Une chic escapade gourmande à l’italienne

Au Portofino de Québec, l’atmosphère boudoir fait toute l’originalité du lieu.
Photo: Renaud Philippe - Le Devoir Au Portofino de Québec, l’atmosphère boudoir fait toute l’originalité du lieu.

Comme c’est sans doute le cas pour des milliers de Québécois, le mois de mai évoque irrésistiblement à mes yeux la renaissance. Après un hiver interminable et qui, semble-t-il, a contaminé le printemps, voici revenu le franc soleil et son cortège de plaisirs annonciateurs de l’été.

 

Le coeur en liesse, j’ai envie d’un resto qui puisse refléter — et si possible amplifier — cette félicité. Tiens, quelle belle occasion de découvrir le Portofino Club Italien ! Situé dans l’arrondissement de Sainte-Foy, son petit côté « glamour et paillettes » m’inspire. Et sa carte, évidemment.

 

Nous prenons place dans la grande salle à manger, à proximité d’une fenêtre largement ouverte sur la terrasse. Une terrasse que nous avons préféré « bouder » pour profiter, justement, de cette atmosphère boudoir qui fait tout le chic du lieu.

 

Mon invitée avoue candidement ne pas connaître grand-chose aux apéros, hormis le classique kir. Une lecture des propositions alcoolisées l’incite à oser : ce sera un Casasola, cocktail de vodka framboise, Chambord, champagne, jus d’ananas et de framboise qui s’avère très à son goût !

 

Mon propre assemblage de Belle de Brillet, Cointreau, jus de lime et de canneberges blanches, qui répond au nom de Peartini, met mes papilles en pâmoison avec ses franches notes de poire et d’agrumes, où l’alcool se sent à peine.

 

En attendant nos entrées, nous faisons honneur au pain à la mie tendre et à la croûte bien craquante. La conversation est animée, la soirée est prometteuse.

 

Entre standards et audace

 

« En mai, fais ce qui te plaît », affirme l’adage populaire. Nous avons bien l’intention de nous y conformer ! La soupe minestrone bien fumante apportée à mon invitée offre un agréable contrepoint à la brise qui entre librement dans la salle à manger par les portes grandes ouvertes. Les arômes de tomate, d’origan et de basilic fleurent bon ; chaque cuillerée rivalise avec la précédente pour offrir ce que les maraîchers ont de mieux.

 

L’entrée de carpaccio me ravit : les fines tranches de filet mignon surmontées de flocons de parmesan, accompagnées de roquette arrosée de légers traits de vinaigre balsamique, présentent une belle fraîcheur tout en changeant agréablement des tartares. On peut ici vraiment apprécier l’incomparable saveur de la chair crue, presque sans apprêts — mais il faut, bien sûr, assumer pleinement sa nature carnivore. Ça me rappelle un carpaccio dégusté dans un bistro à proximité de l’Opéra de Vichy, en juin 2010. Petite nostalgie de l’Europe. Quand on dit que saveurs et odeurs sont les sens les plus étroitement imbriqués à la mémoire…

 

Le demi-litre de vin (italien, il va de soi) choisi, un Sangiovese Prima Donna d’un rubis profond, est l’attribut bachique qui rehaussera l’expérience tout au long du repas. Il faut dire que l’écrin est magnifique : colonnes pailletées de mosaïque irisée, hautes banquettes capitonnées d’un noir profond, murs d’eau illuminés de magenta, bar noir flanqué d’arabesques blanches, comptoir et mains courantes garnis de granit clair. On a joué avec brio la carte du club italien : c’est chic et ça plaît.

 

La fourchette triomphe

 

Les mets principaux sont prestement déposés devant nous. Si les pièces de résistance diffèrent, les accompagnements sont les mêmes. Chez moi, le beau rectangle de céramique immaculée comporte un mignon de veau, rosé en son centre, surmonté d’une généreuse portion de foie gras. La cuisson impeccable de la viande donne juste ce qu’il faut de « support » à la tendreté de la petite gourmandise qui y trône.

 

Chez mon invitée, l’escalope de veau sauce porto et champignons fleure fort bon ; elle se révèle si tendre qu’on peut pratiquement, comme on le dit trivialement, la « couper à la fourchette ». La sauce, bien équilibrée, anime le tout.

 

Chacune des convives dispose aussi d’un nid de spaghettis au fromage, de roquette avec réduction de balsamique et d’un trait de purée de courge d’un orange vif. C’est un doublé de roquette pour moi (rappelez-vous mon entrée), mais j’étais prévenue, alors j’assume. Les pâtes semblent cependant « se chercher » un peu en comparaison des sucs carnés et des notes aigres-douces de la salade : un assaisonnement un tantinet plus relevé leur aurait conféré le caractère requis pour accompagner dignement cette splendide assiette.

 

J’essaie le tiramisu, « fait maison » précise la serveuse. Il s’agit d’un dessert que j’adore puisque le café constitue, pour moi, un ingrédient à part entière en cuisine. Si le début est parfait, combinant le sec et le moelleux, ça se gâte un peu par la suite, la base des biscuits baignant un peu trop résolument dans le café et présentant, à la fin, une texture désagréable. Dommage.

 

On s’en sort mieux face à moi : la crème brûlée condense l’art de faire ce classique dessert avec sa croûte qui, cédant sous l’ustensile, révèle un appareil crémeux à souhait. Vanillée, comme il se doit. Certains standards gagnent à le rester.

 

Verdict ? Une ambiance géniale, un très bon service, une table où de petits éléments pourraient être revus pour accroître encore le plaisir de la clientèle.

 

Les plus : personnel courtois et efficace, excellents cocktails, viandes savoureuses (tant en version crue qu’en cuisson).

 

Les moins : si les pâtes d’accompagnement ne sont pas assez salées, la facture l’est un peu trop. Tisamisu détrempé.

 

Prix pour deux, incluant taxes, service et alcool : 213 $.

 

Portofino Club italien, 965, route de l’Église, Québec, 418 657-8888.