chez ces jeunes gens en vous massant voluptueusement le ventre et en déplorant peut-être les retombées esthétiques sur votre corps d’athlète, résultat de cette folie qui vous a pris devant le menu. « Je prendrai ceci, cela, un peu de ce troisième, une petite assiette de ce quatrième, un dessert et un autre. » Au moins aurez-vous été avertis.

 

Ma’tine est tenu par les membres de la famille qui ont fait jadis les beaux jours de La Famille, cet estaminet, rue Gilford, où l’on comptait huit places assises. La cuisine y était si bonne que, bien évidemment, les huit personnes chanceuses ne voulaient plus en partir. Les gourmands y allaient quand même, en priant sainte gourmandise de leur garder une petite place.

  

Au salé et au sucré

 

Les frères Daniel-Six, Jérémy au salé et Maxime au sucré, réussissaient de grandes choses dans leur minicuisine. Ils réussissent aussi bien aujourd’hui dans un lieu beaucoup plus spacieux. Rien de clinquant, mais beaucoup d’espace et une terrasse où l’on peut flâner à loisir sous les ramures apaisantes des grands arbres plantés rue de la Visitation.
 

Ouvert de 7 h à 19 h, Ma’tine accueille toutes sortes de clients. Les gourmands du petit matin viennent pour les viennoiseries de Maxime et le café digne du Caffe della posta à Florence. Défilent alors des muffins si bons que vous ne voudrez plus en manger ailleurs, des bostoks, croissants aux noisettes, financiers, clafoutis sans gluten et autres cannelés que le pervers pâtissier prépare en deux versions, Grand-Marnier ou pastis.

 

Il me semble que ça démarre très bien une matinée, un ou deux cannelés ainsi parfumés. Si vous êtes moins porté sur la boisson, le chef propose une couronne briochée, crème de noisette à la vergeoise, poêlée de prunes jaunes et quetsches. Pas mal non plus. Si vous aimez le café filtre, ce n’est pas vraiment l’adresse. Par contre, si vous aimez le très bon café, vous serez servi.

  

L’addition ne s’envole jamais


À midi, la carte peut sembler succincte, mais méfiez-vous-en, la demi-douzaine de propositions contenant en fait de dangereux éléments pour vos résolutions de retenue alimentaire. Cette petite salade du jour, par exemple, aussi anodine qu’elle paraisse, fait vibrer. Chou-fleur comme une semoule en taboulé, tomates séchées, quelques bouchées de feta, des pissenlits de chez Birri, des aubergines gentiment grillées, un demi-coeur d’artichaut, quelques oignons marinés et en fond de saladier, une jolie crème de poivrons.

 

Un sandwich peut être inoffensif. Ici, il ne l’est pas, du moins pas ceux que j’y ai dévorés. Maxime boulange ses petits pains ronds et Jérémy embellit encore la chose ; carottes entières rôties et carottes en purée, anis et orge, paleron de boeuf. On ne laisse pas une miette.

 

Pas plus que pour ce plat du jour, en l’occurrence une superbe raviole farcie d’un moelleux effiloché de porc et de veau et garnie de petites tomates-cerises jaunes du plus bel effet. On sent des envolées de galanga, de gingembre et de citronnelle. On finit forcément par s’envoler soi-même.

 

Vous aimerez aussi la maison car l’addition, elle, ne s’envole jamais. À celles et ceux qui, comme moi, sont sensibles du portemonnaie, la maison annonce clairement sur ses menus : « Tous nos prix incluent les taxes. » Cette délicatesse semble appréciée si l’on considère le solide achalandage des brunchs du samedi qui tendent à se prolonger jusqu’à tard en après-midi.

 

Le service est aussi doux que les prix et aussi vibrant que les assiettes salées ou sucrées. L’ambiance générale est un mélange de coolitude et de gourmandise éclairée. Vous recommanderais-je assez d’y aller ? Vous risquez fort de vous sentir comme en famille.

 

Ma’tine, 1310, boulevard De Maisonneuve Est, 514 439-9969. Ouvert de 7 h à 19 du mardi au vendredi. Brunch le samedi de 9 h à 17 h. Petits prix pour à peu près tout sur les cartes, matin, midi et après-midi, le plat du jour culminant à 19 $. La jolie carte des vins vous plaira si vous aimez les crus qui sortent des sentiers battus et affectionnez les vins nature.

 

D’elle, mon collègue Aubry dit : « Carte courte pour branchés bobos rebranchés, mais aujourd’hui le nom du vin devient plus suggestif que le contenu, enfin… Encore des importations privées, mais bon, c’est comme ça, faut se distinguer. Taxes incluses : chouette ! Coup de coeur pour cet Amphibolite Nature 2012, Jo Landron, un muscadet top ! »

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