Au Patente et machin: la gastronomie bon enfant

Une ardoise au mur de brique présente les «machins» (entrées) et les «patentes» (mets principaux).
Photo: Renaud Philippe - Le Devoir Une ardoise au mur de brique présente les «machins» (entrées) et les «patentes» (mets principaux).

Je dois l’avouer : le choix du restaurant aux fins de cette critique est le fruit du hasard. J’avais d’abord jeté mon dévolu sur le Bureau de poste, dans le quartier Saint-Roch. Mais devant une salle et une terrasse remplies à pleine capacité, je me suis rabattue sur l’Affaire est ketchup, que je comptais essayer éventuellement.

 

Forcée de rebrousser chemin à cause d’un resto bondé (bon sang, quel jeudi soir !), j’ai finalement abouti par-delà le boulevard Langelier, au début du quartier Saint-Sauveur, dans un petit resto bien caché au nom iconoclaste de Patente et machin.

 

Affamées, ma jeune invitée et moi nous attablons et, du regard, cherchons le menu. C’est le serveur qui, après avoir accroché une grosse ardoise stratégiquement placée au mur de brique, vient nous présenter chacun des plats. Ou plutôt chacun des « machins » (entrées) et chacune des « patentes » (mets principaux) concoctés par le chef en cette belle journée d’octobre. Nous écoutons l’alléchante litanie presque poétique et demandons un petit moment pour réfléchir.

 

Fraîcheur du terroir

 

Il est de bon ton, chez les restaurateurs actuels, de mettre en valeur les produits issus de nos terroirs. Et je serais bien malvenue de m’en plaindre puisque je recherche et apprécie, moi aussi, la possibilité de déguster des primeurs d’ici, des viandes provenant d’élevages québécois, des ingrédients fermiers… et je ne perds jamais une occasion de sensibiliser ma propre progéniture à la « cause » locavore.

 

L’entrée de « belles tomates ancestrales » et mozzarella proposée par le serveur séduit donc Évelyne, tandis que je choisis le tartare de boeuf avec l’intention de le lui faire goûter. Comme bien des gens, j’adore le cru mais n’ai pas encore osé réaliser mes propres tartares de viande rouge à la maison, préférant en laisser la préparation aux professionnels. Un jour, peut-être…

 

Pour accompagner l’entrée (oh, pardon, le « machin »), je me laisse tenter par un vin d’importation privée : ce sera un verre de Château de Vaugelas Corbières Le Prieuré 2010, Languedoc-Roussillon, un bel assemblage de grenache et syrah comme je les aime.

 

Voici nos « machins ». Les tranches de tomates sont disposées en pétales dans une grande assiette ronde où fleure bon le basilic frais. Le pesto de roquette anime l’ensemble. Fille aînée se régale. Je ne peux cependant en dire autant.

 

Émincé au couteau, mon boeuf présente une texture grossière, ce qui ne serait pas grave si la saveur venait compenser : or, le petit monticule s’avère étonnamment très vinaigré, comme si on avait craint de laisser s’affirmer le tartare, préférant en noyer le goût dans le balsamique. Peut-être aussi a-t-on eu la main trop lourde sur l’olive kalamata. Bref, je n’aime pas mon « machin ». Dommage.

 

Bovidés au menu

 

Comme à l’accoutumée, je profite de l’entre-deux-mets pour reluquer les alentours. Le local de l’ancien Chez Jeannine (dont l’enseigne pend toujours à l’avant) propose une ambiance joyeusement déjantée et bonne franquette avec ses tables et ses chaises de bois, ainsi que ses linges à vaisselle en guise de serviettes de table.

 

Çà et là, des éléments de décor comme des panaches, des antiquités et autres « vieilles affaires » jouent à fond la carte de la rusticité bon enfant. Une curieuse horloge de céramique à motif de licorne est exposée dans toute sa splendeur kitsch au-dessus d’une banquette encastrée donnant sur la rue Saint-Joseph. On aperçoit l’arrière de la taverne Jos Dion.

 

Voici nos « patentes » ou, si vous préférez, nos plats principaux. Suivant une thématique résolument carnée, j’ai choisi l’onglet de bison sur purée de carottes et vinaigre au miel. Si le premier bovidé m’avait déçue, le second compense amplement : la chair de bison, en bonne quantité mais sans exagération, est cuite à merveille, ses jus sont riches et la sauce au bleu rehausse le tout sans camoufler. Les accompagnements sont équilibrés. Ma fille mendie quelques bouchées de cette tendre bavette.

 

Son côté de table est également réjouissant. En effet, la côte de boeuf choisie par Évelyne repose sur une généreuse portion de champignons sauvages, courges et légumes poêlés. « À manger avec les doigts », a précisé le serveur : le genre de consigne qu’un enfant ne se fait pas dire deux fois !

 

Elle grignote consciencieusement la viande, déguste les courges et picore quelques champignons - laissant sa maman y goûter, tout de même. L’os, gentiment emballé en cuisine, fera d’ailleurs les délices d’un certain petit chien, de retour à la maison.

 

Au dessert

 

Conscience professionnelle oblige (le croirez-vous?), nous décidons de prendre un dessert. Mon pouding chômeur gratiné de fromage Perron vieilli de quatre ans est… renversant. En fait, j’utilise ce qualificatif à défaut de mieux : le mélange des saveurs est bien davantage que cela. Tenez, je confesse que je reviendrais n’importe quand au Patente et machin simplement pour déguster à nouveau ce dessert hors du commun.

 

Le biscuit choisi par ma grande fille, un sablé servi avec une glace aux cerises de terre, s’avère hélas beaucoup plus fade, tant dans la présentation, qui manque de punch, que dans les saveurs peu affirmées. J’en suis quitte pour partager mon délicieux pouding. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour son enfant !

 

Les plus : ambiance très agréable, service affable, mets principaux parfaits.

Les moins : il faudrait mieux doser les saveurs et l’équilibre des entrées et des desserts; trop, c’est comme pas assez, dit l’adage populaire!

Prix pour deux, comprenant alcool, taxes et service : 139 $.

 

 

Collaboratrice