Il Pagliaccio - Le clown fait tout sauf le pitre

Au Pagliaccio (« clown en italien »), les mets du midi et du soir pourraient figurer au menu d’une élégante maison romaine ou milanaise.
Photo: François Pesant - Le Devoir Au Pagliaccio (« clown en italien »), les mets du midi et du soir pourraient figurer au menu d’une élégante maison romaine ou milanaise.

Le restaurant Il Pagliaccio, « le clown » en italien, fait tout sauf le pitre. En fait, en relisant mes notes de table, je ne trouve que du sérieux. Sérieux de l’accueil, sérieux du décor, du service, de la cuisine enfin, et surtout.

 

Cette petite maison assez discrète de l’avenue Laurier à Montréal est tout ce qu’on aime dans un restaurant italien et, bien sûr, en tout premier lieu la cuisine. Des pâtes impeccables, des viandes préparées à la perfection, mille petites attentions portées aux moindres détails. On est loin, ici, des tendances et du clinquant, l’élégance semblant être au coeur de la démarche alors que tant de restaurants roulent sur des clowneries dans l’air du temps.

 

Il y a eu à cette adresse un restaurant que nous aimions beaucoup, Bazaar, et où les gens travaillaient avec le plus grand sérieux. J’ai longtemps hésité avant de pousser la porte du nouvel occupant des lieux, craignant de manquer d’impartialité ; à tort, tant la qualité de l’un semble avoir été passée à l’autre.

 

La clientèle de réguliers

 

Le responsable de ce très italien Pagliaccio est… portugais, il s’appelle Manuel Silva et a travaillé pendant des années chez des Italiens du centre-ville qui prenaient eux-mêmes leur métier très au sérieux.

 

À l’époque bénie du défunt Pizzataro, face à l’Agence du revenu du Canada, une clientèle de connaisseurs allait déguster de délicieuses pizzas à petits prix en appréciant le soin apporté par les gens de cette maison à ce qu’ils faisaient. Manuel était là.

 

Aujourd’hui, dans un petit local très chic sans excès de flafla, on le retrouve, impeccable, souriant, attentif, prévenant. La clientèle de réguliers apprécie. En fond sonore discret, les frères Conte, Gianmaria Testa et autres poètes italiens accompagnent les ébats dans les assiettes.

 

Parlons-en, de ces assiettes qui, midi ou soir, pourraient figurer au menu d’une élégante maison romaine ou milanaise. Dès les entrées, tout est soigné, aubergine parmigiana ou salade roquette, pieuvre grillée ou mozzarella di buffala. Les artichauts rôtis méritent quelques étoiles, relevés d’une pincée de sel et parfumés de fines herbes, tendres, goûteux, grillés à point.

 

Plusieurs propositions

 

Une demi-douzaine de propositions de pâtes, certaines un peu convenues, comme ces linguini vongole, une concession aux goûts de la clientèle, d’autres plus intéressantes, spaghetti con pesto di roquette ou paccheri amatriciana, ces dernières d’imposants tubes se trouvant plus rarement sur les tables des restaurants et encore plus rarement aussi bien accompagnées.

 

Une autre demi-douzaine de propositions de viandes, poissons et fruits de mer qui valent le détour. Piccata al limone, cette classique escalope très citronnée dont Il Pagliaccio propose une version très réussie ; Tagliata d’entrecôte cuite telle que demandée et accompagnée d’une bolinette de pâtes al dente ; ou, dans la section des abats du jour, des ris de veau alliant artistiquement croustillant et moelleux, relevés au vin blanc et servis en compagnie de champignons sauvages poêlés avec doigté.

 

Quelques desserts classiques italiens, tiramisu et panna cotta, ou moins italiens, comme ce fondant au chocolat accompagné d’une glace à la vanille maison, ou cette tarte tatin « parce que les pommes sont formidables en ce moment ». L’élégance de la maison se traduit également dans le service, impeccable, tout en retenue et en courtoisie. Un vrai plaisir.

 

Votre visite sera tout aussi formidable, je n’en doute pas. Pour les connaisseurs, la carte des vins est composée à 98 % de crus italiens fournis par la maison L’Enotecca dirigée par Moreno Marchi. M. Marchi brillait autrefois au Latini et régnait sur l’impressionnante cave de ce restaurant. Côté excellents vins italiens, on peut se fier à son goût.


 

Note: un lecteur me fait judicieusement remarquer que je parle rarement des prix en détail. Il a raison. Dorénavant, je veillerai à vous indiquer, à défaut de prix détaillés, une fourchette indicative. Chez Il Pagliaccio, par exemple, il vous en coûtera une vingtaine de dollars par personne à midi ; le soir, vous pouvez tripler. Tout cela, bien entendu, avant taxes et service. Et si vous succombez aux charmes de la carte des vins, on ne répond plus de rien.

 

 

Collaborateur