Radeau grec dans le Vieux-Montréal

Le loup de mer fait partie du menu du restaurant Ikanos à Montréal.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Le loup de mer fait partie du menu du restaurant Ikanos à Montréal.

En grec, comment dit-on barboter déjà ? C’est ce qui m’est arrivé la semaine dernière chez Ikanos. J’allais pourtant là le coeur léger et l’estomac ouvert, prêt à naviguer sur une de ces embarcations ultrarapides qui relient les îles grecques entre elles. J’avais à plusieurs reprises très bien mangé chez ces restaurateurs dans leur établissement précédent.

 

En effet, ils étaient autrefois propriétaires d’un joli resto, rue Saint-Denis, baptisé Tasso en hommage à feu Anastasio Saltaris, personnage homérique, amoureux de la Grèce, du Québec et de la vie en général. L’établissement de la rue Saint-Denis tenait plus de la psarotaverna élégante que du restaurant et l’on y voyageait en mer Égée sur des plats très soignés.

 

Les plats d’Ikanos font plutôt voyager jusqu’au Quai de l’horloge. Du moins ceux servis le jour de mes visites. Et encore faut-il ramer très fort pour s’y rendre.

  

Le midi

 

À midi, je suis toujours ravi quand une maison annonce « Prix fixe : 22 $ ». Ce midi-là, la chose a fini par me coûter près du triple pour deux, en plus de quelques frayeurs causées par l’inattention du personnel.

 

La chaise de la personne qui m’accompagnait s’avéra en effet couverte d’éclats de verre oubliés là par je ne sais qui. Confus, je dis à la victime : « Une chance pour la maison que tu accompagnes un critique plutôt qu’un avocat, ça aurait certainement coûté beaucoup plus cher. »

 

Il est 13 h 45, et bien que le restaurant soit presque vide, la table voisine est dans le même état que la chaise de ma commensale et ne sera nettoyée que vers 14 h 40.

 

Arrivent une soupe froide aux carottes, orange et cumin, un peu trop généreusement crémée, une « salade de tomates ancestrales, melon d’eau, pistaches, olives, feta » aux feuilles cuites par une vinaigrette déposée là il y a longtemps, et une belle pièce de flétan grillé accompagnée d’un couscous à la menthe qui, à défaut d’être inoubliable, était acceptable.

 

En finale, quatre mignardises. La pâte de fruits était délicieuse.

  

Le soir

 

Retour le soir même, rempli d’espoir. J’avais lu quelque temps avant les commentaires élogieux exprimés par une consoeur et néanmoins amie dont j’apprécie le bon jugement. Sans doute, pensais-je, ce midi-là n’aura-t-il été qu’une malheureuse erreur de parcours.

 

Une salade grecque aux tomates savoureuses, quoiqu’un peu défraîchies ; quelques calmars grillés on ne sait trop comment, tant ils avaient perdu cet attrait habituel qu’ont les céphalopodes lorsqu’ils sont grillés avec soin ; une petite assiette de saganaki frit, flambé à l’ouzo, et enfin une assiette de pieuvre grillée, le tout assez quelconque, et mon cauchemar recommence.

 

Le carpaccio de cardeau était moins inintéressant et mon loup de mer, carrément délicieux.

 

Ce poisson étant proposé « pour deux », j’avais, au moment de la commande, chargé le garçon de demander au chef s’il était possible ce soir-là de prendre ce plat pour une personne.

 

Il y a dans toutes les commandes des poissons plus petits. « Si ce n’est pas possible, je prendrai autre chose », avais-je précisé.

 

Le lendemain, à la lecture de la facture globale partagée entre les convives, je constatais que mon loup « pour un » avait été facturé « pour deux ». Pas gentil, ça, pas délicat, pas correct du tout.

 

Ma belle-mère préférée a pris un trio de « sauces » (?) : flan de yogourt style tzatziki, brandade façon tarama, caviar d’aubergine style melitzanosalata, triplement falot et des ris de veau qui la tinrent éveillée une bonne partie de la nuit.

 

Cécile a pourtant un estomac en titane. Bien que tout le monde à table insistât pour filer au plus vite, je commandais deux desserts, voulant vous en dire du bien.

 

De ce crémeux au chocolat au lait et de ces quelques mignardises assez insignifiantes, je ne vous dirai rien.

  

Le décor

 

L’immense salle est magnifique, le grand tapis sur le trottoir, impressionnant, et l’on sent que beaucoup d’efforts ont été mis dans le décor.

 

J’ai déjà mangé chez ces gens lorsqu’ils avaient leur ravissante goélette rue Saint-Denis et je sais qu’ils peuvent cuisiner avec goût. Je reviendrai, donc, mais plus tard, beaucoup plus tard.

 

Dans l’immédiat, en plus d’avoir du mal à comprendre comment ils naviguent si mal aujourd’hui à bord de ce radeau aux allures de galère, je regrette de m’être aventuré ici et encore plus de devoir vous en parler.

 
***

Ikanos
112, rue McGill, suite 1, Montréal, 514 842-0867
 

Ouvert le midi du lundi au vendredi et en soirée du lundi au samedi. À midi, comptez une soixantaine de dollars pour deux personnes, taxes et service compris. Le soir, doublez ou plus. Mon collègue Jean Aubry, l’homme sage et connaisseur de la page de gauche, dit avoir très bien mangé à cette adresse — le chanceux — et commente ainsi la carte des vins : « Chouette carte, concise, de qualité, à bon prix. »

Ikanos

112, rue McGill, suite 1, Montréal, 514 842-0867

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