Comme dans un tableau

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir

On parle ici des assiettes du Renoir, le restaurant de l’hôtel Sofitel Montréal Le Carré Doré. Comme des oeuvres d’art lumineuses qu’un musée aurait malencontreusement placées dans des cadres bon marché. Beaucoup de fleurs dans cette critique, et deux petits pots également, mais les fleurs les surpassent de beaucoup. Les pots venant parfois avec une critique, réglons tout de suite la question, comme ça nous pourrons nous attarder davantage sur la généreuse floraison.

 

Petit pot numéro 1 : la bienséance m’empêche de vous répéter textuellement ce que m’a répondu Jean Aubry, mon distingué collègue expert ès bouteilles, lorsqu’interrogé à propos de la carte des vins. Une chose est sûre, celle-ci gagnerait à être travaillée afin d’y inclure des crus dans une fourchette de prix permettant aux clients qui ne roulent pas en Lamborghini ou en Rolls-Royce de déguster un petit verre de quelque chose à prix raisonnable.

 

Afficher 11 champagnes entre 160 $ et 575 $ impressionnera sans doute l’émir de passage, mais pas le critique et certainement pas le lecteur. Le reste de la carte est du même tonneau, en l’occurrence une barrique dorée.

 

Petit pot numéro 2 : quelqu’un pourrait-il dire au propriétaire que nous sommes en 2014 et que, compte tenu de la beauté du reste de l’hôtel, il pourrait faire un effort de revampage ? Il y a un tel décalage entre la qualité de ce qui se trouve dans les assiettes et le décor un peu dépassé dans lequel on les savoure, que le sujet revient systématiquement sur la table à chaque repas, quels que soient les convives. À suivre…

  

Les fleurs

 

Passons aux fleurs, c’est le printemps après tout. Le grand parallélépipède insignifiant qui abritait autrefois le siège social de la société Air liquide a été transformé en un édifice élégant. La partie réservée au restaurant bénéficie d’une lumière remarquable. Une belle terrasse a également été aménagée où, aux beaux jours, le chef fait pousser ses fines herbes et où l’on trouve un miniterrain de pétanque et un babyfoot. Vive la France !

 

La France est partout très présente à cette adresse et le soin méticuleux accordé à la table en fait partie. Accueil digne ainsi que service empressé et attentif contribuent en préliminaires à mettre la clientèle de bonne humeur. La carte est très hexagonale elle aussi, tout en faisant une belle part aux produits locaux lorsqu’ils sont disponibles.

  

Un souvenir ému

 

Les assiettes du chef Olivier Perret et le travail impeccable de la brigade et du second Félix Duquet laissent un souvenir ému. Le chef va lui-même au marché. Assidûment, cela se voit et se goûte dans ses créations. Ce soir-là, deux entrées uniformément jouissives : tartare de truite d’Écosse au sel fumé, accompagné d’une élégante gelée de ciboulette, d’un yogourt au citron vert et de petits toasts à la truffe d’été d’un côté et, de l’autre, crabe des neiges saupoudré de caviar de truite, quelques condiments aigres-doux et une gelée de concombre rafraîchissante.

 

Les oursins verts de Tadoussac en déclinaison étaient moins saisissants, mais l’oursin est connu pour son mauvais caractère ; bien que délicats sous la dent, ceux-là manquaient de cette explosion iodée qui fait l’intérêt de cet échinidé.

 

En festivités principales, un superbe bar sauvage de Long Island et quelques couteaux du Maine, le tout accompagné de gnocchis maison au blé noir, un peu trop secs dans ce plat, quelques pousses d’hakarashi (une très délicate moutarde chinoise) et jus à la moutarde. En plat

 

Les desserts présentés au plateau sont l’oeuvre de Roland Del Monte. Le chef pâtissier est MOF (Meilleur ouvrier de France), une distinction très appréciée lorsqu’on plonge avec délectation dans la tarte au citron meringuée, gelée Yuzu, le millefeuille à la vanille, le Paris-Brest (ici une exceptionnelle pâte à choux noisette) ; on essaie vainement de résister au carré doré (chocolat, fruit de la passion et caramel, parfumé légèrement à la fève de tonka). Ne résistez pas, ce serait dommage.

 

Note à l’attention de celles et ceux qui, tout gourmands qu’ils soient, surveillent leur ligne : le magnifique Sofitel de Quiberon, expert en matière de nutrition et de bien-être, a élaboré une extraordinaire cuisine gastronomique basses calories et ses plats sont offerts dans l’ensemble de la chaîne hôtelière.

 

Les Français ne faisant jamais les choses comme les autres, ils ont affublé la chose d’un nom inoubliable : De-Light. Vive la France, bis ! Cela dit, des plats vraiment épatants. Ce soir-là, par exemple, un duo émouvant : pieuvre grillée, eau d’érable et céleri-rave en croûte de sel, truffe noire et pousses de saison (90 calories) en entrée, suivie d’un filet de flétan à la plancha, fumet de coquillages au safran, étuvé de fenouil et champignons de saison (293 calories) en plat principal. Je vous recommande vivement le tout.

 

On sort de table rassasié, déculpabilisé, sans être affligé par cette regrettable somnolence qui peut accabler en milieu d’après-midi. Si vous optez pour cette solution en soirée, votre sommeil sera d’une qualité exceptionnelle, foi de critique roulant souvent dans des nuits alourdies par la tâche.

 
 

Renoir, 1155, rue Sherbrooke Ouest, Montréal, 514 788-3038. Ouvert tous les jours, matin, midi et soir. Midi : une trentaine de dollars si vous êtes prudent ; en soirée, tables d’hôte à 57 $. Comme vous ne serez prudent ni à midi ni le soir, majorez substantiellement.

À voir en vidéo